Irak: de hauts dignitaires du chiisme immortalisés dans un musée de cire

Irak: réunion de dignitaires chiites dans un musée de cire à Najaf
Irak: réunion de dignitaires chiites dans un musée de cire à Najaf - © QASSEM ZEIN (AFP)

Ne pas déranger: les plus hauts dignitaires chiites contemporains sont en réunion à Najaf, dans la cave d'une école religieuse. Onze ventilateurs les rafraîchissent. Les débats sont pourtant peu enflammés puisqu'il s'agit de statues de cire destinées à un musée.

Une telle initiative est rarissime dans le monde musulman, où il est quasiment impossible de trouver des représentations de personnalités religieuses: mais si pour les sunnites, (majoritaires dans le monde, ndlr) reproduire l'image humaine est interdit, les chiites sont beaucoup plus tolérants dans ce domaine.

Or Najaf, située au centre de l'Irak à 150 km au sud de Bagdad, est l'un des hauts lieux saints de la religion chiite: c'est là que repose Ali, le gendre de Mahomet et le premier imam vénéré par ce courant de l'islam, dominant en Irak. Najaf est l'un des principaux lieux de pèlerinage en Irak et attire chaque année des millions de fidèles.

Les choses ne se sont pourtant pas faites facilement   

Le projet de statues de cire a "initialement suscité des critiques", reconnaît toutefois cheikh Ali Merza, responsable de cette école religieuse, sans dire qui les avait formulées.

"Nous avons consulté la loi religieuse et avons constaté que rien n'interdisait notre projet. Mais toute nouvelle initiative suscite des résistances et des critiques", explique-t-il.

Les 20 statues, en majorité des hommes de religion, ont été entreposées dans le sous-sol de cette école en attendant d'être présentées au public dans un musée en préparation et dont la date d'ouverture n'est pas connue.

Elles représentent des personnalités qui ont étudié, vécu ou sont nées à Najaf. Elles devraient être prochainement rejointes par 38 autres, encore en cours de fabrication aux mains d'un artiste en Iran. Le musée présentera aussi des livres et documents relatifs à ces personnages.

Leur ressemblance avec leur modèle est frappante, qu'il s'agisse du visage, des mains, de la barbe et même des habits qu'ils portaient de leur vivant.

Des religieux

L'une d'elle reproduit, assis sur une chaise, le Grand Ayatollah Abou al-Qassem al-Khoï, mort en 1992. Cet éminent dirigeant religieux s'opposa frontalement au guide de la révolution iranienne, l'ayatollah Ruhollah Khomeini, qui souhaitait que les hommes de religion jouent un rôle moteur en politique.

Une autre figure du chiisme, le Grand Ayatollah Mohammed Baqr al-Sadr, est assis sur le sol et écrit. Avant son exécution avec sa soeur en 1980 par l'ex-dictateur Saddam Hussein, il fonda le parti islamiste Dawa --auquel appartient l'actuel Premier ministre Nouri al-Maliki-- qui lutta contre les idéologies laïques du Baas et du parti communiste. Il défendit les idées de l'ayatollah Khomeini en Irak.

Il côtoie son cousin, le Grand Ayatollah Mohammed Sadeq Sadr, héraut d'un chiisme militant devenu une doctrine populiste et socialisante, que Saddam Hussein avait fait assassiner avec deux de ses fils, en 1999. Père du chef radical chiite Moqtada Sadr, il apparaît en tribun sur une estrade.

Des personnalités civiles

Parmi les élus du futur musée se trouvent aussi le poète irakien Ahmad Al-Safi (1897-1977), né dans cette ville, ou Abdelrazzaq Mohieddine (1910-1983) originaire du Liban-sud, qui créa des maisons d'édition et un réseau d'écoles à Najaf.

"Il s'agit de rendre hommage au rôle joué par ces fameuses personnalités", indique Furqane Ali Merza, en charge du projet et fils de cheikh Ali Merza.

"Nous avons sélectionné 59 personnalités dans les domaines religieux, culturels et littéraires", dit-il, ajoutant que la priorité est allée aux religieux chiites.

Le projet a commencé en septembre 2011. Au départ 300 personnalités avaient été choisies, puis leur nombre a été divisé par deux. Enfin, pour des raisons budgétaires, il a fallu se contenter de 59 statues.

Les 550 millions de dinars (458.000 dollars) pour modeler les personnages ont été puisés dans le budget alloué à la célébration de Najaf, capitale de la culture islamique, qui devait se tenir en 2012 et a été repoussée pour des raisons obscures. Mais le projet de musée de cire reste d'actualité.

AFP

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