Espagne : une nouvelle restauration de tableau tourne au fiasco et fait le tour de la toile

L'original au musée du Prado, en haut à droite, la copie avant restauration et en bas à droite… après restauration
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L'original au musée du Prado, en haut à droite, la copie avant restauration et en bas à droite… après restauration - © AFP et twitter

La vie d’un restaurateur d’art n’est pas une sinécure de l’autre côté des Pyrénées. Le dernier exemple en date : une copie d’une œuvre du grand maître Bartolomé Esteban Murillo. Bon, ce n’est pas l’œuvre originale (voir ci-dessous), mais une reproduction du début du XXe siècle. Qu’à cela ne tienne, quand un collectionneur demande une petite restauration pour sa prestigieuse copie, on ne peut pas dire que l’artisan ait fait dans la dentelle, comme le rapporte le journal espagnol El País. Le quotidien précise que le nom du collectionneur et la valeur de l’œuvre ne sont pas connus. Mais celui-ci aurait demandé à un artisan spécialisé dans la restauration de meubles de s’en charger. Mal lui en a pris…C'est ce qui s'appelle se mélanger les pinceaux:

"Ce monsieur est très bon en tant que restaurateur de meubles, mais pas en tant que restaurateur de tableaux… Ce sont des choses très différentes" a déclaré le propriétaire à El País. On peut en effet difficilement le contredire. Payé 1200 euros, l’apprenti manieur de pinceaux s’en est même repris à deux fois, comme on peut le voir dans le tweet ci-dessous. Echaudé, le propriétaire a maintenant décidé de faire appel à d’autres personnes, plus professionnelles dans la peinture, pour tenter de rattraper le coup.

Bartolome Murillo est exposé notamment au prestigieux musée du Prado, à Madrid. L’œuvre originale, vous la voyez ci-joint, La Inmaculada del Escorial photographiée ce 4 juin 2020, en pleine épidémie de coronavirus. La peinture, de 206x144 centimètres, a été réalisée entre 1660 et 1665 – par ici, le lien vers le Musée du Prado, si vous voulez en savoir plus sur l’artiste et ses œuvres (réussies, elles)-.

Restons sérieux…

Outre les sourires en coin que suggèrent ces restaurations épiques, l’heure est quand même à une prise de conscience, comme le souligne cet article du Guardian. Après cette nouvelle malheureuse expérience (voir d’autres exemples de travaux catastrophiques plus bas), les experts en conservation en Espagne ont appelé à un renforcement des lois couvrant les travaux de restauration. Il y aurait en effet beaucoup de personnes non-formées qui se livreraient à ce type de travail. Dans la péninsule, la coupe serait pleine et les experts en patrimoine particulièrement remontés.

"Œuvres"… Incomprises ?

Des exemples précédents avaient, souvenez-vous, défrayés la chronique il y a quelques années. En Navarre, c’est un Saint-Georges tuant le dragon complètement foiré, aux allures de Tintin, qui a fait son apparition en juin 2019 (depuis, il a été très bien rafistolé, notons-le). En 2018, une restauration d’une vierge à l’enfant du XVe siècle, aux couleurs criardes, avait relancé la polémique.

Et le clou du spectacle, le "Christ" de la petite ville de Borja. Eté 2012, une habitante de la localité, pieuse mais aux goûts artistiques douteux, avait eu l’idée de restaurer une peinture représentant Jésus, l’Ecce Homo. L’entreprise fut calamiteuse. Et fit le tour de la planète. La frénésie s’empara des amateurs de curiosités et le temple de la province de Saragosse a vu un afflux de touristes non négligeable durant les semaines qui suivirent. Un centre d’interprétation de l’œuvre est maintenant en place dans l’église du Sanctuaire de miséricorde. La restauratrice, qui s’est un temps cachée des regards moqueurs, avait ensuite connu une petite célébrité (et 49% des "Royalties" sur le merchandising). "L'art", dans toutes ses nuances…  

Une des nombreuses parodies ayant fait le tour du web à l’époque :

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