Dans le rétro : il y a 130 ans, Clément Ader ne touchait plus terre grâce à "Eole", le premier avion de l'histoire

La roussette des Indes. Sans cet animal, impressionnante chauve-souris d’une envergure pouvant aller jusqu’à 1m10, figurez-vous que les Airbus, Boeing ou autres Concorde n’existeraient peut-être pas. Il y a 130 ans jour pour jour, après avoir tapé dans l’œil d’un inventeur français, notre roussette lui servit de modèle pour une création révolutionnaire…

Clément Ader, ingénieur de son état, a beaucoup observé ces drôles de mammifères. Et surtout leur vol. L’homme en est sûr : la façon dont sont faites ses ailes et sa manière de voler doivent inspirer les hommes. Pourquoi ne pas s’en servir pour mettre au point ce qu’il nommera "l’avion" (du latin "avis", oiseau) ?

"Plus lourd que l’air"

Le défi est de taille : c’est qu’il faudrait démontrer qu’une croyance, bien ancrée depuis l’époque des frères Montgolfier et de leurs "montgolfières" est fausse. A savoir que seul un gaz plus léger que l’air permet à une machine de s’envoler. L’ingénieur, originaire du sud-ouest de la France, en est persuadé : pour s’élever dans les airs sans le secours d’un gaz léger, un appareil plus lourd que le poids de l’air qu’il déplace, aurait besoin d’une force (mécanique) au moins plus grande que la différence des deux poids.

Eole prêt à l’envol

De la chauve-souris, Ader va prendre en compte tout d’abord les ailes. Il va fabriquer une paire d’ailes articulées par une armature en bois recouverte d’une soie élastique. L’envergure de l’engin : 14 mètres. Le pilote, placé derrière la structure, devra l’actionner via des leviers, manivelles et autres poulies. Pas la peine de "battre des ailes" cependant, il s’agit juste de le guider. Car l’ingénieur n’oublie pas de placer sur son "avion" un petit moteur. Celui-ci sera chargé d’actionner des "hélices", placées à l’avant de son engin volant. Elles sont légères les hélices. Confectionnée en bambou. Le poids de tout cela : 250 kg. Conducteur compris.

Sa machine, il va la baptiser du nom du grand ordonnateur des vents dans la mythologie grecque : à savoir Eole. Le 19 mai 1890, le brevet est déposé : il a trait à un "appareil ailé pour la navigation aérienne dénommé Avion". Il aura fallu près de 10 ans pour la mettre au point.

9 octobre 1890, décollage immédiat

Nous sommes sur un terrain de 200 mètres de long (une "piste") dans le domaine du château d’Armainvilliers en Seine-et-Marne (commune de Gretz-Armainvilliers). L’espace a été prévu pour cette expérience hors du commun, par le banquier Pereire. Il y a 130 ans jour pour jour, l’aventure commence. Ader se met en place, les 20 chevaux des deux moteurs vrombissent, faisant tourner les hélices et… Eole s’envole ! Un petit déplacement et un Clément Ader qui n’a pas pu manœuvrer comme il le voulait son Eole, certes, mais un pas de géant pour la technologie.

Accrochez-vous bien : l’avion va tenir en l’air, à vingt centimètres du sol, sur une longueur de 50 mètres. Pour la première fois, un décollage "plus lourd que l’air" est réalisé sur la planète. L’aviation était née.

Bonds un peu courts

C’est donc bien avant les frères Wright et autres Louis Blériot que la grande aventure du ciel commença. Bien vite, l’armée française eut vent des exploits d'"Eole" en région parisienne. Le bond impressionna et il fut décidé de prolonger les expériences et de les financer. Avion II fait des essais en 1897. Ils sont assez peu concluants. Le vent déporte l’engin. De mauvaises conditions météo et l’Eole III (ou "Avion III") entre en piste. Il fera un bond de 300 mètres. Malheureusement pour Ader, ces essais ne sont pas assez probants (le vent le déporte trop et il sort du circuit prévu à cet effet).

L’armée se retira peu après du projet, mettant fin à la folle aventure de Clément Ader. D’autres inventeurs vont alors le dépasser. Les observateurs constatent que le féru d’aviation a peut-être trop négligé à l’époque les problèmes de physique et des forces, se focalisant trop sur les lignes et la géométrie des ailes de la chauve-souris. Reste de l’expérience également un nom, à savoir "avion". L’armée décidera bientôt d’affubler de ce nom d’oiseau ce qui était désigné par "aéroplanes militaires".

[…] gardons-lui le nom suave d’avion
Car du magique mot les cinq lettres habiles
Eurent cette vertu d’ouvrir les ciels mobiles.
Français, qu’avez-vous fait d’Ader l’aérien ?
Il lui restait un mot, il n’en reste plus rien

Guillaume Apollinaire ("L’avion")

 

Vidéo explicative sur l’aventure "Eole" par Le Point.fr

Signe distinctif : inventeur

Clément Ader en avait sacrément derrière la tête. Ingénieur de talent, employé aux chemins de fer du midi, il n’en est pas à sa première trouvaille. Dans les années 1860, il s’est intéressé fortement à un engin, alors (et déjà !) très à la mode : le vélocipède. Après l’exposition universelle de 1867, il fait remplacer les bandes de fer de l’engin par du caoutchouc. Beaucoup plus pratique… Bientôt, il inventera dans le domaine du rail un "pose-rail", qui permet à la compagnie des chemins de fer du Midi de "poser" plus facilement les rails, comme son nom l’indique (1875). Il concocte dans ces années-là également des prototypes de "chenilles" qui seront bientôt utilisées pour les chars.

En 1881, il se saisit d’une invention récente de Graham Bell, le téléphone, pour inventer le "théâtrophone". Ce dispositif permettait aux abonnés d’écouter l’opéra de Paris depuis chez eux. Des micros sont installés à l’opéra, le succès est au rendez-vous et bien vite d’autres théâtres vont avoir accès au même dispositif. On dit marcel Proust féru de cette invention, qui disparaîtra dans les années 30.

Aviation militaire

S’intéressant de plus en plus au domaine aérien, Clément Ader, et pour mener à bien son "Eole", devra faire toute une série d’inventions. Pour voler, il faut un moteur très léger. Il en invente un ultraléger de 20 chevaux pour 51 kg. Les hélices de l’avion, construites avec des tiges de bambous, sont aussi concoctées. En 1874, il avait déjà construit un planeur remarqué.

Plus tard, après l’aventure des "Eole", le Toulousain se tournera vers le domaine de l’automobile. Il en fabriquera, développera le moteur à essence et se lancera également dans des embarcations, munies d’ailes (encore et toujours), sachant "glisser sur l’eau"… A l’entame de la première guerre mondiale, Clément Ader plaidera pour la création d’une aviation militaire. Ader, le précurseur.

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