Chez Al-qaida, on tient ses comptes jusqu'au dernier centime

L'histoire racontée par Rukimini Callimachi de l'agence AP commence chez un modeste épicier du nord Mali. Le jour où il voit un convoi de voitures noires arborant le drapeau d'Al-qaida s'arrêter devant chez lui, il s'attend à se faire dévaliser.

Après avoir tout bouclé et s'être caché derrière le comptoir, quelle ne fut pas sa surprise de voir le commandant jihadiste ouvrir doucement la fenêtre... et demander un pot de moutarde. Avec reçu.

Total: 1,60 dollar.

Al-qaida compte ses petites pièces

Dans la pile d'une centaine de reçus retrouvés par les Casques bleus dans le bâtiment occupé par l'organisation à Tombouctou, tout est noté, surligné et classé avec des post-its. L'équivalent de 0,60 dollar pour une ampoule, ou 1,80 pour un savon, 8 dollars pour des pâtes (!) ou 14 pour un tube de colle forte.

On a déjà trouvé pareille comptabilité pointilleuse et bureaucratie rigide chez Al-qaida en Afghanistan, en Somalie et en Irak.

L'organisation se comporte de façon tout aussi professionnelle pour établir son calendrier de séminaires de formation. Il possède un vrai service du personnel, avec des fiches de salaires et des lettres de candidature ainsi qu'un budget bonnes oeuvres et relations publiques.

On est donc loin de la constellation terroriste informelle et désorganisée, souvent dépeinte. Al-qaida se comporte comme une entreprise multinationale.

Une exigence nécessaire vu la nature de ses actions, selon William McCants, ancien conseiller antiterroriste américain : si l'organisation veut être en mesure contrôler les exécutants sur le terrain, elle doit agir de la sorte. Une structure également requise pour lui permettre de se maintenir et de s'étendre.

Macaronis sauce tomate

La découverte de la comptabilité d'Al-qaida au Maghreb islamique permet aussi de découvrir le mode de vie de ses combattants : au rayon cantine, les pâtes reviennent dans 11 reçus, des macaronis, et ceux-ci sont accompagnés de viande (27 reçus) et de tomates (13 reçus) et d'oignons (7 reçus).

Pour le reste, les jihadistes complètent leur table avec du lait (11 reçus), du thé, du sucre et du miel.

Tout cela pour des montants relativement modestes au vu du reste de la comptabilité, avec une avance de 5400 dollars pour un commandant ou 330 dollars de munitions.

Ben Laden, ce comptable

Ces habitudes de comptabilité bien tenue viennent sans doute tout droit du fondateur d'Al-qaida. Il y a plus de 30 ans, Ossama ben Laden avait entamé des études d'économies à l'université en Arabie saoudite afin de prendre en main la gestion des sociétés paternelles.

Lui-même businessman accompli, il gérait ses multiples entreprises soudanaise selon les techniques de management les plus rigoureuses dans les années 90 avec des formulaires en triple exemplaire pour tout achat.

La discipline est restée. Une lettre de rappel pour absence de quittance a aussi été trouvée dans le fatras de papier à Tombouctou.

Et sur le marché, où rares sont les tickets de caisse, les acheteurs d'Al-qaida se rendaient par deux, comme les Témoins de Jehovah : un pour marchander le prix, l'autre pour le noter sur un "Bloc Note".

Au programme du séminaire: armes, GPS et islam

Les documents trouvés donnent aussi une bonne idée des séminaires organisés par Al-qaida, une autre pratique venue en droite ligne du monde de l'entreprise.

D'abord, leur coût, pas donné : 4000 dollars pour l'un, 6800 pour l'autre. Début à 5 heures du matin, avec une heure et demie de gym, suivie à 10h par un cours "comment utiliser un GPS", et une heure et demie d'entraînement au tir. L'après-midi est consacrée à des leçons sur le thème de la prédication islamique, du nationalisme et de la démocratie.

Finalement, peu de reçus concernent des achats d'armes et d'équipement de combat, par contre les relations publiques avec la population locale sont soignées, sous forme d'aumône et de remboursement de dommages de guerre, voire carrément de "voyage de propagande".

A propos de voyages, le parc automobile des moudjahidines mange une bonne partie de leur budget : vidanges d'huile, batteries, filtres et pièces détachées... Cela coûte cher de sillonner le désert en Toyota Land Cruiser.

On voit aussi que beaucoup de combattants sont d'origine étrangère. Des reçus sont ainsi établis au nom de "Talhat le Libyen" ou "Tarek l'Algérien".

JFH avec AP

 

 

 

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