Alain Robert, "l'homme-araignée", à l'assaut d'une tour de Francfort : retour sur un mordu d'escalade

Il semble ne pas avoir d’âge, Alain Robert. C’est peut-être l’air des hauteurs qui lui donne cette allure d’éternel ado. Le fringant français, du haut de ses 58 ans, s’est à nouveau illustré la semaine dernière. Avec un nouveau gratte-ciel à son palmarès. Il a escaladé, à mains nues – comme à son habitude — le building de la Deutsche Bahn, à Francfort.

Et c’est haut, la tour de la Deutsche Bahn… 166 mètres - ce n'est quand même pas rien, les chemins de fer allemands -. Les pompiers, eux, ont été prévenus. Ils bloquent le carrefour en dessous, par mesure de précaution. Les autorités allemandes ont prévenu : Alain Robert fera l’objet d’une enquête criminelle et une amende sera peut-être à la clef. C’est qu’on ne fait pas n’importe quoi.

Quasiment pile-poil l’an dernier, notre homme s’était attaqué à une autre tour de la grande ville allemande. "Le Skyper", haut de 124 mètres. Il avait, comme à l’accoutumée, été interpellé par la police. Parce que la marque de fabrique du natif de Digoin en Saône-et-Loire (mais qui vécût à Valence), est toujours identique : ses ascensions, il les pratique seul, sans système de sécurité (une exception notable, quand il gravit le Burj Khalifa, la plus haute tour du monde – 828 mètres – en 2011) et… Sans autorisation (la seule exception, c’était lors du même exploit, à Dubaï).

Un livre détonateur

D’où vient cette irrépressible tentative de l’ascension et du risque ? C’est grâce à un film, tiré d’un livre d’Henri Troyat, la Neige en deuil (avec Spencer Tracy) que l’idée de grimper lui trottera dans la tête. Il commencera par monter sur les falaises drômoises, près de sa maison, et ce déjà avant l’âge de 10 ans. "Au départ c’est un rêve de gosse. Moi je suis un petit gamin qui a peur de tout, qui est timide, mal dans sa peau. J’avais envie d’être Zorro, Robin des Bois. J’avais envie de faire quelque chose de courageux avec ma vie. Et je me suis lancé dans l’escalade".

Bien qu’il soit régulièrement arrêté (plus rarement emprisonné mais cela est déjà arrivé cependant) et soumis à l’amende, cela ne refroidit pas l’aventurier. Sponsorisé, il en profite pour faire passer des messages politiques ou récolter des dons. Le 16 août 2019, il déploie une banderole pour la Paix sur un building de Hong-Kong, en pleine crise politique. Ou encore en avril 2019, 5000 euros obtenus pour l’entretien de Notre-Dame de Paris… Ironie du sort, quelques jours avant le terrible incendie qui ravagea la cathédrale.

Un corps abîmé

Une trentaine de fractures, une chute de plus de 15 mètres, un petit tour dans le coma, des poignets "pulvérisés" en 1982 (cela le rendra invalide à 66%), un problème à l’oreille interne, Alain Robert n’a pas été exempt soucis causés par ces périlleuses péripéties, comme il le confie dans "C’est l’Hebdo" sur France5 (voir extrait ci-dessous). Il y a presque 30 ans, après son grave accident, les médecins lui ont dit qu’il ne grimperait plus jamais. C’était sans compter sur la ténacité et la passion du jeune homme. Il dit aussi que pour compenser ses lacunes, et ses doigts meurtris, les épaules servent à présent énormément.

Une chouette façon de vivre

"Ma démarche n’a absolument rien de suicidaire, dira-t-il en 2011 dans "On n’est pas couché". J’aime la vie, j’aime les gens, j’aime le voyage. J’aime faire les choses à but humanitaire. De plus en plus on me demande pour faire des actions aux quatre coins du monde, et c’est une chouette façon de vivre".

Alain Robert dans "C’est l’Hebdo" (France5) du 6 avril 2019 :

Bouffée de liberté

Le truc d’Alain Robert, depuis 25 ans, c’est donc les buildings. Mais il grimpe depuis plus longtemps que cela. En "solo intégral", il effectuera de nombreux exploits et des records de difficulté au début des années 90 sur des falaises du Vercors ou de l’Ardèche. C’est en 1994 que notre homme se met aux structures humaines. Il compte à présent une centaine de gratte-ciel à son palmarès. En France, mais aussi à l’étranger. Son ascension dont il est le plus fier : les tours Petronas, à Kuala-Lumpur, en Malaisie (452 m). Citons les assauts de la Tour Agbar à Barcelone (144 m), l’Empire State Building à New-York (381 m), la tour Tapei 101 (508 m) à Taiwan, ou encore le Golden States Bidge à San Francisco (227 m).

Il n’a pas grimpé énormément de monuments (si ce n’est la Tour Eiffel en 97 et l’obélisque de la Concorde en 98), et n’est pas friand de monuments religieux (excepté le Sacré-Coeur de Paris, en 98).

 

Coup de pied aux fesses de la société

Ces actions, il les voit comme un petit "pied de nez à la société". Une société qui selon lui, "cadre" trop, met les personnes systématiquement dans des cases, et les étouffe. Alain Robert veut inspirer une bouffée de liberté. Ces exploits subjuguent. Et rendent humbles. Cela pourrait donner à d’autres des idées de se faire pousser des ailes, de renverser quelques tables… Alain Robert le confie, il voit ses ascensions, cependant toujours effectuées avec une grande attention et un grand professionnalisme, comme "un petit coup de pied – sympathique – aux fesses de la société". Il est libre, Spider-Man.

Passion grimpette

On ne sait pas si l’homme-araignée a fait des petits et l’a influencé, mais dernièrement, un touriste polonais s’est essayé à l’exercice en escaladant la Tour Montparnasse, à Paris. Sous le regard médusé (et inquiet) des badauds, comme l’a relevé le Huffington Post. On est cependant nettement moins à l’aise pour lui que lorsqu’on regarde les exploits d’Alain Robert…

 

Un touriste polonais escalade la tour Montparnasse à mains nues :

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