30.000 litres d'eau d'iceberg volés, ils auraient dû servir à faire de la vodka

Chaque année au printemps, des icebergs dérivent au large du Canada. L'occasion pour l'industrie locale d'en transformer quelques-uns en produits de luxe exportés dans le monde entier.
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Chaque année au printemps, des icebergs dérivent au large du Canada. L'occasion pour l'industrie locale d'en transformer quelques-uns en produits de luxe exportés dans le monde entier. - © Wikimedia CC/Gérald Tapp

Les voleurs étaient-ils trop ivres pour discerner la matière première du produit fini ou l’ont-ils fait sciemment ? À Port-Union, sur l’île canadienne de Terre-Neuve, beaucoup se posent la question après que des indélicats ont siphonné 30.000 litres d’eau d’iceberg destinée à produire une vodka locale exportée dans le monde entier.

Cette récolte n’est possible qu’une fois l’an

Dignes d’une série Netflix de haut vol, les cambrioleurs d’un jour ont déjoué les systèmes de sécurité avant de vider le réservoir où était stocké le précieux liquide et de s’évaporer sans laisser de trace, apparemment à bord d’un camion citerne.

« Le préjudice va bien au delà de la valeur intrinsèque de l’eau (environ 6000€), celle-ci était d’ailleurs assurée. Le problème c’est qu’on ne peut la remplacer car cette récolte n’est possible qu’une fois l’an, lorsque ces géants de glace apparaissent au large des côtes de Terre-Neuve-et-Labrador, le long de la célèbre 'Iceberg Alley'C’est comme pour l’industrie du vin, on ne peut pas récolter le raisin toute l’année », a déclaré aux médias Dave Myers, PDG de la distillerie Iceberg Vodka.

Récolter l’eau des icebergs, une pratique ancestrale et complexe

Dans le Grand-Nord canadien, les icebergs n’ont pas fait que couler le Titanic. Leur eau a toujours été source de convoitise et ce, depuis des siècles. Une pratique cependant très risquée qui s’est professionnalisée au fil du temps. Une nécessité face à ces mastodontes de glace à la dérive, totalement imprévisibles et susceptibles de se retourner à tout moment.

Afin de récolter l’eau à la pureté tant recherchée, ces véritables chasseurs d’icebergs (le fusil de chasse fait partie de leur attirail imposant), sillonnent d’immenses étendues aquatiques à la recherche du morceau de banquise idéal à exploiter. Pas trop gros, pas trop petit, mais surtout pas encore pollué.

Une fois identifié et immobilisé, c’est à coups de pelleteuse mécanique qu’ils le mettent en pièces, d’une tonne à la fois, avant de les broyer et les stocker dans les réservoirs du bateau.

Une activité très lucrative, puisque durant les quelques semaines de printemps où cette quête est possible, la « pêche miraculeuse » peut rapporter plusieurs centaines de milliers d’euros aux pêcheurs reconvertis.

Le reportage de nos confrères de France2 sur les chasseurs d'eau pure

Pureté, fascination et business

Mais outre la difficulté pour la recueillir, cette eau doit également sa valeur à sa pureté. Emprisonnée depuis plus de 10.000 ans dans les icebergs, la fascination qu’elle exerce ne connaît pas de frontière.

Transformés en vodka, produit de beauté, bière ou simplement mis en bouteille, ces gros morceaux de Groenland sont en effet vendus dans le monde entier, de la Chine aux USA en passant par l’Arabie saoudite et l’Europe. Jusqu’à 15 euros la bouteille d’eau plate, 40 celle de vodka.

Et c’est donc du côté de la rareté du produit que se situe peut-être le mobile du crime selon la Gendarmerie royale du Canada. La demande étant en augmentation constante, cela commencerait parfois à coincer, malgré le réchauffement climatique.

L’eau après le sirop d’érable

Une piste à laquelle ne croît pas vraiment Dave Myers, le PDG de la distillerie Iceberg Vodka : « Le secteur de la gestion de l’eau des icebergs est très restreint, tout le monde se connaît et ce n’est pas comme s’il existait un marché noir. De toute manière, si quelqu’un tentait de refourguer 30.000 litres d’autres cela se saurait très rapidement. »

Selon lui, il s’agirait plutôt d’une « erreur ». Dans la précipitation, les voleurs auraient vidé la mauvaise citerne. La valeur de la vodka étant bien plus élevée encore que celle de l’eau brute.

Malgré le manque à gagner équivalent à 150.000 bouteilles de vodka, cette histoire demeure sans commune mesure avec un autre épisode flamboyant, toujours au Canada, au cours duquel du sirop d’érable pour une valeur de plusieurs millions de dollars avait été dérobé.

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