Visite d'état d'Emmanuel Macron: la communication politique cadenassée. Comme d'habitude?

Conférence de presse commune d'Emmanuel Macron et Charles Michel à Bruxelles le 19 novembre 2018 dans le cadre de la visite d'état du président français
Conférence de presse commune d'Emmanuel Macron et Charles Michel à Bruxelles le 19 novembre 2018 dans le cadre de la visite d'état du président français - © LAURIE DIEFFEMBACQ - BELGA

Le président français est venu deux jours en Belgique pour une visite d'état. Ce n'était plus arrivé depuis 47 ans. Depuis lors, les codes de la communication politique ont changé. Ça méritait bien un petit coup d'œil dans le rétroviseur et un focus sur les questions que nos journalistes ont pu (ou pas) poser lors de la conférence de presse tenue conjointement par le président français Emmanuel Macron et le Premier ministre belge Charles Michel.

Comme tout chef d'état qui se respecte, Emmanuel Macron a été d'abord accueilli par le roi Philippe. Ce n'est qu'après cela qu'Emmanuel et Charles ont pu échanger. On s'appelle par son prénom et on se tutoie parce qu'on partage une "affection profonde et une amitié", ose Charles Michel.  

Une conférence de presse plutôt "express"

Elle a duré 14 minutes et 22 secondes, démonstrations d'affection entre hommes d'état et questions de journalistes comprises.

Charles Michel d'abord, en tant qu'hôte, Emmanuel Macron ensuite, ont fait état chacun pendant 5 minutes des enjeux communs à nos deux pays. Puis, au milieu du crépitement des appareils photos, se faufile cette phrase du Premier ministre Charles Michel : "Y a-t-il des questions ?"

A l'entendre, on croirait que chaque média qui le désire peut maintenant y aller de sa petite question. Que nenni.

Notre collègue Marc Sirlereau couvre l’événement pour les journaux radios. Il décrypte. "Pour la conférence de presse commune, les instructions de départ étaient qu'une seule question pouvait être posée par la presse belge, une autre par la presse française. Donc on savait que deux questions au maximum pourraient être posées."

Ce ne fut pas une surprise

"Ce sont un peu les règles du jeu, dans ce type de voyages à l'étranger. On sait que le temps laissé aux journalistes pour poser des questions est très limité."

Quant aux sujets à aborder, ils sont également restreints. Pas question d'évoquer la politique intérieure française, ni belge. "Le représentant du président de la République a dit dès le départ : pas trop de questions sur la France. En fait, Emmanuel Macron n'a aucune intention d'aborder l'actualité française à l'étranger. Et d'ailleurs Charles Michel, maintenant quand il va à l'étranger comme Premier ministre, ne répond plus à des questions de politique belge. Sauf évidemment s'il y a un événement grave qui se produit, auquel cas, il interviendra certainement."

Alors, il faut ruser…

Au feu vert de Charles Michel, le journaliste Gérard Gaudin de l'agence Belga demande au président français "Quelle est son opinion vis-à-vis des pays qui ont des objections à signer le Pacte des Nations unies pour la migration". Une question qui a l'air de porter sur l'actualité internationale mais qui vise en fait clairement la crise au sein du gouvernement belge sur le sujet.

Pour la presse française, c'est un journaliste du Figaro qui se lance. Il croit trouver la parade en posant une question sur les gilets jaunes qui sont aussi au cœur de l'actualité belge. Réponse du président de la République : "Je n'ai pas le sentiment qu'elle relève du cadre de cette visite, ni de la règle que j'ai fixée pour les déplacements. Donc je n'y répondrai pas".

Du temps de Jean-Luc Dehaene, le Premier servait de la bière derrière le bar

Dire que la communication politique a évolué ces vingt-cinq dernières années relève de l'euphémisme… "Si je remonte en arrière- et ça ne me rajeunit pas ! - … si je remonte à Jean-Luc Dehaene, qui était Premier ministre de 92 à 99, quand vous alliez à l'étranger avec lui, vous pouviez lui poser des questions sur tout. Il répondait à tout. Il avait un autre type de communication. Rappelez-vous aux Etats-Unis, il était monté sur un taureau. En Chine, il servait des bières derrière le bar."

Dès son successeur, le libéral Guy Verhofstadt, les choses ont changé. "La communication a été beaucoup plus construite, pensée, avec plein de balises. Et depuis lors, toute la communication est beaucoup plus surveillée, screenée, donc on remarque que davantage de précautions sont prises."

Avec un paradoxe : si la communication officielle s'est raidie au fil des ans, la parole des hommes politiques se libère régulièrement sur twitter, en évitant le filtre analytique des médias traditionnels. 

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK