Valérie Dupont, correspondante dans un pays sous cloche : "L'exemple Italien aurait dû servir de sonnette d'alarme"

Depuis Udine, Valérie Dupont (à gauche) intervient ce jour-là dans le 13 heures d'Ophélie Fontana (à droite).
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Depuis Udine, Valérie Dupont (à gauche) intervient ce jour-là dans le 13 heures d'Ophélie Fontana (à droite). - © RTBF

Elle est le visage de la RTBF en Italie. Depuis quelques jours, elle raconte un pays complètement à l’arrêt : son pays d’adoption, au destin suspendu à la capacité de ses habitants d’enrayer la propagation d’un virus.

Elle, c’est Valérie Dupont, correspondante de la RTBF pour la télévision et la radio depuis quinze ans.

Il y a un mois, elle fut l’une des premières journalistes à alerter le public belge sur la propagation inquiétante du virus dans le nord de l’Italie.

Deux villes confinées d’abord, puis toute la Lombardie et la Vénétie. Et désormais, depuis le 9 mars, c’est toute l’Italie qui est en quarantaine.

L’Italie donne une image d’elle qui est extraordinaire

Le Covid-19 ? Avec les tremblements de terre qui touchent fréquemment l’Italie, c’est indéniablement l’événement professionnel qui a le plus marqué cette correspondante expérimentée, depuis qu’elle est installée en Italie.

"Il y a beaucoup de morts. C’est très dur de voir la difficile gestion des hôpitaux. Mais ça fait aussi ressortir quelque chose de très positif. L’union de tout un pays : tous ces gens qui se mettent à leur fenêtre et chantent à 18 heures, tous ces gens qui ne veulent pas se laisser abattre."

Une grosse semaine après la mise sous cloche du pays, Valérie est positivement surprise de l’attitude des Italiens, très respectueux des règles de confinement. "Ce peuple à la réputation indisciplinée s’est mis en tête qu’il fallait absolument le faire pour sauver des vies, celles des personnes âgées. Dans les familles italiennes, le nonno et la nonna, c’est fondamental."

J’ai très vite compris qu’il y avait un énorme travail de pédagogie

En ce début d’après-midi, Valérie Dupont, basée à Rome, nous répond par téléphone, alors qu’elle s’apprête à partir tourner un sujet en Lombardie. "Journalistiquement, ce n’est pas évident. Ce confinement, cela te limite très fort dans tes reportages."

Les réflexes changent, tout doit être anticipé. "Bête exemple : tu ne trouves plus d’endroits pour manger. Et l’Italie, ce n’est pas comme la Belgique, c’est un territoire énorme, on ne rentre pas forcément chez soi le soir", explique Valérie.

Pour autant, elle continue de faire un travail quotidien sur le terrain, en respectant "les précautions désormais d’usage", comme nettoyer son micro après chaque interview.

 

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Dans ses reportages sur l’épidémie, Valérie Dupont se met souvent en situation. Dans celui-ci, on la voit par exemple remplir un document d’autorisation de quitter sa commune, comme l’impose le Ministère de l’intérieur.

Si on la voit plus souvent qu’à l’habitude dans le cadre ou face caméra, c’est parce qu’il est "très difficile de trouver des gens qui acceptent de donner des interviews", mais pas seulement.

L’Italie étant le premier pays d’Europe touché, Valérie a "très vite compris qu’il y avait un énorme travail de pédagogie" pour faire ressentir les effets du confinement, pour communiquer les bonnes pratiques.

C’est ainsi qu’au premier jour du confinement à Venise, on la voit interroger une personne sous une forme inhabituelle. Le commerçant interviewé a le micro en main, la journaliste est quant à elle à deux mètres de distance, à l’extérieur du magasin.

"C’est comme cela que les gens doivent maintenant se comporter. Il est donc fondamental qu’ils voient qu’on le fait aussi à la télé", estime Valérie.

De la même manière, la correspondante plaide tant que possible pour privilégier les directs en studio plutôt que dans les lieux publics. Quant aux interviews à distance par des logiciels tels que Skype, "c’est désormais admis et c’est juste", pour le bien du public comme des journalistes.

"Notre mission d’information est prioritaire, résume Valérie, mais on doit sauvegarder la santé de ceux qui la font. Il faut donc modifier nos façons de faire."

Confrontée plus tôt que la Belgique à la propagation du Covid-19, l’Italie a en quelque sorte une longueur d’avance sur la Belgique. Raison pour laquelle la direction de la RTBF a consulté sa correspondante en Italie pour connaître les mesures mises en place par la RAI, la radiotélévision publique italienne.

L’Italie a été considérée, si pas avec mépris, avec hauteur

Mariée à un Italien, installée depuis quinze ans dans le pays, Valérie Dupont n’en garde pas moins un regard attentif sur son pays d’origine. Elle qui lit quotidiennement la presse belge pointe deux erreurs des autorités belges – et d’autres pays d’Europe – dans la gestion de la crise sanitaire qui nous occupe.

La première erreur ? "L’Italie a été considérée, si pas avec mépris, en tout cas avec hauteur." Pour Valérie Dupont, les pays étrangers ont trop facilement attribué la propagation du coronavirus en Italie à la désorganisation du pays et de son système de santé.

"Or, on parlait à ce moment-là de la Lombardie, rappelle Valérie. L’une des plus riches régions d’Europe, aussi riche que la Bavière, avec d’excellents hôpitaux."

Comme ses collègues correspondants francophones à Rome, Valérie "considère que l’exemple italien aurait dû servir de sonnette d’alarme. Il aurait fallu prendre des mesures plus radicales, plus vite."

Et c’est là la deuxième erreur qu’elle identifie "partout en Europe : cette escalade par étapes. On ferme d’abord les restaurants et les bars. Puis les magasins. Puis finalement, tout le monde reste chez soi."

Une logique de confinement par étapes, qui est la voie suivie en Belgique, notamment dans le but de susciter une plus grande adhésion des citoyens qu’en imposant un confinement total en une seule fois.

Mais à la lumière de l’expérience italienne, Valérie Dupont croit beaucoup plus dans les effets d’une quarantaine totale et immédiate. "Dans les deux zones rouges italiennes, celles qui ont été fermées immédiatement et radicalement, il n’y a plus de contamination quinze jours après", glisse-t-elle en guise de conclusion.

 

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