Qui sont ces « anonymes » qui signent des articles sur notre site info ?

Un coup d’œil à notre site info au moment d’écrire cet article. Parmi les signatures, il y a des noms complets. Mais aussi des initiales (F. H., S. F., M.A., X. L., etc), une certaine Belga qui revient plusieurs fois… Et parfois, simplement, "RTBF". De mystérieuses signatures qui font réagir certains lecteurs.

Thierry D. par exemple pointe un article en demandant qui signe "sournoisement", sans un nom complet. Un autre souhaitait contacter un journaliste pour lui signaler une erreur mais n’a pas pu l’identifier : "Il est bien sûr j’imagine couvert par son rédacteur en chef, mais cela me semble un peu court." Pour lui, l’information, "qui nourrit la démocratie", doit toujours avoir "une source identifiable et contactable, sans flou, hésitation ou difficulté". Comment sinon avoir confiance ? (Précisons-le tout de suite, la prise de contact est toujours possible, nous y revenons plus bas).

Et maintenant : scoop, voici l'un(e) de ces anonymes

Voyez ces initiales : S. F., au milieu de la photo d’illustration de cet article. S.F., comme Sylvia Falcinelli. C’est moi ! Bon, en l’occurrence, non, pas cette fois-ci en tout cas. Il serait peut-être temps de décider avec mon collègue Sandro comment distinguer nos initiales…

Sandro, c’est un collègue qui travaille au quotidien pour le web, comme Ambroise. Qui revient ici sur cette diversité de signatures. Lui, qui signe d’habitude de son nom complet, "Ambroise Carton", opte parfois pour ses simples initiales, "Am. C.". D’autres fois encore, il lui arrive de signer "RTBF"… Et cela s’explique. Pour lui comme pour la rédaction quotidienne web en général.


►►► Cet article n’est pas un article d’info comme les autres : tout sur la démarche Inside de la rédaction ici


"Quand j’ai fait la synthèse d’éléments récupérés auprès de collègues, de confrères, que j’ai collecté des informations et que je les ai mises ensemble, mais que ce n’est pas moi qui ai fait le travail de première main, je mets mes initiales", explique-t-il. "Et quand je fais un article que je revendique pour le fond ou la forme, pour lequel j’ai tout fait, dont je suis ‘fier’, là je signe de mon nom complet parce que je suis réellement l’auteur." Et quid de la mention "RTBF" ? "C’est quand on reprend quasiment tel quel un sujet JT. Mais désormais la mention RTBF est proscrite". Une décision si récente que vous en trouvez encore pour le moment sur le site.

Pour illustrer cette distinction, voici par exemple un article d’une autre collègue, signé de son nom complet, "Julie Calleuw" : "La fausse couche est-elle un tabou, comme le dit Meghan Markle (…) ?". Tandis que cet autre article sera signé de ses initiales : "Mettez un chat dans votre post sur les réseaux sociaux (…)". Dans ce dernier cas, il est précisé que l’article est basé sur une chronique dans la matinale radio : c’est donc le journaliste de la matinale qui a amené l’information et Julie l’a relayée sur le web. "Dans un cas comme celui-là, je ne peux pas répondre du contenu, qui dépend de mon collègue. Moi, je l’adapte pour le site Info, avec des liens etc", précise-t-elle, en écho à Ambroise. "Par contre, quand je fais le travail journalistique moi-même, de vérification, de recherche d’information, d’interlocuteurs, de témoins, je signe de mon nom complet. Et je trouve ça important pour le public".

Quant à Belga, bien présente aussi, si vous ne la connaissez pas, écoutez cette chronique Inside diffusée sur Vivacité : cliquez ici.

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La fameuse Belga, journaliste mystérieuse et prolixe © Capture d’écran

En presse écrite aussi

Petit coup d’œil au journal La Libre, où diverses signatures se côtoient aussi. "On n’impose jamais à un journaliste de signer un article", partage Jonas Legge, le rédacteur en chef du site web. "La plupart du temps, dans le journal papier, on retrouve des articles signés car ce sont des articles avec de la plus – value (interview, analyse, commentaire, reportage…). Sur le site, la grande différence, c’est qu’on est davantage dans l’immédiateté et dans le relais rapide de l’information. Donc si autre média dispose d’une information et qu’on décide de la relayer, on le fera en bref et le journaliste, qui va prendre le temps de rédiger l’article mais ne va pas apporter de la plus-value, signera de ses initiales ou indiquera ‘La rédaction’. C’est la même logique si le journaliste bâtonne des dépêches." (Ndlr : assemble des morceaux de dépêches)

Certains journalistes dans des domaines précis vont aussi privilégier leurs initiales pour éviter de s’exposer et in fine ne pas nuire à leur travail, en matière judiciaire en particulier (terrorisme, grand banditisme…).

Sur le site de La Libre, des explications sont apportées aux internautes sur le choix de la signature, en toute transparence. En particulier, voir ici ce que signifie la signature "La rédaction". Une précision apportée il y a un an environ. "Depuis lors, on n’a quasi plus aucune remarque de la part des internautes, c’est suffisamment clair".

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Un article de La Libre signé anonymement, mais en toute transparence (si l’on clique dessus) © Capture d’écran

A la RTBF, des journalistes multimédias

Sandro et Ambroise sont des collègues de la rédaction quotidienne web. La Libre fait de la presse écrite exclusivement. Mais sur notre site RTBF Info, des journalistes écrivent aussi des articles à la suite de reportages télé ou radio. Des articles souvent signés de leur nom complet (sans qu’il soit aujourd’hui possible d’en connaître la proportion exacte). Pour Alexis Gonzalez, collègue habitué des JT, c’est un devoir. "Si nous commettons des erreurs, nous devons rendre des comptes et il est difficile de savoir à qui s’adresser quand l’article est signé ‘RTBF’", estime-t-il. "De plus, nous avons tous un style particulier et surtout, des façons de traiter l’info différentes, apposer sa signature permet également au public de choisir ‘qui’il souhaite lire."

Mais dans la pratique, pour certains, signer de son nom complet ne se justifie pas toujours. Et là, souvent, quand ça bloque, c’est quand il s’agit de transcrire un billet radio ou un reportage télé en version web. "Les contraintes ne sont pas les mêmes en radio et en télé. Le problème c’est de reprendre (presque) tels quels des billets radio sur un site web dont les formats, la grammaire, les attentes du lecteur, le degré d’exigence, de précision sont totalement différents", explique par exemple Simon Bourgeois, collègue spécialisé en économie.

Comme le web, la radio et la télé ont chacune leur grammaire : on choisit une intro adaptée au média, on cherche l’efficacité, on écrit de façon orale et on doit énormément synthétiser pour tenir dans 50 secondes (journaux radio) voire dans trois ou quatre minutes pour de plus longs formats JT…

Un exemple, voyez ce reportage JT d’Alexis Gonzalez :

Et la version écrite, directement transcrite du reportage télévisé : "Coronavirus : si l’on ne les soigne pas, les problèmes de goût et d’odorat peuvent être définitifs".

Pourquoi ne pas faire une "vraie" version web alors, nous direz-vous ?

Le souci, c’est que les journées ne se sont pas allongées avec l’apparition d’internet. En pratique, il n’est pas toujours possible d’écrire un article vraiment adapté au web dans la foulée d’une journée de travail pour un autre média.

Parfois aussi c’est un assistant qui reprend et adapte le sujet télé ou radio, ou un collègue du web : il ne se portera pas garant du contenu, ou ne voudra pas "se l'approprier", tandis que le journaliste qui a travaillé le contenu pour la radio/la télé ne se retrouvera pas forcément dans la forme. "On apprend tous à l’école de journalisme les spécificités des différents médias. C’est un comble", glisse cette collègue. Ce qui se traduit donc, parfois, par des initiales. Voire, encore tout récemment, par "RTBF". Là où d’autres décident de laisser leur nom complet de toute façon.


►►► Lire aussi sur Inside : "Dépêches d'agences : la RTBF 'se contente de copier coller'?"


Cela signifie-t-il que les lecteurs devront se contenter de cette anonymisation d’une partie de nos articles, sans plus ?

Non, après la consigne de cesser d’utiliser la mention "RTBF", la réflexion continue au sein de la rédaction pour plus de cohérence et de transparence pour les internautes. Ce qui se fait ailleurs pourrait nous inspirer, comme par exemple la transparence appliquée par La Libre sur la signification de la mention "La rédaction".

Une option "intéressante" selon le responsable du site Info, Alain Dremière, car elle maintient le contrat de confiance avec le lecteur. "Face à un contenu de la RTBF, les lecteurs doivent pouvoir savoir qui l’a rédigé, et sur base de quelle source", détaille-t-il. "Dans l’hypothèse où un article est passé entre plusieurs mains, ce qui arrive, signer ‘La rédaction’, et ramener vers un article qui explique pourquoi et qui donne la possibilité d’entrer en contact avec la rédaction, c’est souhaitable. Est-ce qu’on doit l’écrire comme ça, c’est à peaufiner, mais cette idée d’une transparence plus forte, c’est quelque chose qu’on défend."

Quant à l’idée de préciser l’adresse mail ou twitter d’un journaliste, ce n’est pas à l’ordre du jour mais le plus important selon lui, c’est de permettre un contact, sans qu’il soit forcément direct. "C’est un équilibre à trouver pour que le journaliste puisse continuer à faire son travail sans prendre un temps déraisonnable à répondre à des questions, ou plus souvent des interpellations, et la nécessité qu’a le lecteur de pouvoir échanger avec la rédaction et recevoir une réponse à ses questions". Et de rappeler l’existence de la médiation (qui fera l'intermédiaire avec le journaliste) et de… Inside : "Il faut aller plus loin encore mais on ne part pas de rien". A noter qu’une amélioration de la prise de contact entre le public et la RTBF de façon générale devrait bientôt aboutir.


►►► Cet article n’est pas un article d’info comme les autres… Sur la page INSIDE de la rédaction, les journalistes de l’info quotidienne prennent la plume – et un peu de recul – pour dévoiler les coulisses du métier, répondre à vos questions et réfléchir, avec vous, à leurs pratiques. Plus d’information : là. Et pour vos questions sur notre traitement de l’info : c’est ici.


EDIT : Cet article a été modifié le 20 septembre de façon à clarifier autant que possible le fonctionnement multimédia de la rédaction et à généraliser davantage les explications.

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