Pourquoi nous tenterons (à nouveau) d'aller couvrir les élections en République Démocratique du Congo

Pourquoi nous tenterons (à nouveau) d'aller couvrir les élections en République Démocratique du Congo
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Pourquoi nous tenterons (à nouveau) d'aller couvrir les élections en République Démocratique du Congo - © JOHN WESSELS - AFP

Les portes sont restées fermées. Nos équipes de la rédaction n’ont finalement jamais obtenu les précieux sésames permettant à la presse d’entrer en République Démocratique du Congo : autorisations de tournage, accréditations de la commission électorale et visas. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir essayé, les démarches ayant débuté 6 mois avant les élections et s’étant poursuivies jusqu’en dernière minute. "En fait, on n’a jamais eu de réponse officielle. Et pas de réponse, cela veut dire refus, explique le journaliste Sébastien Georis. Les autorités ont préféré se passer de notre regard sur ces élections".

Des élections pratiquement à huis clos puisque les observateurs électoraux venus d’Europe ou des Etats-Unis n’étaient pas les bienvenus non plus. Concernant la presse, la version officielle pointait les médias européens dans leur ensemble, accusés d’être de parti pris. "Mais ce qu’on a constaté, c’est qu’il y avait des médias français sur place, notamment nos collègues de TV5, ou encore le journal Le Monde, raconte la journaliste Laurence Breckx. Ni nous, ni la VRT n’avons obtenu les visas et c’était clairement lié au fait d’être Belges". Il faut dire que les relations diplomatiques entre les deux pays sont très mauvaises. Depuis 2016, il n’y a d’ailleurs plus d’ambassadeur belge à Kinshasa ni d’ambassadeur congolais à Bruxelles…

>>> A lire aussi : "La RTBF empêchée de se rendre en république Démocratique du Congo" (publié le 28 décembre 2018)

"Que ce soit difficile, on s’y attendait. Mais pas à ce niveau-là, pas au point de ne pas pouvoir y aller du tout, explique le responsable éditorial du pôle Monde, Nicolas Willems. Dans le dernier déplacement en RDC, nous avions eu nos papiers la veille du départ, à 16h". La RTBF a cependant pu compter sur sa correspondante à Kinshasa, un journaliste free-lance travaillant pour plusieurs médias et basée habituellement dans un autre pays africain, ce qui a visiblement facilité son accès au territoire. Des images et dépêches nous sont également arrivées via les agences de presse. Tout comme des reportages de TV5.

Saisir l’opportunité du changement de gouvernement 

Envoyer des membres de la rédaction à Kinshasa reste cependant une priorité. La RTBF va donc à nouveau tenter d’envoyer la même équipe. "Il le faut parce que ça reste intéressant, avec les contestations qui ont émergé dès les premiers résultats encore provisoires, estime Laurence Breckx. Je suis certaine qu’il y aura encore plein de rebondissements. Y aller et donner la parole à tout le monde, confronter l’avis des uns et des autres, ça reste fondamental et ça reste notre mission de service public d’information".  Une actualité complexe qui rend d’autant plus nécessaire d’aller sur le terrain, et de "ne pas se contenter des choses qu’on reçoit telles quelles ici, via les agences de presse".

Et voilà que toute la machine se remet en route pour un départ espéré la semaine prochaine. "C’est un peu le défi qu’on va se donner, expose Nicolas Willems. On est un peu dans un entre-deux : on a un gouvernement sortant qui n’a pas voulu qu’on y aille pour les élections mais on a un nouveau gouvernement qui se met en place. On va voir si on va pouvoir profiter de ce changement de majorité pour pouvoir y aller". Une insistance qui se justifie aussi par la conscience que la RDC vit un moment historique. "Or, en tant que Belges, on a une histoire commune, difficile, douloureuse mais nos deux pays sont liés. Il y a donc un intérêt des téléspectateurs et auditeurs, et un intérêt aussi de la part de la communauté congolaise qui est ici".

C’est aussi pour toutes ces raisons que l’équipe qui devait couvrir les élections le 30 décembre s’est finalement rendue dans le pays voisin, le Congo Brazzaville. Une façon de montrer symboliquement que la rédaction n’était pas prête à renoncer, quitte à explorer d’autres possibilités. Il faut dire que seul le fleuve Congo sépare Brazzaville de Kinshasa. "Dès le début, on avait l’idée de faire traverser des Kinois pour pouvoir les interroger, raconte Laurence Breckx. Et quand on l’a fait, ils nous ont tous dit : ‘Ce qu’on vous dit ici, on le dit parce qu’on est à Brazzaville, on n’aurait jamais osé le dire si on était resté à Kinshasa’. Ce n’était pas des témoins de seconde zone, au contraire, et on y a finalement gagné une liberté de parole qui n’était pas évidente à avoir en RDC". L’équipe a pu rencontrer des personnes avec une grande diversité d’opinions, des pro comme des anti-Kabila.

Etre à Brazzaville a permis aussi d’apporter un autre regard. "On a pu sentir les craintes ressenties dans ce pays frontalier, des craintes de déstabilisation en cas de violences post-électorales, détaille Sébastien Georis. L’équipe a également saisi l’occasion de ce déplacement pour aller à la rencontre de réfugiés en provenance de Yumbi  (RDC). "Il y a des violences interethniques dans cette région. La population n’a pas pu voter et des milliers de personnes ont fui côté Brazzaville. On est allé à la rencontre de ces réfugiés qui manquent absolument de tout". Un reportage inédit pour mettre en lumière une situation encore jamais montrée ici.

Y aller ou pas, une info en soi

Voilà pourquoi les téléspectateurs ont pu voir des directs de la correspondante depuis Kinshasa d’une part et des directs de l’envoyée spéciale depuis Brazzaville d’autre part – même chose en radio, ce qui a pu sembler étrange par moments. Mais pour Nicolas Willems, outre le fait de "marquer le coup",  le fait de ne pas pouvoir y aller et d’être de l’autre côté du fleuve "est une information en soi: ça montre à quel point les relations entre la Belgique et la RDC sont mauvaises".

Si la rédaction obtient les autorisations des autorités congolaises pour envoyer une équipe la semaine prochaine, ce sera là encore une information en soi…

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