Voici pourquoi la RTBF a refusé d'acheter la vidéo de l'ancien codétenu de Marc Dutroux

Voici pourquoi la RTBF a refusé d'acheter la vidéo de l'ancien codétenu de Marc Dutroux
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Voici pourquoi la RTBF a refusé d'acheter la vidéo de l'ancien codétenu de Marc Dutroux - © OLIVIER HOSLET - BELGA

"Un ex-détenu a proposé ces derniers mois aux chaînes francophones d’acheter une interview de Dutroux en prison. Elles ont refusé". Voilà l’information qui est sortie ce mercredi 22 janvier, dans le Journal l’Avenir. Une proposition du codétenu qui date de l’été 2019.

Comment expliquer ce refus ? Retour sur les coulisses de ce choix.

Comment la proposition est-elle arrivée à la rédaction ?

Un homme téléphone à la RTBF, il se présente comme un ex-détenu. Il propose l’interview de Marc Dutroux en prison, contre une somme d’argent importante à déterminer. Une proposition interpellante. On prend ses coordonnées et nos journalistes spécialisés en judiciaire se tournent immédiatement vers le directeur de l’information, Jean-Pierre Jacqmin, afin de se concerter sur l’attitude à adopter.

On n’achète pas l’information

"J’ai dit tout de suite : ‘Non, je ne diffuse pas ça’, rapporte-t-il. Déontologiquement, c’est non. On n’achète pas l’information. Et certainement pas quand on sent un groupe de détenus ou un détenu ou des gens de l’extérieur qui tissent un petit réseau mafieux pour essayer de faire de l’argent".

Y avait-il de l’information dans le document ?

"La première réaction de la RTBF, en dehors du sensationnalisme, c’est de se demander s’il y a de l’information. On sait par exemple que Dutroux n’a jamais éclairé ce qui s’est passé avec Julie et Mélissa dans les derniers instants, dans les derniers mois…, explique Jean-Pierre. En aucun cas, on n’a eu l’impression qu’il y avait de l’information dans ces documents-là. Il n’y avait pas grand-chose, que du sensationnalisme ou du voyeurisme. Et clairement, ça ne fait pas partie des valeurs de la RTBF".

Mais ni Jean-Pierre, ni un journaliste de la RTBF n’ont vu cette vidéo. Comment, dès lors, s’assurer qu’on ne passe pas à côté d’une information intéressante ? Des renseignements sont pris auprès d’une source judiciaire qui aurait vu la vidéo : "Ça semblerait être une interview réalisée à distance avec un gars qui marche dans la cour de la prison et un autre qui est dans une cellule. Mais ces informations viennent d’une source unique, donc non recoupée".

Sur base de ces éléments, décision est prise de ne pas donner suite.

Tout le monde n’est pas d’accord avec ce choix

Ce mercredi (22 janvier), dans l’émission "C’est vous qui le dites", Daniel, un auditeur, trouve que la RTBF aurait dû acheter cette interview : "Ça peut-être très intéressant. Un codétenu qui peut donner des informations, il ne faut pas passer à côté. Il ne faut pas donner ça à la justice. La justice va nous donner quoi ? Une partie de l’info ? […] Qu’il vende ses images en France, et la presse française se fera un plaisir de diffuser cela. Des gens qui ont côtoyé Marc Dutroux, il faut absolument avoir des infos de ces gens-là".

"S’il y avait des informations, oui, je suis d’accord, précise Jean-Pierre. Ici, il n’y avait aucune raison qu’il y ait des éléments neufs".

La RTBF a-t-elle déjà payé pour obtenir des vidéos ou des images ?

La réponse est oui. Mais il faut faire des distinctions.

Il arrive que la RTBF achète une vidéo ou une photo à un journaliste indépendant, ou à un média. En tant que journaliste TV, il m’est par exemple arrivé de demander l’achat au groupe Sudpresse d’une photo, dont seul ce groupe disposait.

Autre exemple, mais plus lointain. Rappelez-vous, la photo du corps du ministre d’Etat, André Cools, le 18 juillet 1991, gisant sur le sol. Le photographe de presse Gérard Guissard a été le seul à avoir cette photo qui a fait le tour du monde. Tous les médias lui ont payé des droits.

Dans le cas d’images de particuliers, la situation est bien différente. Il est régulier que des gens proposent des vidéos lors d’inondations, lors d’un attentat (Liège). Tout simplement parce qu’ils sont là au bon moment, au moment où il y a de l’info. En général, les gens ne nous demandent pas une contrepartie financière. Mais cela peut arriver, et dans certains cas, cela s’apparente même à une forme de business, comme lors des attentats de Strasbourg.

Habituellement nous refusons l’achat d’images de particuliers. Sauf exceptions. "Lors des attentats de Liège, il nous est arrivé de rembourser des frais parce que quelqu’un a une vidéo, nous la transmet et demande une somme modique pour l’occupation du temps. Quelques dizaines d’euros. Ça rembourse leur frais. Mais cela reste très rare", précise Jean-Pierre.

Comme pour la supposée vidéo de Marc Dutroux, la question de l’origine des images et de leur valeur informative sera déterminante dans la décision.


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