Pentecôte, j'écris ton nom… Toussaint, j'écris "automne" ?

Quel nom donner aux vacances scolaires?
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Quel nom donner aux vacances scolaires? - © @seikinsou - FLICKR

L’article ci-dessous a été rédigé il y a déjà quelques mois…

Mais aujourd’hui, en cette période de congés d’automne (Toussaint), nous sommes à nouveau interpellés par certains internautes.

Nous republions donc l'article de l'été dernier.

Le lecteur remarquera la double appellation utilisée dans la phrase précédente "vacances d’automne (Toussaint)": c’est celle qui est d'usage dans le calendrier scolaire officiel de la Communauté française. Cependant, comme expliqué ci-dessous, les écoles restent libres d’adopter l’appellation qu’elles souhaitent… A l’attention des nombreuses personnes qui se posent des questions : le texte rédigé à la veille des congés de Pentecôte reste, en ces jours d’automne, toujours d’actualité… 

Bonne lecture.

 

Malgré la météo capricieuse, nous sommes nombreux à profiter, ce lundi de Pentecôte, d’un jour de congé bienvenu. Les mois de mai et de juin comportent en effet plusieurs jours fériés qui soulagent les travailleurs du quotidien.

Mais parfois, pour parler de certains de ces congés, tout le monde n’emploie pas le même vocabulaire.

Doit-on parler des vacances de Noël, ou bien des vacances d’hiver ? De celles de Pâques ou bien de celles du printemps ? Et ce lundi, parle-t-on encore de Pentecôte ? Comment appeler ces congés, qui, pour la plupart, se rattachent à une manifestation religieuse ? Quelle est la terminologie officielle à employer ?

C’est ainsi qu’il y a quelques semaines, Marie L. nous interpelle :

"Pouvez rappeler vos présentateurs à l’ordre sur un point : les vacances de Pâques sont devenues officiellement les vacances de printemps. Il n’est pas normal qu’un service public n’utilise pas la terminologie officielle […]. Merci pour votre compréhension".

 

Dans les commentaires sur les réseaux sociaux, certains internautes nous font part d’un avis différent. Mais que doit-on dire, et quelles sont les règles en vigueur ? Et quels termes utilisent les journalistes de la RTBF ?

Y a-t-il des règles ?

Si "règles" il y a en ce qui concerne les appellations, cela concerne uniquement les congés scolaires. Chez nous, ceux-ci sont publiés tous les ans par la Fédération Wallonie-Bruxelles, à destination des écoles francophones du pays. Il s’agit du calendrier scolaire officiel.

C’est à ce calendrier scolaire officiel que Marie, ci-dessus, semble se référer lorsqu’elle nous écrit.

Et si changement de dénomination il y a, cela ne concerne que les 4 grandes périodes de congés dans le calendrier scolaire. Le congé de Pentecôte n’est donc pas concerné par le changement de nom. Celui de l’ascension non plus.

Les congés concernés sont ceux appelés traditionnellement de Toussaint, de Noël, de Carnaval et de Pâques. Respectivement, dans le calendrier scolaire tel qu’il apparaît sur le site officiel de la Fédération Wallonie-Bruxelles, ils sont désormais appelés congés d’automne, d’hiver, de détente et de printemps.

"On a une nomenclature qui est mise comme ça, explique Eric Etienne, porte-parole de Marie-Martine Schyns (cdH), ministre de l’Enseignement obligatoire en Communauté française pour la précédente législature. Et pour montrer que ce n’est pas un sujet qui doit mériter polémique, il y a entre parenthèses l’ancien nom", à savoir Toussaint, Noël, carnaval et Pâques.

Mais l’incompréhension reste grande pour certains, comme dans le commentaire ci-dessous, où Mireille Vinet réagissait à un sujet du journal télévisé portant sur le congé de l’ascension :

Pourquoi donc a-t-on changé ces appellations ? Une histoire de politiques, comme le croit Garfield O’Maley dans sa réponse au commentaire ci-dessus ?

Un changement très progressif

"Je me souviens d’une polémique sur ce sujet, lorsque Madame Simonet était en charge de l’enseignement obligatoire. On l’avait accusée d’avoir osé changer les dénominations", raconte Eric Etienne, qui était aussi le porte-parole de Marie-Dominique Simonet (cdH). A l’époque, c’était en effet la première fois qu’un décret de la Communauté française (appellation officielle de la Fédération Wallonie-Bruxelles) nommait ces quatre périodes de congés scolaires par les nouvelles appellations. C’était en 2013.

Le changement date en réalité de plus loin. Comme l’explique l’administration de l’Enseignement sur son site, on trouve la trace de ces nouvelles appellations dès la législature 1999-2004, sous le gouvernement d’Hervé Hasquin (MR), dans lequel Pierre Hazette (MR) était en charge de l’Education.

Il est même possible de remonter jusqu’en 1984… A cette époque, Robert Urbain (PS) était ministre en charge de l’Enseignement en Communauté française. Et c’est cette année-là que des nouveaux termes sont apparus pour la première fois dans l’arrêté ministériel déterminant le calendrier scolaire.

On le voit, au fil des années et des législatures, ces dénominations ont été intégrées dans les arrêtés – qui sont des textes pris par le gouvernement, puis dans les décrets – qui sont des textes votés par le Parlement – qui ont force de loi.

"Les textes qui parlent des congés et des vacances […] varient au fur et à mesure du temps, explique Eric Etienne [nom corrigé ce 11/06], et on voit une évolution progressive dans le temps, où historiquement, on parle plutôt de carnaval, de Pâques etc. Puis les changements se font de façon progressive". Aujourd’hui, les nouveaux textes utilisent la nouvelle nomenclature, alors que subsistent encore des décrets qui emploient les termes "traditionnels".

Inclusion et neutralité : une tendance aussi chez nos voisins européens

Comme nous le confirme Eric Etienne, c’est dans une perspective de neutralité et d’inclusion que cette décision s’est progressivement mise en place dans les textes réglementaires. Une préoccupation, rappelle aussi l’administration de l’Enseignement, mise en évidence dans le rapport des Assises de l’Interculturalité, en 2010.

La Fédération Wallonie-Bruxelles n’est d’ailleurs pas seule à avoir entrepris un tel changement.

En Flandre, le calendrier scolaire mentionne "vacances d’automne" pour les congés de Toussaint, et "vacances de crocus" (Krokusvakantie) pour les congés de Carnaval. Le calendrier garde néanmoins toujours les dénominations Noël et Pâques.

Chez nos voisins frontaliers aussi, le changement va dans ce sens. En France, les congés sont adaptés par bassins scolaires, mais l’appellation pour certains est aussi nouvelle :

En Allemagne (selon les Länder) et aux Pays-Bas, la tendance est la même.

Mais, tout de même, les écoles chez nous sont-elles obligées d’utiliser ces nouvelles appellations du calendrier scolaire ?

 

Jacques Delcourt estime qu’il doit toujours pouvoir utiliser les appellations d’origine religieuses, comme on le voit dans son commentaire ci-dessus.

Peut-on toujours utiliser les appellations traditionnelles ?

Est-ce que les écoles peuvent dire Noël, Pâques ou Toussaint ? "Le texte le prévoit, explique Conrad van de Werve, directeur de la communication au Segec (Secrétariat général de l’Enseignement catholique), donc la législation le permet totalement". Pour rappel, le calendrier scolaire mentionne entre parenthèses les anciennes dénominations. "Il est de coutume que les écoles du réseau libre catholique emploient ces appellations. D’ailleurs, le calendrier que le Segec produit chaque année, et met à disposition des écoles, reprend ces appellations".

Selon Conrad van de Werve, aucune mesure de rétorsion n’a été prise par la Fédération Wallonie-Bruxelles à l’encontre des écoles qui emploient Noël ou Pâques dans leur calendrier scolaire.

"Nous sommes peu interrogés par rapport à ça, ajoute Conrad van de Werve, nous avons peu de retours des écoles à ce sujet-là. Je vous avoue qu’on ne nous a plus posé la question depuis des années…"

Faux problème ? C’est ce que pense en tout cas Francoise Janssen, détachée à la direction de l’EPFC (école de promotion sociale de la Communauté française, réseau officiel). Françoise est aussi professeure de français. Son école applique à la lettre les appellations utilisées dans le calendrier scolaire de la Fédération Wallonie-Bruxelles. "Cela ne nous a jamais posé de problèmes", affirme-t-elle. "C’est le genre de décisions qui permet d’aller vers plus de liberté individuelle, ce sont des décisions d’ouverture, comme la réforme de l’orthographe par exemple".

Mais, ajoute Françoise, "ce sont de vieilles habitudes, les rythmes autrefois étaient organisés autour de l’Église. Et nous avons un public international (l’école donne des cours de français pour les étrangers et les expatriés internationaux, ndlr), certains viennent de pays latino-américains, ou d’Espagne par exemple, où les habitudes religieuses sont plus présentes. Le fait d’appeler les congés de Noël 'congés d’hiver', en gardant entre parenthèses la dénomination religieuse, permet à ces personnes de rapidement comprendre de quoi on parle".

Une question de compréhension, aussi pour la rédaction de la RTBF

S’il faut résumer, pour la Fédération Wallonie-Bruxelles (et peu importent les majorités qui se sont succédé), la décision de modifier l’appellation de certains congés scolaires veut rencontrer des principes de neutralité et d’inclusion. Mais en même temps, cette décision, qui a été progressive, n’est pas contraignante pour les écoles.

Mais qu’en est-il pour la RTBF ? Nous revenons à la première question qui nous a été posée par Marie : pourquoi n’applique-t-on pas la nouvelle nomenclature des congés dans nos sujets ?

Ce souci de neutralité, "ce serait, il est vrai, un bon principe de service public, nous répond Johanne Montay, rédactrice en chef de l’information. Simplement, le risque est de ne pas être compris du public."

"A la Communauté française, l’administration elle-même met toujours dans le calendrier scolaire 'congé d’hiver' et entre parenthèses 'Noël'… 'congé de printemps' entre parenthèses 'Pâques' etc. Quand on dit uniquement 'congé de détente', tout congé est un congé de détente… Du coup, c’est lequel le congé de détente ?"

Selon Johanne, c’est pour cela que, pour être compris dans leurs sujets, les journalistes utilisent cette appellation des congés "d’origine 'biblique', 'religieuse'pour que les gens sachent toujours de quoi on parle."

Ceci est bien confirmé par Jean-Pierre Jacqmin, directeur de l’information à la RTBF, qui rappelle les origines tantôt chrétiennes (Pâques et Toussaint), tantôt païennes (carnaval) ou sociales (les vacances d’été) des vacances scolaires et de leurs appellations.

A propos de l’utilisation des termes, il rejoint les propos de Johanne Montay : "Je suis d’avis et je recommande l’utilisation qui permet la meilleure compréhension de toutes et tous […] Tant que l’usage général de la population sera celui-là, j’estime qu’il faut faire au plus accessible." Les journalistes ne sont donc soumis à aucune réglementation dans le domaine, à part la nécessité de clarté de leur propos.

"Il n’y a pas de raison de cacher l’origine d’un congé, ajoute Johanne. Je ne suis pas pour faire de la politique dans l’information. La seule mission que nous avons est celle d’informer les gens."

"Ce qui n’empêche évidemment pas de faire état du débat et d’en suivre l’évolution", conclut Jean-Pierre Jacqmin.

 


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