"Non, vous n'êtes pas prudent" : pourquoi notre journaliste s'est-il fâché lors d'une conférence de presse sur les spéculoos ?

"Non, vous n’êtes pas prudent" : pourquoi notre journaliste s’est fâché en pleine conférence de presse sur les spéculoos ?
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"Non, vous n’êtes pas prudent" : pourquoi notre journaliste s’est fâché en pleine conférence de presse sur les spéculoos ? - © Tous droits réservés

C’est une vidéo qui circule sur les réseaux sociaux, on y voit une grosse dizaine de personnes dans un atelier de boulanger. La plupart sont des journalistes et des cameramen, autour du boulanger, et au fond de l’atelier, le secrétaire d’Etat bruxellois au patrimoine et au commerce extérieur, Pascal Smet (sp-a). "Moi, je suis très prudent", déclare-t-il.

"Non, vous n’êtes pas prudent en organisant ça", réagit Eric Boever, journaliste RTBF. "Ce n’est pas prudent, excusez-moi. C’est pas prudent".

"Vous avez raison. Pas besoin de se fâcher", répond Pascal Smet pendant que les journalistes et cadreurs quittent peu à peu la pièce. Ce à quoi rétorque le journaliste : "Si. Je me fâche. Parce que si je ne le dis pas, vous ne le remarquez même pas vous-même. Vous êtes dirigeant et vous ne respectez pas les règles que vous donnez. Les gens ne peuvent pas venir à Noël à plus que quatre et ici on est 15 dans la même pièce. Alors quel message vous donnez ?"

Que s’est-il passé avant et après cette vidéo ?

Tout démarre d’une bonne nouvelle à quelques jours de la Saint-Nicolas : le spéculoos est inscrit au patrimoine culturel immatériel de la région bruxelloise. Pour illustrer cette information en images, le secrétaire d'Etat bruxellois au patrimoine et au commerce extérieur invite la presse chez un artisan de Woluwe-Saint-Pierre. Le rendez-vous est donné ce vendredi 4 décembre à 10 heures.

Une fois dans l’atelier, "mon cameraman n’arrivait même pas à filmer. On était plusieurs à se dire :'mais c’est pas possible, qu’est-ce qu’on fait ici entassés dans un petit atelier ?'" Le journaliste estime qu’il y avait au moins 15 personnes présentes.

"Quand le ministre arrive, il commence son speech sur le spéculoos. J’étais un petit peu à l’arrière de la foule et c’est vrai que j’ai réagi. Je l’ai interrompu en disant que ce qu’on était en train de faire était totalement illégal et imprudent. J’ai été un petit peu vif."

Pour le porte-parole de Pascal Smet, c’était une question de secondes avant qu’il ne fasse sortir tout le monde. "Le cameraman d’Eric Boever est arrivé un peu plus tard car il cherchait une place de parking. Quand on a vu qu’il y avait encore des gens qui suivaient, on se dit que c’est pas possible. Le secrétaire d'Etat avait commencé à parler mais on s’est dit :'là on va arrêter tout'." Il ne s’attendait pas à autant de monde car les journalistes ne s’étaient pas tous inscrits à l’avance pour assister à la conférence de presse. Ce qui est assez fréquent.

Une fois les journalistes sortis, ils ont pu rentrer par groupe de deux. Le secrétaire d’État revient à plusieurs reprises s’excuser auprès de notre journaliste.

Si c’était à refaire, j’aurais la même réaction

"Ça se passe dans 5 minutes, je recommence exactement avec les mêmes termes", réagit Eric Boever l’après-midi du tournage. "C’était une réaction autant de journaliste que de citoyen. En tant que journaliste, je me suis même dit qu’il n’y avait pas de sujet à faire sur le spéculoos mais plutôt sur la façon de communiquer de la Région bruxelloise."


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Eric Boever est un habitué des tournages à risques et pour lui, pas question d’être imprudent. "Je suis allé dans des unités de soins intensifs Covid, dans des maisons de repos, dans des labos où on devait se protéger. On se disait qu’on prenait un certain risque mais on essayait de le limiter au maximum. Et là, on prenait un risque inutile pour un spéculoos. Ça n’avait pas de sens." Le journaliste insiste : "Ce n’est pas parce qu’on a un ministre devant soi qu’on doit avoir peur de dire que ce qu’il se passe est imprudent."

Après son tournage, Eric Boever prévient la rédaction de ce qu’il s’est passé. Ce n’est que plus tard qu’il apprend qu’il a été filmé.

Une réaction saine sur le fond

"Je pense qu’il a eu une réaction saine sur le fond", réagit Jean-Pierre Jacqmin, directeur de l’information à la RTBF. "On ne peut pas d’un côté demander aux gens de prendre des mesures de prudence, de distance et de l’autre, organiser un rassemblement… involontaire probablement mais tout de même."

Pour le directeur de l’information, il est tout à fait normal d’avoir un regard critique sur les mesures et la façon dont elles sont appliquées. "C’est finalement de l’information de savoir comment ces mesures sont appliquées." Sur la forme : "Faut-il élever la voix ? Cela peut arriver dans un moment où on est mal compris."


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Une preuve finalement que les journalistes restent des êtres humains. "C’est très difficile de couvrir des événements qui nous concernent tous à ce point-là, continue le directeur de l’information. "Il faut garder de la distance en tant que journaliste, c’est une certitude. Mais ça peut arriver qu’à un moment, il y a un point d’exaspération et c’est ce que ressentent beaucoup de gens maintenant."

Du côté du cabinet Smet, on ne refera pas la même erreur. Et d’insister sur la prudence du secrétaire d'Etat. "S’il y a bien quelqu’un qui respecte les règles, c’est Pascal Smet", nous dit son porte-parole.

Finalement, c’est bien un sujet sur la reconnaissance du spéculoos comme patrimoine culturel immatériel qui a été diffusé dans le JT de 13 heures.


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