Manifestation des gilets jaunes à Paris: les dessous de cette photo

Quelle réalité se cache derrière cette photo prise par une équipe de la RTBF lors des manifestations organisées par des "gilets jaunes" à Paris? (cliquer sur la photo pour la voir en entier)
Quelle réalité se cache derrière cette photo prise par une équipe de la RTBF lors des manifestations organisées par des "gilets jaunes" à Paris? (cliquer sur la photo pour la voir en entier) - © RTBF

C’est une photo à l’atmosphère étrange, qu'on peut percevoir comme presque onirique. Une féérie de guirlandes roses sur un fond de ciel bleu profond. Un nuage épais qui s’élève, comme les fumigènes d’une salle de spectacle. Mais la silhouette qui en émerge ne danse pas. Elle lance un pavé.

A bien y regarder (en cliquant sur l'image pour l'afficher en entier), on voit d’ailleurs à l’avant plan un trou dans la chaussée miroitante : des pavés ont été descellés. Au loin, à peine visible, on reconnait l’Arc de Triomphe, derrière un halo de lumières bleues de gyrophares. La photo a été prise sur les Champs-Elysées, l’illustre avenue parisienne qui était ce samedi encore le théâtre d’affrontements entre une partie des gilets jaunes et les forces de l’ordre.

Ces forces de l’ordre, on ne les voit pas sur la photo : elles sont en réalité massées sur la gauche. C’est de là qu’elles ont lancé les gaz lacrymogènes. La photo a été prise vers 17h20, à un moment où l’essentiel du rassemblement s’était dispersé et où ne restait à cet endroit que quelques dizaines de manifestants, cent cinquante tout au plus, des "durs". La tension montait. Les décorations de Noël venaient de s’allumer. Lumière de fête sur scène de conflit.

Il n’a pas été facile d’accéder aux lieux pour l’équipe de la RTBF, composée d’un journaliste, d’un caméraman et d’un preneur de son. Il leur a fallu tenter leur chance avec leur carte de presse auprès de plusieurs cordons de policiers avant de pouvoir passer. Pour pouvoir couvrir la manifestation sous tous ses angles, tous trois avaient par ailleurs pris quelques précautions élémentaires. Ils étaient équipés d’un casque, de lunettes de protection, d’un masque, de protège-tibias et de grosses chaussures.

"Il y avait un double objectif", décrit le journaliste Sébastien Georis. "Il s’agissait de se protéger des flash-balls, des grenades lacrymo et des pavés qui peuvent te toucher à la tête ou te rouler dans les jambes mais aussi de pouvoir continuer à travailler. S’il y a beaucoup de gaz lacrymogènes, sans protection, tu ne peux pas travailler".

S’afficher comme équipe de presse ou pas ?

Pour pouvoir prendre cette image, et tourner directs et reportages, l’équipe a misé sur la discrétion. Seul un petit sticker sur la caméra reprenait le logo de la RTBF. "On a vu depuis quelques semaines que les médias étaient parfois pris pour cible", explique Sébastien Georis. "Donc au milieu des Champs-Elysées, comme on était en train de prendre des photos des manifestants, le mieux c’était d’être le plus discret possible, pour ne pas être nous-mêmes pris à partie".

Mais cette discrétion a son revers. "Une fois que la police charge les manifestants, ce qui arrive quelques minutes plus tard, tu es pris pour un manifestant par la police, dans la cohue… Pour les policiers en première ligne qui arrivent avec des matraques pour faire dégager, tu es un manifestant, y compris pour l’utilisation de flash-ball".

L’équipe avait prévu des patchs presse à coller sur les sacs à dos en quelques secondes avec des velcros, ainsi que des autocollants pour les casques. Mais finalement ils ne les ont pas utilisés. "Quand la police charge, tu n’as pas le temps de sortir tes patchs et tes autocollants", reprend le journaliste. "Du coup, cette question de l’identification était permanente tout au long de la journée. Quand fallait-il se présenter en tant que presse ou pas ? Cette question n’était pas facile à trancher, ne serait-ce que d'un point de vue sécurité". Une question qui se pose ici avec une acuité inédite pour ce type de manifestation.

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