Les experts invités à la RTBF sont-ils payés ?

Les experts invités à la RTBF sont-ils payés ?
Les experts invités à la RTBF sont-ils payés ? - © Tous droits réservés

Soyons clairs et transparents, personne n’a été payé pour participer à cet article… Sauf moi ! Mais trêve de plaisanteries. Ces derniers mois, avec le Covid19, les experts se sont multipliés sur nos antennes. Certains dormaient-ils à la rédaction ? On vous rassure, ce n’était pas le cas. Toutefois, pour passer autant de temps chez nous, reçoivent-ils un salaire ? Cette question, certains, parmi vous, nous l’ont posée. "Les experts ne sont pas payés", répond le directeur de l’information à la RTBF, Jean-Pierre Jacqmin.

Heureusement, car vu le nombre d’heures passées sur nos plateaux télé et radio, le déficit du budget de la rédaction serait énorme. "C’est impayable", ajoute-t-il. "Si je devais être payé, ce serait beaucoup en nombre d’heures", s’amuse Yves Coppieters, épidémiologiste et professeur de santé publique à l’ULB, l’un des experts les plus présents ces six derniers mois sur les antennes de la RTBF. Cette sollicitation par les médias, "c’est quelque chose que je n’avais pas prévu", reconnait-il.


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Les experts ne sont pas payés, mais…

Les experts ne sont donc pas payés, mais ce n’est pas pour cela qu’ils ne reçoivent rien. "La RTBF m’a proposé à partir d’avril de payer mes frais de transport, explique Yves Coppieters qui habite le Brabant wallon. Je ne pense pas que ça couvre l’ensemble de mes frais". La somme ne couvre pas non plus le temps d’expertise, mais c’est une compensation. "On offre un défraiement aux experts. Ils viennent souvent, parfois de loin. Ils mobilisent de nombreuses heures et ils sont disponibles", expose Bruno Clément, rédacteur en chef du Journal Télévisé.

Le montant des défraiements ? Nous n’en saurons rien. Il est confidentiel. C’est un forfait décidé entre la RTBF et l’expert en fonction des frais engendrés par ce dernier. "Il ne doit pas rentrer ses bons taxis (ndlr : les bons taxis sont des sortes de chèques que nous utilisons parfois dans le cadre professionnel)", relativise le directeur de l’information Jean-Pierre Jacqmin. Tous les experts ne sont toutefois pas défrayés. Tout va dépendre de leur régularité sur nos antennes.


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Ça fait (parfois) partie du job !

Les spécialistes sont régulièrement interrogés dans des reportages télé, radio ou des articles web pour leur expertise. Dans notre travail quotidien de journaliste, il est primordial de compter sur ces personnes-ressources.

Et la présence de certains experts sur nos antennes fait partie intégrante de leur travail. Prenons l’exemple d’Olivier Bogaert, commissaire à la Computer Crime Unit de la Police fédérale. Il est régulièrement interrogé dans des articles web, des reportages radio ou télé. A chaque sujet sur les arnaques et logiciels malveillants, il est notre expert. Depuis douze ans, il est aussi devenu chroniqueur à la RTBF. Chaque mardi à 13h45, il présente sa chronique "Surfons tranquille", sur les antennes de Classic 21. Une chronique pour laquelle il ne reçoit pas d’argent. "C’est sur mes heures de boulot", explique-t-il. Il n’est donc pas payé par la RTBF, mais par la police fédérale. "J’ai un contrat de bénévole avec la RTBF et je n’ai pas non plus de défraiement, poursuit le spécialiste. L’idée est de jouer la carte de ‘la police vous donne des conseils’", explique-t-il.

Une présence dans les médias, concurrents aussi, qui fait partie de son boulot. "Il faut acquérir des réflexes par rapport à cette protection numérique. En passant le message, on va peut-être réduire le nombre de victimes. Pour nous, au niveau de la charge de travail, ça nous permettra d’être plus approfondis", analyse Olivier Bogaert.

Ces spécialistes expliquent, conscientisent, rassurent aussi. "Mon moteur, c’est de faire passer des messages de prévention et de santé publique ou, en tout cas, d’expliquer le mieux les choses", estime Yves Coppieters. Pour ce dernier cette présence médiatique s’ajoute à son travail, déjà important vu la recherche intense sur le Covid19 ces derniers mois. "Ni moi, ni mes collègues ne mettons nos activités de côté", explique-t-il. Mais il faut s’organiser. "Je sacrifie d’autres volets de ma vie, que ce soit ma vie sociale ou familiale, mais j’arrive à tout combiner." Désormais, il y a aussi les cours qui reprennent pour le professeur de Santé Publique à l’ULB, mais il relativise : "Ce n’est pas la RTBF qui empiète sur mes autres activités."

Revoir la séquence vidéo Inside : "Coronavirus : pourquoi les experts sont au cœur de l’info ?"

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Et ailleurs, les experts sont-ils payés ?

Vous l’aurez compris, la RTBF ne paie pas ses experts. Mais ce n’est pas propre à notre rédaction. "C’est la tendance, chez nous, de ne pas payer", confirme Benoît Grevisse, professeur de communication à l’UCLouvain. C’est une question d’indépendance pour nos rédactions, mais aussi de neutralité pour les experts. "On considère que déontologiquement, une interview rémunérée pourrait biaiser le propos de la personne, qui verrait un intérêt à nous répondre", explique le rédacteur en chef du Journal Télévisé, Bruno Clément. Par contre, il existe des sortes de contrats d’exclusivité, officiels ou officieux. "Je me suis défini une certaine "fidélité" à la RTBF en termes de médias audiovisuels", confirme Yves Coppieters.

Des contrats d’exclusivité qui sont bien plus fréquents aux Etats-Unis où la plupart des chaînes de télévision américaines font signer un accord à un expert qui intervient régulièrement, en le rémunérant. Il devient alors chroniqueur officiel de la chaîne. "Récemment, je voulais faire une interview sur le Lincoln Project (ndlr : un comité d’action politique américain lancé par des Républicains anti-Trump dont le but est d’empêcher la réélection du président américain), explique Pauline Simonet, notre correspondante à Washington. La plupart d’entre eux ont décliné la demande. Non pas parce qu’ils étaient trop occupés ou indisponibles, mais parce qu’ils ont signé des contrats avec d’autres chaînes de télévision américaines. "

Même mode de fonctionnement en Grande-Bretagne. "C’est très pénible et très cher en général, confie Elodie Goulesque, notre consœur journaliste basée à Londres. Ça se passe dans tous les domaines, mais particulièrement quand ça touche à la famille royale ou la finance. En revanche, aucun universitaire ne m’a demandé de l’argent", précise-t-elle.

En Allemagne, tout dépend de l’antenne. Les experts qui interviennent dans l’actualité ne sont pas payés, au contraire de ceux invités dans des talk-shows (ndlr : émissions débats). "Un invité en plateau, sauf les hommes politiques, est payé, même les journalistes. Si tu dois apporter ton expertise par exemple, tu seras payé autour de 200/300 euros pour une émission d’une heure en allemand qui demande deux ou trois heures de préparation", note David Philippot, collègue journaliste en Allemagne. Mais ce n’est pas toujours le cas. Chaque semaine, le virologue star du pays, Christian Drosten, enregistre un podcast avec la radio publique allemande, sans toucher le moindre euro.


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