Le masque sur les antennes de la RTBF : on le porte ou pas ?

Certains journalistes portent le masque à l'antenne, d'autres pas. On vous explique pourquoi.
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Certains journalistes portent le masque à l'antenne, d'autres pas. On vous explique pourquoi. - © Tous droits réservés

Depuis avril, le masque est devenu l’objet indispensable à trimbaler avec nous. Depuis quelques semaines, il est même devenu obligatoire dans certaines villes et certains lieux. Les journalistes n’échappent pas à la règle. "Nous sommes des citoyens comme les autres", explique Jean-Paul Dubois, éditeur du Journal Télévisé.

Récemment d’ailleurs, un collègue caméraman en a fait l’expérience. Il s’est fait réprimander par la police en plein direct. "Il avait mis son masque sous le nez pendant notre direct, raconte Benjamin Carlier, notre collègue journaliste. Il avait de la buée sur ses lunettes et ne voyait donc pas bien dans le viseur (ndlr : le viseur permet au caméraman de vérifier que l’image est cadrée, que les lumières sont correctes, etc.) La police lui a rappelé que le masque était obligatoire et qu’il n’y avait pas d’exception pour les médias."


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Sans masque à l’antenne, est-ce raisonnable ?

Il arrive aussi que certains collègues interviennent en direct dans le JT sans masque. Vous êtes quelques-uns à vous en étonner, comme Daniel H. : "Certains interviennent sans masque à l’antenne. Et ce n’est pas la première fois, et cela arrive aussi avec les interviewés !"

La règle est en fait simple. Si nous sommes dans un endroit où le port du masque est obligatoire, comme dans l’ensemble de la Région bruxelloise ou Charleroi par exemple, nous devons porter le masque, même si nous sommes seuls et que nous gardons notre distance physique d’un mètre cinquante. D’autant plus quand nous passons en direct à la télévision. "On est un service public. On a un rôle d’exemplarité à donner, argumente Eric Boever, journaliste au Journal Télévisé. Si c’est sur la voie publique, on doit le mettre, y compris s’il n’y a personne autour de nous."

Mais le masque n’est pas obligatoire partout. A Namur, Liège, Mons ou Tournai, le masque n’est obligatoire que dans le centre-ville. A Rochefort, Bouillon, Enghien, il ne l’est que dans certaines rues. "Le plus compliqué, c’est de savoir où tu dois le porter ou non. Certaines zones sont très claires, mais ça ne l’est pas toujours", défend Benjamin Carlier.


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On a aussi des règles internes à la RTBF

Au-delà des règles propres à chaque commune, la RTBF a aussi son propre règlement. "On considère que nos collaborateurs, dans le cadre de leur travail, doivent porter le masque", relève Fabrice Henrioul, responsable du SIPP. Le Service Interne de Prévention et de Protection à la RTBF recommande de retirer le masque lorsqu’on est statique et à un mètre cinquante d’autres personnes. En reportage, "c’est seulement dans la phase d’interview que le journaliste peut envisager de retirer le masque s’il est à distance des autres", ajoute-t-il.

On considère que nos collaborateurs, dans le cadre de leur travail, doivent porter le masque

Voilà pour les règles de base. À partir de là, tout dépend du journaliste. "J’essaie de mettre le masque le plus possible car c’est une protection en plus, même quand j’ai mes distances", explique Jennifer Istace, reporter à la rédaction du JT.

Pour ma part, je suis dans cette démarche aussi. Je garde le masque tout le temps quand je suis en reportage, extérieur ou intérieur.

D’autres collègues l’enlèvent à certains moments. "Quand on fait des interviews, comme on a une distance grâce à la perche pour être à un mètre cinquante de la personne, ça m’arrive d’enlever le masque pour qu’elle comprenne bien ma question", reconnaît Eric Boever.


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"C’est horrible de porter le masque, il fait chaud !, ajoute Benjamin Carlier. Ma politique, c’est de le mettre le moins possible. On a une perche avec micro, donc on peut se tenir à distance."

Autrement dit, un direct ou une interview dans une rue dans laquelle le masque n’est pas obligatoire peut se faire sans masque, à condition que la distance avec les autres personnes soit respectée. Même chose pour les lieux privés. Si la distance physique peut être respectée, alors le masque n’est pas obligatoire. Si ce n’est pas le cas, l’équipe RTBF est tenue de se protéger et de protéger les autres.

Et pour les intervenants alors ?

L’obligation, à certains endroits, du port du masque est la même pour tous les citoyens. C’est la règle. Ce qui n’empêche pas certains intervenants de se poser des questions "C’est surtout inconfortable pour la personne qui parle", estime notre collègue journaliste Rachel Crivellaro.

Une situation que je rencontre aussi sur le terrain, comme journaliste. A plusieurs reprises lors de reportages télé ou radio, des intervenants m’ont posé la question. En rue, je leur conseille de le mettre. Dans une école aussi. C’est obligatoire pour les plus de douze ans. Mais dans le local d’une association, ils peuvent l’enlever, si la distance est respectée.

C’est surtout inconfortable pour la personne qui parle

Tout dépend donc de la situation, du journaliste, mais surtout de l’interviewé. "Je ne peux pas l’obliger, ni à enlever ni à mettre le masque, explique notre collègue Eric Boever. Je leur laisse une grande liberté, mais j’influence quand même en disant que ce serait mieux sans." Même discours pour Benjamin Carlier : "Pour les intervenants, je préfère qu’ils ne le mettent pas, pour peu que ce soit possible."

Le problème du masque, c’est que la réponse est souvent étouffée et parfois peu audible. "Au niveau des interlocuteurs, c’est beaucoup plus compréhensible s’ils n’ont pas leur masque, c’est certain", ajoute Jennifer Istace. Avec le masque, ce sont les émotions et le non verbal qui disparaissent. "Le masque casse la spontanéité de l’échange", réagit Eric Boever.

Revoir le reportage JT sur le port du masque et nos relations sociales (21 mai 2020):

L’intervenant est en tout cas maître de ses choix. Comme le rappelle le directeur de l’information, nous ne sommes pas des auxiliaires de police. "Si les gens font les choses autrement, on peut leur rappeler pour ne pas les mettre en difficulté, précise Jean-Pierre Jacqmin. C’est compliqué car on a une valeur d’exemple. Quelqu’un qui ne porte pas le masque, on envoie un signal que le masque n’est pas obligatoire."

Retrouver la séquence Inside sur le port du masque en interview (21 avril 2020)

Les équipes en reportage trouvent des alternatives…

La RTBF, en tant que média de service public se doit de montrer l’exemple. "C’est important qu’on montre à l’image que nous prenons les consignes au sérieux et que nous les respectons", conclut Jean-Paul Dubois.


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Mais si l’on pense à la globalité du Journal Télévisé, que ressent un téléspectateur qui ne voit que des gens masqués ? "Il y a un côté anxiogène à voir des gens masqués. Mais on est tenu de respecter les règles ", insiste Jean-Paul Dubois, éditeur du Journal Télévisé.

Ceci dit, parfois, le journaliste trouve des astuces pour éviter que la personne interviewée ne porte le masque. "Ça m’est arrivé de faire des interviews dans le jardin de quelqu’un pour avoir la ‘paix’. Ici au moins, on ne peut rien nous reprocher", partage Eric Boever. "Réfléchissons quand nous sommes dans une zone publique où on doit porter le masque, s’il n’y a pas une solution dans une zone privée", poursuit le directeur de l’information, Jean-Pierre Jacqmin.

Mais là aussi, tout dépend de ce que veut raconter le journaliste. Si tout le tournage se fait en intérieur, ça a peu de sens de faire les interviews à l'extérieur.

Correction apportée le 18 septembre 2020: le port du masque est obligatoire dans toute la région de Charleroi et pas uniquement le centre-ville. 


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