La Maison blanche a-t-elle atterri à Bruxelles ? On vous explique ce qu'il s'est passé

Le 28 septembre, notre correspondante aux Etats-Unis n'est pas à Washington, mais à la place Flagey. Il s'agit tout simplement d'une erreur de sous-titre.
Le 28 septembre, notre correspondante aux Etats-Unis n'est pas à Washington, mais à la place Flagey. Il s'agit tout simplement d'une erreur de sous-titre. - © RTBF

Certains téléspectateurs attentifs ont pu être surpris ce lundi… L’avez-vous remarquée, cette mention quelque peu décalée en haut à gauche de l’écran ? Ce jour-là, notre correspondante aux Etats-Unis, Pauline Simonet, fait un direct dans le Journal Télévisé de 19h30. Elle est à Washington et elle préface le premier débat entre Joe Biden et Donald Trump. Pourtant, en haut à gauche de l’écran dans un rectangle rouge, place attribuée au lieu du direct, ce n’est pas la capitale des Etats-Unis qui s’inscrit, mais la Place Flagey, à Bruxelles. Une anomalie corrigée quelques secondes plus tard.


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Revoir la séquence du JT de 19h30 avec le direct de Pauline Simonet (28 septembre 2020) :

Que s’est-il passé ? Pour comprendre, on vous emmène dans les coulisses du Journal Télévisé, en régie. C’est là qu’on retrouve toute l’équipe technique du journal. Le lancement des sous-titres se fait encore manuellement. Les télétitreurs se relaient au fil des jours par équipe de deux. L’un s’occupe de l’habillage plateau, c’est-à-dire des images dans les écrans derrière le (la) présentateur (– trice), l’autre gère les sous-titres avec les noms des intervenants pendant la diffusion du reportage, les lieux des directs, etc. "Pendant un sujet on va jouer les in et out de chaque personne interviewée, c’est-à-dire l’arrivée et le départ du sous-titre", explique Noémie Lannoy, télétitreuse à la RTBF.

Lundi dernier, il y avait un direct à la Place Flagey suivi d’un reportage puis du direct de Pauline Simonet. "Entre les deux directs, le télétitreur était occupé sur le sujet, il n’a pas changé le bon lieu", éclaire notre collègue.

Parfois, on n’entend même pas le retour antenne

Une erreur typique quand c’est la course et que les directs s’enchaînent. Et ce jour-là, ça l’était. Après un journal de 13h mouvementé, comme souvent, les équipes techniques prennent une pause et enchaînent avec l’émission On n’est pas des Pigeons en direct et le Journal Télévisé de 19h30 en direct aussi. "Hier, la journée a été laborieuse à tous niveaux. On ne savait pas s’il y aurait une édition spéciale avec la fin des négociations", confirme Wendy Slusny, scripte à la RTBF.

Quand l’ambiance est agitée, comme ce jour-là, tout le monde parle en régie pendant les sujets. "Parfois, on n’entend même pas le retour antenne, on n’entend pas les gens parler dans le sujet", confie Noémie. Ça peut être une source d’erreur.

Des sous-titres dans le mauvais ordre

Les sous-titres des lieux et des directs sont préparés par les scriptes, qui gèrent la conduite du Journal Télévisé. Les sous-titres des interviewés sont quant à eux écrits par les journalistes eux-mêmes, la plupart du temps.

Revoir notre séquence Inside: Questions de Médias sur la conduite (24 septembre 2020):

Dans tous les cas, les sous-titres sont donc encodés à l’avance mais bien "activés" en direct à l’antenne par le télétitreur. Et oui, des erreurs surviennent de temps à autre, parfois de façon inaperçue, parfois de façon plus flagrante.

Exemple avec un sujet diffusé au JT le 9 août dernier sur la révolte au Liban après l’explosion. Un manifestant s’exprime. Son nom : Charles Michel. Sa fonction : président du Conseil européen. On le connaît bien Charles Michel et ce n’était pas lui. Contactée, la journaliste, qui avait fait le sujet, ne se souvient pas de ce qu’il s’est passé.

Revoir la séquence du Journal Télévisé de 13h " Liban, un parfum de révolution " (9 août 2020) :

Dans ce cas-ci, il pourrait s’agir d’une inversion des intervenants, dû à une inattention du télétitreur ou du journaliste. "Le journaliste peut avoir mal placé ses sous-titres. Ils ne sont pas au bon endroit dans le texte", explique notre collègue Marion Lefevre, scripte au Journal Télévisé. Il est encore possible de corriger la donne pendant la diffusion du sujet mais ce type d’erreur n’est pas toujours simple à détecter. "Quand ce sont des politiques, c’est plus facile de les reconnaître. Quand ce sont des personnes inconnues, c’est plus délicat de savoir qu’untel est untel", poursuit-elle. Dans ce cas-là, impossible pour la scripte ou le télétitreur de le deviner… Sauf s’il a le temps de regarder le sujet.

Ça reste du direct donc on fait avec le peu d’infos qu’on peut avoir

Il arrive aussi que les journalistes montent leur sujet à l’extérieur (dans une camionnette équipée) et ne soient pas en mesure d’écrire et d’encoder eux-mêmes les sous-titres de leur sujet. Pris dans l’urgence, on peut se retrouver à les communiquer à la scripte, par mail ou téléphone, assez tard. Ou alors de les envoyer sans en préciser l’ordre, ce qui peut aussi susciter des erreurs de sous-titrage. "La dernière fois, on m’a dit ‘il y aura deux intervenants, on ne connaît pas l’ordre’. C’était un homme et une femme. J’avais peu de chance de me tromper. Mais parfois, il y en a trois, que des femmes, qu’on ne connaît pas, raconte la télétitreuse. Ça reste du direct donc on fait avec le peu d’infos qu’on peut avoir".

C’est le pire scénario pour un télétitreur. A l’inverse, quand les sous-titres sont prêts à temps et que le journaliste a eu le temps de préciser à quel moment intervient la personne et à quel moment l’interview se termine, "c’est le meilleur, mais c’est ultra rare", concède Noémie. Et même là, il faudra encore que le télétitreur soit attentif et réactif pendant la diffusion en direct, ce qui, comme on l’a vu, n’est pas toujours si simple.

Et puis n’oublions pas que derrière tout cela, il y a des machines. L’erreur peut aussi venir d’un problème technique quand le programme est capricieux. "Ça m’est déjà arrivé de ne pas réussir à enlever un sous-titre à l’antenne", explique Noémie. L’opération doit alors se faire manuellement. "Ça prend plus de temps et ça peut empiéter sur un autre sonore", ajoute Marion.


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►►► À lire aussi cet article Inside sur les erreurs d’orthographe qui se glissent parfois sur antenne.

 

 

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