L'Info RTBF est-elle "anti-Trump" ?

Donald Trump entouré de journalistes
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Donald Trump entouré de journalistes - © CHIP SOMODEVILLA - AFP

Selon plusieurs messages reçus, trop de reportages anti-Trump ont été diffusés sur nos antennes. D’autres ont reproché à la RTBF d’être pro-Biden.

"Bonjour, je ne suis vraiment pas un supporter de Trump, mais j’apprécie que l’info soit la plus impartiale possible. […] On connaît malheureusement tous les délires de Trump, ce serait bien de dire que Biden n’est pas non plus en reste. D’avance, merci", nous écrit par exemple un auditeur.

Alors, notre rédaction info a-t-elle été partiale lors des élections américaines ? Et même avant ?


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"A-t-on parlé plus de Donald Trump ? OUI !" reconnaît d’emblée Mehdi Khelfat, responsable de l’actualité internationale à la rédaction. "J’assume. L’explication est simple et logique. Donald Trump, c’était le président sortant, il avait donc une activité présidentielle à assumer".

Une activité présidentielle qui tranche par rapport aux habitudes des présidents précédents. "Donald Trump a bousculé un nombre d’éléments que nous ne pouvions pas taire", poursuit Jean-Pierre Jacqmin, directeur de l’information à la RTBF. "Que fait-on dans l’information ? On observe les éléments qui bougent, les éléments qui entraînent un certain nombre de changements. Et la manière dont Donald Trump s’est comporté durant son mandat, les décisions qu’il a prises en tant que Président des Etats-Unis par rapport au climat, à des accords internationaux, à l’OTAN, … Tout cela a entraîné des éléments de changement. Notre rôle en tant que journalistes c’est de voir et d’analyser ces éléments qui bougent et induisent le changement".

Rajoutez à cela la personnalité du milliardaire et sa manière de communiquer qui, dès le départ, ont surpris les médias. "Donald Trump, c’est un président à part. Il a une façon d’être et une manière de gérer les affaires qui dénotent par rapport à ce qu’on a pu connaître", poursuit Mehdi. "En tant que journaliste on s’attelle aussi à évoquer les choses qui sont de l’ordre de l’exceptionnel".

Pour autant, le responsable éditorial de l’actualité internationale se défend de toute partialité. "On est resté factuel. Ce n’est pas parce qu’on a beaucoup parlé de lui et de ses activités que nous étions dans le jugement et la prise de position. On est resté ultra-factuel", estime-t-il. "Ce n’est pas dans une intention de parler en bien ou en mal de lui ou pour en favoriser l’un ou l’autre", abonde Jean-Pierre. "Mais parce que la réalité de l’information engendre un suivi comme celui-là".

Nous avons, par ailleurs, fait également allusion aux polémiques concernant Joe Biden depuis qu’il est entré en politique. C’est le cas notamment dans cette capsule Instagram qui dresse son portrait.

Cliquez sur l’image pour la revoir.

Un président qui occupe l’espace médiatique… à sa manière

Les quatre années au pouvoir de Donald Trump ont montré sa faculté à occuper le terrain médiatique et jongler avec les réseaux sociaux. "Il s’est immiscé quotidiennement dans le débat public", poursuit Mehdi. "Que ce soit avec un tweet ou une décision surprenante ou encore un coup de gueule". Ces éléments peuvent donner l’impression qu’on a focalisé sur lui mais ce sont donc les faits et l’actualité qui le justifieraient, selon cette analyse. Mais on peut aussi se demander si, comme d’autres médias, nous ne sommes pas parfois tombés dans une cadence fixée par Trump, sans suffisamment de recul… En tout cas, "ce n’est pas une volonté de nuire ou de décrédibiliser".

Si les médias ont pu donner l’impression d’être "anti-Trump", c’est la méthode du Président, plutôt que son orientation politique, qui a pu choquer la profession selon Sandrine Roginsky qui enseigne la communication politique à l’UCLouvain.

Elle rappelle que "les journalistes ont été directement pris à partie et visés par Donald Trump dès le début de son mandat. Il a remis en question la parole des journalistes en venant avec ses propres vérités. La profession a aussi dû se défendre et cela a pu être pris par certains pour une attitude anti-Trump".

Et les choses ont commencé dès le début. Souvenez-vous des "alternative facts" énoncés par une conseillère de la Maison blanche en janvier 2017 alors qu’un journaliste fait référence au moindre nombre de personnes qui s’étaient déplacées pour l’investiture du milliardaire à Washington.

Un journalisme sain en démocratie est radicalement contre la politique du mensonge

"Si un.e journaliste remet en question la parole du président, il/elle est automatiquement qualifié.e de pourvoyeur de fake news", rappelle Sandrine Roginsky. "Cela complexifie énormément les choses pour la profession".

Certains journalistes ont donc pu se montrer "anti-méthode" de Trump mais "à aucun moment je n’ai l’impression qu’ils ont pris position sur les idées et les choix qu’il a posés", confie Sandrine Roginsky. "Je pense plutôt qu’il y a eu une prise de position de la profession sur la manière de faire du Président. Ce dernier se revendique comme pourvoyeur de vérités qui ne peuvent pas être vérifiées et face à lui, on a des journalistes dont le métier est justement de vérifier toute information, toute affirmation".

Si, prise de position il y a eu, c’est donc plutôt sur la nécessité d’avoir des acteurs qui vérifient l’information dans une société démocratique que sur le programme du Président Trump.

"Un journalisme sain en démocratie est radicalement contre la politique du mensonge", rappelait Benoît Grevisse dans l’émission les Décodeurs sur La Première.

Mehdi Khelfat, lui, souligne : "On a même été trompés par un représentant républicain que l’on interrogeait [en direct] par Skype après l’élection sur nos antennes. Ce dernier nous a dit que 100.000 voix avaient été rajoutées dans le Wisconsin et qu’elles allaient toutes à Biden… c’est une fake news…". Laquelle n’a pas pu être démentie en temps réel, dans le JT, mais a été explicitement rectifiée dans l’édition du lendemain.

"Ne tombons pas dans le piège" prévient François Heinderyckx, Professeur de sociologie des médias et de communication politique à l’ULB. Il s’exprimait lui aussi dans "les Décodeurs" sur La Première. "Défendre la vérité et traiter quelqu’un de menteur, ça n’est pas prendre parti, ce n’est pas être contre Donald Trump. C’est simplement être à la recherche de la vérité. Il ne faut pas tomber dans le piège des deux vérités. Celle de Trump et celle de Biden. On ne prend pas parti pour l’une ou l’autre. Sur les idées on peut discuter mais pas sur la réalité. Et donc dire que Trump est un menteur et que Biden est davantage ancré dans la réalité ça n’est pas prendre parti, c’est simplement observer et rendre compte de faits".

Revoir les Décodeurs du 13 novembre 2020 (La Première) :

Une large couverture du scrutin

Rappelons encore que la RTBF a largement couvert l’élection présidentielle américaine. Elle a mis en place un dispositif avec de nombreux journalistes et technicie.nnes sur place et dans nos studios. "On est allé interviewer les gens sans a priori. Nous avons donné la parole aux deux camps. Il ne faut pas oublier qu’on est allé voir les électeurs américains. Ceux de Trump comme ceux de Biden. On a tenté de comprendre leurs motivations. Des journalistes étaient présents à la fois dans des QG républicains et démocrates lors de la nuit électorale ", insiste Mehdi Khelfat. Sur nos différents médias, nous avons voulu donner la parole tant à des représentants démocrates que républicains.

La parole aux citoyens de Miami, une petite ville du Texas où Donald Trump avait récolté 94,6% des voix en 2016 :

Depuis son élection en novembre 2016, Donald Trump a fait parler de lui. Son omniprésence sur les réseaux sociaux et sa manière de faire ont entraîné un traitement médiatique qui dénote par rapport aux présidents précédents.

Un traitement médiatique qui a d’ailleurs largement dépassé la couverture classique par les journalistes de la rédaction info. Ce qui a pu aussi avoir un impact sur la perception de notre positionnement par le public. Nous vous reparlerons de ces aspects dans un prochain article Inside.

Ceci dit, on peut dire que Donald Trump a effectivement dominé l’actualité et notre info. Cet article ne fait pas exception. Le président républicain aura occupé l’essentiel de ces lignes. Cependant, le résultat des élections américaines changera la donne. La RTBF et les médias européens suivront de près la présidence de Joe Biden et ne manqueront pas de mettre le doigt là où il faut comme ils l’ont fait lors de ces quatre dernières années avec Donald Trump.


►►► Cet article n’est pas un article d’info comme les autres… Sur la page INSIDE de la rédaction, les journalistes de l’info quotidienne prennent la plume – et un peu de recul – pour dévoiler les coulisses du métier, répondre à vos questions et réfléchir, avec vous, à leurs pratiques. Plus d’information : . Et pour vos questions sur notre traitement de l’info : c’est ici.


 

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