L'extrême droite apparaît dans notre JT: une rupture du cordon sanitaire?

L'extrême droite apparaît dans notre JT: une rupture du cordon sanitaire?
L'extrême droite apparaît dans notre JT: une rupture du cordon sanitaire? - © Tous droits réservés

Très vite, ce dimanche 16 décembre 2018, après le journal de 13h, un téléspectateur réagissait sur Twitter: "La RTBF ne diffuse pas d'images du Belang au Parlement […] Et donne la parole au président des Jong Vlaams Belang dans son JT!" Il estimait qu'il s'agissait d'une erreur et laissait entendre que nous n'avions pas respecté le cordon sanitaire.


►►► A lire sur INSIDE, notre analyse suite aux élections du 26 mai 2019 : « PTB et Vlaams Belang sur nos antennes : un cordon sanitaire élastique? »


 

Tweet de Michaël M. sur le cordon sanitaire

Qu'a-t-on exactement diffusé ce dimanche?

Dans le Jt de 13h, on voit en effet un extrait d'une interview du président des Jeunes Vlaams Belang, Bart Claes, précédé d'un direct de notre collègue Aurélie Fogli qui contextualise ses propos. Dans le JT du 19H30, on voit cette même interview de Bart Claes au sein d'un reportage. Il y dit ceci : "Les Nations Unies sont en train d'inclure leur règlement dans les législations nationales. Elles veulent mettre en œuvre ce pacte de Marrakech au niveau national dans notre législation. Donc oui, l'immigration sera rendue plus facile. Une immigration de masse venue d'Afrique et les conséquences seront grandes pour l'Europe."

Pour notre collègue Pierre Marlet, qui éditait le journal ce dimanche, "idéalement, on aurait pu rappeler en sortie d'interview du jeune Vlaams Belang que le Pacte n'était pas contraignant. C'est un ajout qui aurait permis d'être plus explicite. Mais de manière globale, l'ensemble du reportage n'est pas du tout complaisant et prend clairement de la distance avec ce qui est dit. Il illustre d'ailleurs la manière violente et extrême avec laquelle les manifestants se sont comportés. Il n'y a pas de rupture du cordon sanitaire".

Car diffuser une interview d'un représentant de l'extrême droite sur les ondes de la RTBF ne signifie pas forcément qu'on rompt le cordon sanitaire.

L'extrême droite interdite de toute interview en direct

Depuis décembre 1991, la RTBF a adopté le "cordon sanitaire médiatique", qui exclut les représentants et les militants de partis d’extrême droite de toute interview en direct, de toute participation à des débats entre eux et des journalistes de la RTBF et de toute participation à des débats auxquels ils seraient amenés à participer, même en qualité de spectateurs. "Depuis 1991, au moment où on a vu une énorme poussée de l'extrême droite en Belgique, explique Simon-Pierre De Coster, responsable du service juridique à la RTBF, la RTBF a mis en place un cordon sanitaire médiatique, estimant que l'extrême droite était dangereuse pour la démocratie et qu'il était important de ne pas ouvrir l'antenne du service public à des partis non respectueux de la démocratie". Seuls les directs sont donc concernés par ce cordon sanitaire, car il s'agit de se donner l'opportunité de pouvoir recadrer les propos éventuellement haineux et non-démocratiques qui seraient tenus par les intervenants.

Mais comment déterminer ce qu'est un parti non-démocratique?

C'est la RTBF qui peut, selon une grille d'analyse spécifique, déterminer si un parti est liberticide ou non. "En 1999, poursuit Simon-Pierre De Coster, le Conseil d'état a estimé que la RTBF avait le droit de screener le programme des partis politiques et les déclarations des mandataires politiques et de vérifier s'ils étaient respectueux des valeurs démocratiques fondamentales, égalité entre citoyens, non-discrimination sur base de la religion, du sexe, etc. Et quand la RTBF estime que ces valeurs démocratiques ne sont pas respectées, elle est en droit, dit le Conseil d'état, de ne pas inviter ces partis en direct, ni dans des débats".

Dans la même lignée que cet arrêt du Conseil d'état, le Conseil de déontologie journalistique estimait dans un avis du 16 novembre 2011, que "la liberté d’expression ne doit pas être confondue avec l’obligation, pour les médias, de diffuser toutes les opinions" et que "les journalistes et les médias n’ont pas à faciliter l’expression de ces opinions illégales, liberticides ou antidémocratiques".

>>> Retrouvez plus de coulisses sur notre traitement de l'information sur notre page INSIDE

Précisions apportée ce 19/12/2018: Suite à une remarque d'un collègue qui a vu le Vlaams Belang s'exprimer sur notre site info lors de la retransmission des débats à la Chambre ce mardi 18/12, nous avons interpellé le directeur de l'information Jean-Pierre Jacqmin pour savoir si, dans ce cas précis, la RTBF ne rompait pas le cordon sanitaire. Sa réponse est non. Il tient à rappeler que "ce qui est à l'origine de la règle, c'est que la RTBF ne peut pas diffuser de propos discriminants, racistes, incitant à la haine etc. Donc nous n'interviewons pas en direct ni n'organisons de débats avec les partis qui prônent cela – l'extrême droite, mais aussi le parti Islam par exemple. En ce qui concerne la diffusion des débats à la Chambre sur internet, nous diffusons l'intégralité des débats sur notre plateforme auvio. Mais si des propos dérangeants étaient tenus, on pourrait couper la retransmission et surtout reprendre les propos pour les mettre en perspective et les qualifier par exemple de 'propos sortant du cadre de la démocratie' ou de délictueux".

Par ailleurs, Jean-Pierre Jacqmin rappelle que le but de la RTBF n'est certainement pas de ne plus rien diffuser qui émane de l'extrême droite ni de faire comme si elle n'existait pas. "Au contraire, il est important de continuer parler de ces partis et de leurs affiliés ou électeurs avec l'investigation nécessaire". Ce qui n'entre pas du tout en contradiction avec l'application du cordon sanitaire. 

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