Insurrection à Washington : branle-bas de combat à la rédaction de l'info

L'émission "A votre avis" a bousculé ses programmes pour évoquer la situation à Washington.
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L'émission "A votre avis" a bousculé ses programmes pour évoquer la situation à Washington. - © Printscreen

Ces images ont marqué, choqué les Etats-Unis et le monde entier… Il est 14 heures, heure de Washington, 20 heures en Belgique, quand des manifestants pro-Trump font irruption au sein du Capitole, siège du Sénat et de la Chambre des Représentants. Les premières images arrivent quelques dizaines de minutes plus tard dans les rédactions du monde entier. Et c’est le début du branle-bas de combat.

Face à un tel événement, inattendu et de portée historique, comment l’info s’organise-t-elle ? C’est ce que nous vous racontons ici, au travers du regard de deux membres de notre rédaction, Mehdi Khelfat et Pierre Marlet.


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Quand l’information arrive chez nous, il est environ 20h30. Tous les médias de la RTBF se mobilisent. En premier lieu, l’équipe web, qui ajoute des articles en ligne et les met à jour. Le rédacteur en chef adjoint vient porter main forte aux équipes. Les deux journalistes de garde ce soir-là prolongent leurs horaires. Celui qui devait terminer à minuit est finalement parti quelques heures plus tard.

En radio aussi, les téléphones chauffent. "Jean-Pierre Jacqmin, le directeur de l’information chez nous, m’appelle pour me dire qu’il faudrait mettre quelqu’un la nuit pour suivre ce qu’il se passe", raconte Pierre Marlet, Responsable Info pour La Première. En effet, les informations de la nuit ne sont habituellement plus en direct - elles sont désormais enregistrées. "On a su organiser le fait qu’il y ait un flash toutes les heures pour assurer la continuité jusqu’au démarrage de la matinale", poursuit Pierre.

Des images de dingue

Pendant ce temps-là, Mehdi Khelfat, journaliste et responsable éditorial de la thématique Monde, est en direct sur Tarmac pour expliquer aux auditeurs, comme il le fait régulièrement, les grands moments de ces élections américaines. Ce jour-là, jour des élections pour le Sénat américain, les enjeux sont importants. "Entre 20 heures et 20h30, je suis déconnecté. En studio, on se débranche", explique-t-il. Après son intervention, vers 20h30, le journaliste découvre "ces images de dingue". Premier réflexe : "Je retourne à Tarmac pour mettre à jour et pour leur expliquer ce qu’il se passe à Washington", poursuit-il. Ensuite, il se met en relation avec nos collègues de la rédaction internationale.

Emission bousculée

Les échanges se multiplient sur le groupe WhatsApp de la cellule internationale. La responsable de la rédaction internationale cherche du renfort. Le JT est passé mais "A votre avis", émission tv en direct, est prévue vers 22 heures Au programme : les vaccins, mais ce qu’il se passe outre-Atlantique est du jamais vu. "Il fallait qu’on en parle", partage Mehdi.

Un journaliste et un monteur acceptent de travailler depuis chez eux pour fournir l’émission. Un sujet sur les évènements et une interview de Sophie Wilmès, la ministre des Affaires étrangères, sont mis en boîte.

"Quand il se passe quelque chose comme ça, les équipes RTBF se mobilisent toujours très vite", se réjouit Mehdi, lui-même très occupé depuis le début de la journée par la Géorgie. Il rentre chez lui avec la perspective d’intervenir tôt le lendemain dans la matinale de La Première. Sa journée est finie… Enfin, pas tout à fait !

Sur le chemin du retour, et à la demande de l’éditeur d’"A votre avis", Mehdi envoie des contacts de correspondants à Washington pour un direct dans l’émission du soir. Mission compliquée. Nos trois correspondants habituels ne sont pas disponibles. Un interlocuteur est finalement trouvé. Le début du repos pour le responsable de la thématique Monde ? Toujours pas. "J’arrive chez moi et là, j’ai un appel de Jean-Pierre Jacqmin (ndlr : le directeur de l’information à la RTBF) qui me dit que je dois faire un plateau dans ‘A votre avis’", poursuit Mehdi. Retour à la rédaction.

Trouver des intervenants

Pendant ce temps, depuis chez elles, les équipes de la Matinale de La Première sont aussi en plein travail. Objectif : trouver des intervenants pour une émission presque entièrement dédiée à la situation américaine. "On s’est acharné à défaire ce qu’on avait construit, remarque Pierre Marlet. "On n’était pas sur ces thèmes-là normalement". Pendant la soirée, les équipes décommandent donc les invités, qui seront reportés au surlendemain, et tentent de trouver de nouveaux intervenants. "En général, il y a une foire aux idées et on contacte, on contacte jusqu’à ce qu’il y ait des gens", précise-t-il.

Ce travail de préparation se fait la veille, mais en pleine soirée, pas évident de trouver des invités. "Il y a eu une hésitation à tout bazarder et ne faire que les Etats-Unis. On ne l’a pas fait car on avait du mal de trouver beaucoup de monde", poursuit le responsable Info pour La Première. Ce sera donc une matinale très axée sur les Etats-Unis, mais pas uniquement.

Revoir la fin de l’émission "A votre avis" qui conclut avec la situation aux Etats-Unis (7 octobre 2021) :

Une réactivité qui se prépare

On retrouve Mehdi : "Je suis arrivé et Sacha Daout m’a dit : ‘On a 5 minutes au début, raconte-moi tout ce que tu sais’", raconte-t-il. Il intervient en direct dans l’émission à peine une heure et demie après le début des évènements. Heureusement, il a suivi toute l’actualité de la journée aux Etats-Unis, écouté le discours de Donald Trump, suivi les dépêches, vu les images. "Notre boulot, c’est justement de s’imprégner de cette actualité-là pour être réactif quand il se passe quelque chose", explique-t-il. De la préparation et des bases qui permettent ensuite "d’avoir des éléments d’information, des connaissances du système américain, du système politique", ajoute notre collègue.

Pendant quelques minutes, au début et à la fin de l’antenne, Mehdi explique aux téléspectateurs la situation à Washington et ce qui a mené à cette insurrection. "C’est stressant. C’est un baptême du feu. Je n’ai jamais fait ça de ma vie en télé, être debout devant Sacha, sans notes", avoue-t-il. Mais il faut dire qu’il est allé à bonne école, en radio. Pendant des années, il a présenté la tranche matinale sur La Première. "L’édition spéciale du 22 mars 2016, j’étais à l’antenne et j’ai annoncé qu’il y avait des attentats", se souvient celui qui est désormais le responsable de la thématique Monde.

Revoir le début de l’émission "A votre avis" (7 octobre 2021) :

Une matinale prolongée

Côté radio, ce jeudi matin, c’est bien une matinale reconstruite qui est passée sur les antennes de La Première. Les équipes ont trouvé des solutions pour faire une tranche presque uniquement dédiée aux Etats-Unis. Rappelez-vous, nous vous expliquions plus haut que les trois correspondants habituels de la RTBF n’étaient pas disponibles, il a donc fallu trouver des alternatives. "On a la chance de parler une langue internationale, le français, et d’avoir une collaboration avec les médias francophones. Les Français, les Suisses", se félicite Pierre. C’est donc un journaliste de la télévision suisse qui est intervenu dans un Questions-Réponses à 6h40.

Les équipes ont aussi décidé le matin même de prolonger la matinale jusque 10 heures. "Tout ça a un impact. La tranche 9h-10h, ce n’est pas l’info, c’est ‘Le mug’ normalement", explique Pierre Marlet. "Il faut contacter les chaînes et demander s’ils sont d’accord." Des décisions qui se prennent quasi en direct.

C’est le cœur du métier de réagir à l’événement

L’évènement se prolongeait aux Etats-Unis, il fallait être là. "Le Congrès était en pleine réunion et le fait d’avoir pu dire, à 9h33, à la minute même, ‘Voilà, ça y est, cette fois-ci, Joe Biden est officiellement le président des Etats-Unis’, c’était un élément important. Rien que ça justifiait le fait de continuer", souligne le responsable de la rédaction de La Première.

Cette "troisième mi-temps" a aussi permis d’avoir des invités qui n’étaient pas disponibles plus tôt, comme Christine Ockrent.

Une soirée et une matinée d’organisation, de stress intense, mais finalement, un travail satisfaisant pour les équipes. "C’est construire et adapter les productions à un évènement qui est en train de se passer en fonction des moyens que l’on a et des possibilités", ajoute Pierre Marlet. "C’est le cœur du métier de réagir à l’événement et de se dire après : ’Tiens, est-ce qu’on a été présent ? Je crois que oui ! Est-ce qu’on a été sur l’événement : oui ! Est-ce qu’on a apporté une valeur ajoutée ? Si tous les éléments sont remplis, on se dit qu’on a quand même servi à quelque chose", conclut-il.

La journée du jeudi s’est poursuivie sur le thème des Etats-Unis. Et Mehdi Khelfat a continué à enchaîner les interventions sur les différents médias, y compris sur les réseaux sociaux de la RTBF.

Revoir le Facebook Live de la RTBF sur la situation aux Etats-Unis (7 janvier 2021) :


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