Rapatriement d'une famille en Serbie: "Il fallait leur donner une voix et un visage"

Eminé Berisha et ses enfants au micro de Wahoub Fayoumi
Eminé Berisha et ses enfants au micro de Wahoub Fayoumi - © RTBF

Ils sont les premiers à avoir été rapatriés depuis l’inauguration du nouveau centre pour familles de Steenokkerzeel. Eminé Berisha et ses quatre enfants ont été au cœur de l’actualité pendant plusieurs semaines. Après plusieurs rebondissements, et autant de débats autour de la décision d’enfermer des enfants en centre fermé, ils ont fait leur retour en Serbie. C’est alors que leurs visages et leurs voix sont apparus sur nos antennes, en télévision et en radio. Pourquoi ce choix ? Et pourquoi à ce moment-là ?

Quand la famille était en centre fermé en Belgique, il était impossible de les rencontrer. Mais ensuite, elle s’est retrouvée en maison de retour, sans obstacles pour les interviews. "Je pense qu’on n’a pas eu la présence d’esprit de décider assez rapidement qu’il fallait donner un visage ou en tout cas entendre la voix de cette femme", explique Wahoub Fayoumi, la journaliste qui a retrouvé la famille en Serbie. "Il y avait beaucoup de choses qui étaient théoriques : c’était ses avocats qui parlaient, un ministre, les autorités… On n’a pas réagi assez vite je pense, ça s’est passé trop vite pour nous – ça ce sont les aléas de choix rédactionnels avec le temps qui nous est imparti et les exigences qui nous sont imparties. Je pense que ça aurait pourtant été utile". Car rencontrer la famille, c’est enrichir l’information en lui donnant une dimension supplémentaire, qui s’ajoute à toutes celles déjà abordées sous des angles différents, dans d’autres sujets en télévision, en radio et sur le web.

Une interview non floutée

En Serbie, Wahoub Fayoumi a fini par retrouver la trace d’Eminé Berisha et de ses enfants, notamment via des contacts avec ses avocats et une assistante sociale de Belgrade. Sa demande d’interview reçoit très vite un accueil positif : "Elle voulait vraiment raconter son histoire, je pense qu’elle espérait que cette histoire frappe les gens parce qu’elle était dans une détresse assez grande – on s’en est aperçu. Elle avait perdu ses repères. Même si elle avait finalement accepté un retour volontaire, elle se retrouvait dans une situation assez dramatique et elle avait envie de faire part de son inquiétude. On la sentait assez angoissée". A l’approche du jour du tournage, la jeune femme se met à hésiter. Elle craint d’apparaître à visage découvert. L’équipe de la RTBF entreprend de la rassurer. Il faut dire que le contexte est complètement différent de celui qui aurait prévalu si l’interview avait eu lieu en Belgique, alors que la famille était dans une situation de séjour illégal.

"C’était une peur un peu irrationnelle. Il n’y avait pas de crainte pour sa sécurité, son nom était déjà partout, on savait déjà qui elle était… Or pour nous c’était important qu’elle n’apparaisse pas floutée", explique Wahoub Fayoumi. "Ce genre de témoignage-là, ça donne une valeur humaine à ce vécu-là. On peut se reconnaitre dans quelqu’un que l’on voit, qui parle… Son visage peut trahir ses émotions, comme par exemple une voix en radio. Mais si on est en télévision et que c’est flouté, on perd d’une certaine manière une humanité, une réalité des choses".

Quelle place pour l'émotion?

Un témoignage qui a touché la journaliste, qui l’admet sans détours. Tout en rappelant l’importance de garder la tête froide, en se rattachant aux faits. "On doit essayer de se décaler par rapport à cette émotion, sinon on est submergé par des choses qui peuvent être non factuelles, non concrètes". Un exercice qui ne signifie pas qu’il faut exclure toute émotion du reportage. "C’est aussi un moyen de compréhension. Mais ça ne doit pas du tout être le principal, je me méfie beaucoup du fait d’expliquer quelque chose uniquement par l’émotion. L’information doit préexister évidemment, sinon ce serait vide de sens".

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