" Et si le vaccin était un suppositoire ? ", fait-on assez attention aux images sur nos antennes ?

Connaissez-vous les bélonéphobes ? Ils ont une peur bleue des piqûres. On estime que cette phobie concerne environ une personne sur dix !

Alors ceux qui se cachent les yeux ou tournent la tête à la vue d’une seringue sont servis pour le moment puisque dans chaque reportage consacré à la vaccination contre le covid 19, on rediffuse ce genre d’images. Et certains ont fait part de leur exaspération à la médiation de la RTBF. Comme Corinne qui demande à notre chaîne de " retirer ces images, surtout l’instant où l’aiguille pique ". Ou encore Robert qui " n’aime pas les piqûres et je ne vois pas pourquoi on nous en remet tous les jours à l’écran. "

Bonne nouvelle : vous avez été entendus !


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" Pensez aux bélonéphobes "

Les réactions que certains d’entre vous ont envoyées concernant ces images d’aiguilles sont parvenues jusqu’à la rédaction. La preuve avec un mail envoyé à tous les journalistes de la rédaction de la RTBF. C’est Frédéric Gersdorff, directeur adjoint de l’information qui le signe. " Pensez aux bélonéphobes ", écrit-il en titre.

Il est parti de ce constat : dans le JT de 19h30 du 18 janvier dernier, il y a eu 13 fois l’image d’une piqûre. " Ça fait beaucoup. C’est trop. Et on peut comprendre certaines réactions de personnes qui se sont adressées au service de médiation, explique-t-il. Il y a un travail à faire qui va commencer maintenant. "

Retrouvez le Journal Télévisé de 19h30 du 18/01/2021 :

Nous sommes au début d’une campagne de vaccination qui, chaque jour ou presque, amène son lot de nouvelles informations sur le sujet. Difficile, donc, de ne pas en parler. C’est l’actualité. " Il ne faut pas s’empêcher de montrer les images de vaccination quand c’est absolument nécessaire. Mais on ne doit pas utiliser ces images de façon systématique ", estime Frédéric. Et d’ajouter : " On ne s’empêche pas de le faire. Mais il ne faut pas tomber dans un excès, comme on peut l’avoir fait à un certain moment."

Parler de vaccination sans images de piqûres, est-ce possible ?

Ça peut sembler étrange, mais on peut parler de vaccination sans forcément montrer des images d’injection.

La preuve avec un reportage d’Eric Boever, journaliste à la rédaction Info, consacré justement à la bélonéphobie et inspiré par vos commentaires : on n’y voit que deux images de piqûre ! " Ici, on a choisi délibérément de ne montrer que des images de préparation et pas de piqûre. "

 

Retrouvez le reportage du Journal Télévisé sur la bélonéphobie (14/01/2021)

Quelques jours plus tard, Sofia Cotsoglou, journaliste à la rédaction de Charleroi, fait un reportage sur le début de la vaccination dans les hôpitaux : " Moi, j’ai peur des aiguilles. Donc, je regarde de loin le tournage ", confie-t-elle. " J’ai demandé à mon cameraman de filmer la fiole, de faire des images quand on prend le vaccin ". Résultat : " Dans mon sujet, on ne voit que deux fois une aiguille, une fois quand elle entre dans un bras, une fois quand elle sort. " C’est donc possible et nous tentons de le faire depuis plusieurs jours.

 

Retrouvez le reportage du Journal Télévisé " Vaccinations : coup d’envoi en milieu hospitalier " (18/01/2021)

Et ce qui vaut pour les aiguilles vaut aussi pour les écouvillons qui permettent les tests PCR. La pipette qui entre dans la narine, c’est une image que nous avons diffusée des dizaines et des dizaines de fois depuis le début de la crise du Covid 19. Elle peut aussi avoir un effet stressant. Alors, les journalistes de la RTBF essaient de limiter ces illustrations. Exemple : pour le JT de 13H du 21 janvier, Jean-Christophe Willems tourne un reportage dans un centre de dépistage pour étudiants à Namur. Pas une seule image d’écouvillon dans le nez : " Le cameraman a pris du recul et a essayé de faire des plans plus généraux ", explique-t-il. Il a filmé aussi des plans d’écouvillon. " Mais la monteuse n’aime pas ce genre d’images. Elle m’a demandé de les éviter. Et ça a marché. Ici, tout est suggéré mais on se rend bien compte de ce qui se passe. "

 

Retrouvez le reportage du Journal Télévisé " Un centre de dépistage pour les étudiants de l’Université de Namur " (21/01/2021)

Le problème se pose moins sur notre site info qui n’a pas reçu beaucoup de plaintes à ce sujet. Et ça se comprend : " Nous avons accès à deux grandes banques d’images ", explique Thomas Mignon, adjoint éditorial du site Info. Nous pouvons, du coup, trouver sans trop de problèmes des images qui ne heurtent pas. "

La question se pose surtout les jours où l’actualité est dominée par la vaccination ou les tests PCR : " On va veiller à ne pas avoir que ça en illustration. L’éditeur et l’équipe d’antenne vont veiller collectivement à ce qui est mis en ligne ", rappelle-t-il.

" Et si le vaccin était un suppositoire ? ", réfléchir au poids de l’image

Il est important de réfléchir aux images qu’on vous montre. Non sans humour, une téléspectatrice nous a d’ailleurs questionnés à ce sujet : " Et si le vaccin était un suppositoire ? ", écrit-elle. Très bonne question que nous avons directement relayée à notre directeur adjoint de l’information à la RTBF. " Je ne pense pas qu’on montrerait des images d’introduction des suppositoires ", nous répond en souriant Frédéric Gersdorff. Mais il n’esquive pas la question : " On ne doit pas montrer l’acte dans son ensemble. Mais cibler sur une partie de l’acte. C’est toute la richesse du métier de cameraman : arriver à illustrer une problématique sensible en prenant une partie pour le tout, des images qui évoquent l’acte dans son ensemble ".

Ça, c’est la théorie. Mais en pratique, ça donne quoi ? Suggérer sans montrer, ce n’est pas l’exercice le plus facile. Penser aux bélonéphobes demande de faire preuve d’une certaine créativité.


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Quand les images peuvent choquer les personnes sensibles, il vaut mieux alors contextualiser. " Généralement, dans le cas des vaccinations, il s’agit d’une scène où l’infirmier ou le médecin parle d’abord avec la personne qui va être vaccinée. Et ce personnel médical, malgré le masque, est souvent souriant et essaie de rassurer la personne ", constate Bruno Gathy, cameraman à la RTBF. " Nous pouvons, à ce moment-là, filmer en plan large pour montrer toute la scène et ne pas uniquement se focaliser sur la seule aiguille. "

D’accord. Mais difficile de réaliser tout un reportage uniquement avec des plans larges, non ? " On peut se mettre derrière le bras de la personne vaccinée, ne voir que l’aiguille qui se dirige vers le bras ", répond Bruno. " On peut être plutôt sur le visage du médecin ou de l’infirmière. Cela permet de ne pas voir le regard de la personne qui se fait vacciner et qui, souvent, n’est pas vraiment à l’aise. " Bref, on évite les gros plans d’aiguilles dans le bras ? " Tout le monde sait comment se passe une vaccination, les gens comprennent ", conclut notre collègue.

Retrouvez la chronique de Louise Monaux, médiatrice à la RTBF, sur la peur des aiguilles de certains téléspectateurs sur Vivacité ("On n’a pas fini d’en parler") :

La créativité du cameraman ou de la camerawoman est donc importante dans ce genre de situation où le sujet est sensible. Prenons l’exemple de cadavres lors d’une catastrophe. Si on décide de les montrer, " on va prendre une partie pour le tout, comme la main par exemple ", observe Frédéric Gersdorff. " On va prendre des images qui évoquent la mort, sans montrer le cadavre dans sa totalité ". Dans ces cas-là, rappelons que le spectateur est averti qu’il va voir des images qui peuvent le choquer. Il n’y aura évidemment pas ce type d’avertissement pour des images de vaccination !


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