Eden Hazard qui ne nous entend pas, notre journaliste coupé en plein direct : que se passe-t-il quand un journal ne tourne pas rond ?

Si vous avez regardé le journal télévisé de ce lundi 28 juin, ça ne vous aura pas échappé, quelques problèmes de sujet ont émaillé l’édition de 13 heures. "J’attends les indications de la régie avec les sujets qui arrivent parfois en direct, dans le cours ce journal, a commenté en direct Ophélie Fontana. Je ne vais pas vous parler de mes propres projets de vacances, ce ne serait pas très intéressant", a poursuivi, en souriant, la présentatrice du JT qui a tenté de "meubler" pendant quelques secondes en attendant les indications de la régie.

Revoir le Journal Télévisé de 13h du lundi 28 juin 2021 :

Une semaine plus tôt, le lundi 21 juin, d’autres incidents étaient venus contrarier les journaux télévisés. Dans l’édition de la mi-journée, le premier direct s’est arrêté en plein milieu. Le deuxième présentait une image figée et des problèmes de son, dus probablement à un mauvais signal 4G. Un autre direct, depuis Saint Pétersbourg, a connu quelques soucis d’image et enfin, un extrait d’interview, qui devait être diffusé en fin de journal, n’a jamais été mis à l’antenne en raison d’un problème de son. " Ça fait beaucoup pour un JT ", regrette Véronique Barbier à la présentation du Journal télévisé de 13h et à l’édition du 19h30 ce jour-là.


►►► Cet article n’est pas un article d’info comme les autres : tout sur la démarche Inside de la rédaction ici


Revoir le Journal Télévisé de 13h du lundi 21 juin 2021 :

Dans l’édition du soir d’ailleurs, des problèmes de directs ont également fait trembler les équipes en coulisses. Au moment où les journalistes devaient être en direct dans la page consacrée à l’Euro de football, tout n’était pas prêt. " On voyait Jérémie Baise qui était en train de parler sur Tipik, dans l’émission de foot (Le Club de l’Euro, ndlr) qui était diffusée en même temps que le JT ", explique Véronique.

Impossible donc de diffuser le direct à ce moment-là. Quant à l’autre retransmission prévue, " Pierre Deprez ne nous entendait plus et donc j’ai dû jongler continuellement avec Nathalie Maleux (la présentatrice du 19h30, ndlr) en lui parlant alors qu’elle était en train de dialoguer sur le plateau avec Christophe Delstanches ", se souvient-elle. Le Journal de l’Euro a donc complètement changé en direct, mais " ça ne s’est pas trop vu sur antenne si ce n’est qu’on n’a jamais eu Pierre Deprez alors qu’on l’avait annoncé ", poursuit Véronique. La liaison avec Saint-Pétersbourg n’a pas pu être rétablie.

Revoir la séquence " Le Journal de l’Euro " dans le JT de 19h30 du 21 juin 2021 :

Des problèmes qui surviennent sans que vous vous en rendiez compte parfois

Ce genre d’incidents de liaison arrivent régulièrement. Parfois, ce sont aussi des sujets qui ne sont pas prêts à temps. Sauf qu’en coulisses, on s’affaire pour que rien ne soit visible sur antenne. " Le job de l’éditeur, c’est de faire des triples saltos arrière et personne n’y voit rien, sourit Jean-Paul Dubois, éditeur du Journal Télévisé. Et au final, le direct qui était prévu à 13h03 passe à 13h09 ! Les téléspectateurs ne le savent pas donc ils croient que c’est ce qu’on a voulu. "

L’éditeur essaie au maximum de garder une cohérence et une logique éditoriale avec des sujets et/ou des directs qui se suivent dans sa conduite pour que ça tienne la route. " C’est parfois frustrant quand tu as construit tout ton journal avec une conduite et l’auditeur ne va même pas se rendre compte que ça ne ressemble plus à rien, que c’est une énorme ratatouille où tout est mélangé ", confie Diane Burghelle Vernet, présentatrice des journaux parlés sur La Première.

Avoir toujours des plans B, C et même D

Une nouvelle info ou un problème technique peuvent venir bousculer le journal, surtout à 13h, parce que ce journal est fabriqué dans des délais très courts, en quelques heures seulement. Pour 19h30, on dispose d’un peu plus de temps.

Il faut que le journal conserve une allure informative et cohérente

Il n’est donc pas rare de partir en studio quelques minutes avant l’antenne sans avoir tous les sujets de la conduite, et parfois même les premiers sujets. " Dès que je sais qu’un journaliste a connu des difficultés sur le terrain le matin, qu’il fait l’ouverture du JT, mais que ça va être très compliqué, j’ai mon plan B. ‘Si je ne l’ai pas, avec quoi, on commence ?’ J’en discute avec le présentateur et on décide déjà ", explique notre collègue Véronique Barbier qui a la double casquette de présentatrice et d’éditrice à la RTBF. Malgré les couacs et les incidents, la technique a ça de bien qu’" on peut faire des changements assez rapidement ".


►►► A lire aussi sur la page INSIDE de la rédaction : "La Maison blanche a-t-elle atterri à Bruxelles ? On vous explique ce qu'il s'est passé"


Les éditeurs doivent prévoir plusieurs plans afin que " le journal conserve une allure informative et cohérente, mais qui n’était pas le plan numéro un voulu et espéré depuis le matin ", insiste Jean-Paul.

Et pourtant, les essais sont faits

Les soucis surviennent parfois alors que toutes les vérifications ont été faites en amont. " Quand le caméraman est en place, il contacte le NOC, le nœud central de toutes les transmissions de la RTBF, pour faire les premiers tests concernant la qualité du débit (la vitesse de connexion, ndlr) ", explique Pierre-Yves Vomberg, chef technicien pour le Journal télévisé à la RTBF.

Revoir la vidéo Inside sur les duplex :

Ensuite deuxième vérification, quelques minutes avant le direct télé, le chef technicien vérifie la qualité de l’image et du son. " A partir du moment où l’image est bonne et que le son est bon, on peut considérer que le direct est valable, poursuit-il. Si dans ce deuxième check, on se rend compte que l’image saute ou que ça pixélise, on avertit l’éditeur. " A ce moment-là, le journaliste et son caméraman se déplacent, si c’est possible. Et quand ça ne l’est pas, il ne reste plus qu’à croiser les doigts.

Être joueur…

Il faut parfois prendre des décisions en quelques secondes seulement. " On enchaîne parfois les directs, c’est vraiment une gymnastique, reconnaît Véronique Barbier. Tu as toute l’équipe qui te dit ‘on fait quoi ?’. Tu dois prendre la décision ‘On passe à tel sujet' et être très claire dans ton ordre. Tu dois prévenir le présentateur, mais aussi le réalisateur et la scripte ! Il y a une réactivité qui doit être extrêmement rapide ! "

Il ne faut pas partir perdant trop vite

" On ressort de certains 13h sans plus un poil de sec !, réagit Jean-Paul Dubois, notre collègue éditeur, pour qui il faut avoir des nerfs solides dans ce métier, être un peu inconscient et joueur aussi. Jusqu’au dernier moment où un sujet ou un direct doit passer, il ne faut pas partir perdant trop vite " Il ne faut donc pas trop jouer la carte de la prudence sinon, " on va monter le zapping ciné de fin de journal en ouverture parce qu’on est sûr de l’avoir, mais ça n’a aucun sens et le public se rendrait compte qu’il y a quelque chose qui ne pas va pas ", poursuit-il. 

En cas de mauvaise qualité d’image, c’est aussi à l’éditeur de trancher. " Si c’est techniquement trop mauvais, ça m’est déjà arrivé de faire bloc en disant ‘Non, on ne prend pas le direct, il y a trop de prise de risque, peu importe le contenu’, mais ça reste à l’appréciation de l’éditeur ", rappelle Pierre-Yves Vomberg. Il peut aussi arriver que l’image soit mauvaise, mais le son, lui, est correct alors les éditeurs prennent le risque de le mettre sur antenne. " Ce n’est pas l’idéal, mais l’info est tellement importante ", souligne Jean-Paul.

… Mais pas trop

C’est un véritable équilibre à trouver en ne décidant pas trop tôt, ni trop tard parce qu’en cas de changement, il faut avoir quelques secondes pour prévenir les équipes et surtout, le présentateur qui est sur antenne. " Quand un sujet n’est pas prêt, on te prévient parfois 10 secondes avant, parce qu’on espère qu’il va arriver, explique Véronique Barbier.


►►► A lire aussi sur la page INSIDE de la rédaction : "Pourquoi ce secrétaire d’Etat est-il devenu " une astronaute " dans notre JT ?"


Les présentateurs ont souvent des filets de sécurité en cas de changement. Si le prompteur, le dispositif qui permet de lire un texte défilant à l’écran, n’est pas prêt, ils ont leur texte imprimé devant eux. " Ça m’est déjà arrivé qu’on me prévienne tellement tard que je n’ai pas sous les yeux la feuille du sujet que je dois diffuser en remplacement de celui qui n’est pas prêt. Ça m’est arrivé de devoir dire ‘Attendez, je regarde, on passe à la suite' pour avoir le temps de retomber sur la bonne feuille ", se souvient-elle.

Il faut être prêt à reprendre l’antenne n’importe quand

Et quand un direct ou un sujet se met à dérailler à l’antenne, " tu laisses un peu le problème perdurer pendant trois secondes en croisant les doigts parce que parfois, ça se rétablit ", suggère l’éditeur du JT, Jean-Paul Dubois. Mais les présentateurs doivent rester très attentifs pour retomber sur leurs pattes. " Même si tu relis les textes suivants, que tu vérifies les enchaînements, il faut être prêt à reprendre l’antenne n’importe quand ", prévient Véronique. " Il y a de l’impro. C’est stressant, mais c’est amusant, ce sont les joies du direct en fait ! ", s’amuse notre collègue Diane.

Jouer carte sur table

Les journaux télévisés ou parlés sont dépendants de l’actualité et de la technique. " On est dans un milieu où la technique n’est jamais infaillible et tout le monde a conscience de ça ", prévient notre collègue Pierre-Yves, chef tech depuis 2017. Y compris l’auditeur ou le téléspectateur. " Ça a un impact parce que l’auditeur s’en rend compte et il faut lui expliquer ce qu’il se passe, insiste Diane Burghelle-Vernet, présentatrice des Journaux parlés sur la Première. Ou alors il faut lui dire ‘Tendez bien l’oreille parce que le son est mauvais’. Pour qu’il ne se dise pas ‘c’est quoi ce truc dégueulasse qu’on nous met, je n’entends rien’. Si tu le préviens, si tu lui expliques, il comprend mieux, il est plus indulgent. "

C’est d’ailleurs ce qu’a fait Ophélie Fontana il y a quelques semaines. Juste avant le début de l’Euro, le joueur de football Eden Hazard est invité, via vidéo conférence, à intervenir dans le Journal Télévisé de 13h. Les essais sont bons, mais au moment de l’interview, les problèmes apparaissent. La journaliste a expliqué les problèmes à l’antenne.

Revoir la séquence du Journal Télévisé de 13h avec Eden Hazard en invité :

" Tout ne marche pas toujours et d’ailleurs les gens apprécient de comprendre les coulisses de fabrication d’un JT et il faut les prendre comme partenaire du moment un peu difficile qu’on vient de vivre ", conclut Jean-Paul Dubois.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK