Dans les coulisses de nos reportages en "mode coronavirus"

Pour assurer la distanciation sociale avec les interlocuteurs, nos équipes disposent désormais de perches télescopiques auxquelles sont attachés les micros
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Pour assurer la distanciation sociale avec les interlocuteurs, nos équipes disposent désormais de perches télescopiques auxquelles sont attachés les micros - © RTBF

"Monsieur De Crem, quelques mots sur ce confinement qui a été décidé." La scène a lieu mardi soir sur le trottoir du 16, rue de la Loi. Suivi par son cameraman, notre journaliste Laurent Henrard interpelle en vain le Ministre de l’Intérieur à la sortie du Conseil de sécurité. Il se faufile parmi ses confrères, pour finir très proche du ministre, comme c’est l’usage à l’issue des réunions de crise devant le siège du gouvernement fédéral.

Cette scène, comme d’autres du même genre ce soir-là, a fait réagir beaucoup de téléspectateurs. "Et la distance de sécurité ?" demande Olivier A. au service Médiation de la RTBF. "Les journalistes ne devraient-ils pas montrer l’exemple ?" poursuit François D.

En filigrane de tous ces commentaires : le décalage entre les consignes gouvernementales que relaient les journalistes et certains comportements à risque.

Interpellé sur les réseaux sociaux, Laurent Henrard a réagi le soir même. "Je réalise que dans la précipitation de l’info […], je ne respecte pas toujours le "Social Distancing". […] Veuillez m’en excuser ! J’y serai davantage attentif dans les prochains jours."

Pour Inside, notre collègue, habitué du "16", précise : "on est habitué aux cohues. Les interviews doivent se faire entre deux portes, entre la portière d’une voiture et celle du bâtiment. On a cinq mètres pour faire l’interview, avec des personnalités politiques qui marchent et beaucoup d’autres confrères."

Des perches télescopiques et du désinfectant pour les micros

Mais à situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles : Laurent est le premier à dire qu’il faut adapter les pratiques. "Dans ce cas-là, on est conscient d’envoyer un mauvais message. Cette édition spéciale a été suivie par plus d’un million de téléspectateurs. Il faut absolument qu’on donne le bon exemple." Quitte, donc, à changer nos automatismes et nos habitudes de travail.

A ce sujet, concernant les interviews de personnalités politiques, les quatre principales chaînes télé du pays (RTBF, RTL, VRT, VTM) viennent de nouer un accord pour "privilégier les conférences de presse et les questions à distance, plutôt que les interviews à la volée", explique Thomas Gadisseux, responsable éditorial politique.

 

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Autre avancée dont se réjouissent Laurent et ses collègues journalistes de terrain : la RTBF s’est équipée de perches télescopiques pour les micros afin de garantir une distance suffisante entre le journaliste et son interlocuteur.

Commandées à une entreprise externe jeudi 12 mars, le jour de l’annonce de la fermeture des bars et restaurants, ces perches télescopiques sont arrivées à la rédaction ce mercredi 12 mars en matinée, au lendemain, donc de la séquence dont il est question au début de cet article.

"On en a déjà reçu une quinzaine pour équiper prioritairement les équipes télé qui sortent plus en reportage que les journalistes radio. Une vingtaine d’autres perches doivent encore arriver pour compléter le stock", explique Frédéric Gersdorff, manager info.

Et pour répondre à une autre interrogation du public sur nos micros, possibles "vecteurs du covid-19", comme nous dit Jacques B., la RTBF a aussi pris des mesures : "les micros et les bonnettes sont systématiquement nettoyés avec du produit désinfectant. Les bonnettes peuvent aussi être retirées et nettoyées complètement", explique Frédéric.

Entre devoir d’informer et de se protéger

Au sein de la rédaction de la RTBF, le week-end dernier a été intense en échanges – par mail – et réflexions.

"Évidemment, nous avons un devoir d’information essentiel mais ne devrait-on pas limiter nous aussi nos déplacements ?, interrogeait par exemple une collègue. Nous sommes un vecteur de ce virus. Nous avons une lourde responsabilité collective."

C’est pourquoi désormais, vous l’aurez peut-être constaté dans certains de nos reportages liés au monde hospitalier, nos équipes ne pénètrent plus à l’intérieur des bâtiments médicaux si ce n’est pas nécessaire, comme dans cette séquence tournée à Mons.

Pour les journalistes, se couper totalement du terrain est impossible. A l’occasion de cette crise, l’Association des Journalistes Professionnels (AJP) a d’ailleurs reçu la confirmation des autorités fédérales que "les journalistes conservent leur nécessaire liberté de mouvement pour effectuer leur tâche de récolte des informations."

Pour autant, la direction info de la RTBF a édicté une ligne de conduite qu’on pourrait résumer ainsi : télétravail et/ou interview à distance "si notre présence sur place n’est pas absolument nécessaire", explique Frédéric Gersdorff, manager info. Un dispositif assez facile à mettre en place pour les séquences radio où un téléphone peut suffire, mais plus complexe en télévision où le besoin d’images est incontournable.

Réinventer nos pratiques

C’est ici que la technologie vient en aide aux journalistes télé. Le temps que durera cette crise sanitaire, pour les interviews diffusées dans ses JT, la RTBF veut privilégier l’utilisation de logiciels d’appel vidéo comme Skype.

"Vu les circonstances, explique Frédéric, on estime qu’une dégradation de la qualité de l’image est acceptée par tout le monde". Mais dégradation de la qualité ne signifie pas renoncement à la créativité. Quand c’est possible, nos journalistes réalisent en quelque sorte des tournages à distance.

C’est le cas de Stéphanie Lepage. Malgré la distance physique et l’absence d’un cadreur professionnel, elle fait vivre le quotidien d’un infirmier à domicile ou d’une famille infectée par le Covid-19. "Je donne mes consignes : "filmez ceci, filmez cela"." raconte Stéphanie. Le résultat ?

Certains téléspectateurs lui ont dit n’avoir "pas repéré que je n’étais pas sur place et s’inquiétaient que je sois entré en contact avec cette famille", explique la journaliste.

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