Victoire du Vlaams Belang : "C'est le plus gros crash média de l'année, l'info politique qu'on a ratée"

Illustration - Camille Toussaint
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Illustration - Camille Toussaint - © Tous droits réservés

Les soirées électorales réservent toujours leur lot de surprises. Mais à ce point… "La N-VA a en fait perdu les élections et c’est le Belang qui s’est trouvé être le vrai gagnant", souligne Thomas Gadisseux, responsable éditorial politique à la rédaction. Cette victoire du Vlaams Belang, nous ne l’avions pas vue venir. "C’est le plus gros crash média de l’année, l’info politique qu’on a ratée", estime Thomas.

Que s’est-il passé ?

Nos radars étaient plutôt branchés sur la vague verte amorcée aux communales et incarnée dans l’actualité par les jeunes marchant pour le climat chaque semaine. Il y avait aussi d’autres axes dans la campagne, comme le socio-économique. L'ampleur de la mobilisation du Vlaams Belang sur les réseaux sociaux nous a échappé.

"Ça remet aussi en question la lecture qu’on a encore du paysage flamand depuis notre siège francophone", estime Thomas. Mais selon lui, nous ne sommes pas les seuls à devoir nous poser des questions, y compris dans le nord du pays. "L’importance qu’allait prendre la vague de l’extrême droite et comment elle allait faire glisser le centre de gravité en Flandre, même les spécialistes flamands ne l’ont pas anticipée".

Ceci dit, quelques jours avant les élections, nous évoquions la possibilité que la surprise du scrutin pourrait venir du Vlaams Belang. Cette éventualité a donc été évoquée sur nos antennes, sans en prévoir les proportions. 

Revoir la vidéo (22 mai 2019) :

Dans cet article flamand de Daar Daar par exemple, on évoquait aussi l'hypothèse d'une forte progression du parti, mais pas aussi forte que celle finalement observée lors du scrutin (un triplement du score de 2014 en Flandre).

Le 26 mai, quand les premiers résultats sont tombés – des scores très élevés pour l’extrême droite dans de petites communes flamandes – on les accueille avec prudence. On ne peut, à ce stade, en tirer des tendances générales : "ce sont des résultats partiels". "Mais il s’est avéré que c’était significatif", explique Thomas. De fait, ces premiers résultats annoncent la couleur de la soirée. Ils ne feront que se confirmer au fil du dépouillement des votes.

"La question du cordon sanitaire s’est posée en live"

Rapidement, il apparait qu'il faut adapter le dispositif prévu pour la soirée électorale, réfléchir à une couverture pertinente de ce fait majeur, en temps réel. "Tout ça s’est joué en direct", se souvient Thomas. "On a dû dévier des moyens prévus pour la N-VA. Ils étaient juste à côté donc c’était facile mais la question du cordon sanitaire médiatique s’est posée en live".

Un journaliste et un cadreur sont envoyés au siège du Vlaams Belang. Faut-il faire l’interview de son nouveau président, le jeune Tom Van Grieken ? Comment s’y prendre pour respecter nos règles en matière de cordon sanitaire ? Des questions résolues au fur et à mesure. "On n’avait pas du tout anticipé, ça montre bien qu’on n’était pas préparé à ce score-là", continue Thomas.

Une interview est réalisée et en vertu du cordon, les propos ne sont pas diffusés en direct. Ils sont écoutés avant leur diffusion pour s’assurer que la limite de la loi n’est pas franchie et leur permettre d’être encadrés. Une décision qui suscitera des réactions d’incompréhension dans le public (croyant que le cordon était rompu), et des explications dans le JT du lendemain, nous vous en parlions dans cet article d’INSIDE.

Des invitations en temps réel

Et ce n’est pas tout. Il y a aussi eu de gros problèmes informatiques, retardant l’annonce de nombreux résultats côté francophone. Faute de chiffres de ce côté-là, l’actu restait concentrée côté flamand, et il fallait donc idéalement avoir des invités pouvant réagir à cet aspect. Or, "c’est quand même toujours compliqué de faire venir les politiques flamands en direct dans une soirée électorale sur un plateau francophone… On s’est retrouvé à parfois un peu meubler", admet Thomas. Tandis que des invités initialement prévus ne venaient pas, puisqu’ils n’avaient encore rien à commenter. Il fallait donc en trouver d’autres, pertinents, "mais lesquels" ? "Au moment même on négociait les invitations sur mon smartphone en plateau".

Le JT chamboulé

Et cela a continué de cette façon, JT inclus. "D’habitude, les présidents de parti savent bien qu’il y a plus de monde [devant la tv] entre 19 heures et 20 heures donc ils prennent tous la parole à ce moment – là, les gagnants en dernier – comme ça, ils savent qu’ils ont le potentiel de téléspectateurs le plus important". Sauf que là, les présidents ne se montrent pas, à cause des retards dus à l’informatique.

Il a donc fallu changer les plans du journal, prévoir des sujets là où on s’attendait à enchaîner des interventions en direct. Bref, cette soirée électorale, Thomas était loin de se l’imaginer comme ça, malgré les multiples scénarios envisagés à l’avance. Mais "si tout était écrit, ce ne serait pas une soirée électorale non plus", conclut-il.


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