Zone euro: zen attitude avant des échéances cruciales

Le président de l'Union européenne Herman Van Rompuy, le 5 septembre 2012 à Bruxelles. Il multiplie les rencontres.
Le président de l'Union européenne Herman Van Rompuy, le 5 septembre 2012 à Bruxelles. Il multiplie les rencontres. - © Georges Gobet

Les dirigeants européens, dont le président de l'Union européenne Herman Van Rompuy attendu mercredi à Paris, ont multiplié les déclarations rassurantes, à la veille d'une réunion très attendue de la Banque centrale européenne (BCE). Celle-ci ne sera d'ailleurs que la première d'une série d'échéances.

"La crise est perçue à tort comme une menace à la survie de la zone euro", a ainsi affirmé mercredi matin à Bruxelles le président de l'UE, qui doit rencontrer en milieu de journée à Paris le président français François Hollande.

Reconnaissant qu'il existait un "doute existentiel sur la zone euro", il s'est dit toutefois "convaincu qu'on réussira à le lever". "Cela prend plus de temps qu'on pensait mais on y parviendra", a-t-il assuré.

Et les dirigeants européens ne cachent pas qu'ils comptent sur la BCE pour les aider à y parvenir. Herman Van Rompuy a jugé que les taux d'intérêt imposés à certains pays pour emprunter sur les marchés étaient "économiquement totalement injustifiés", reprenant ainsi des propos du président français et du chef du gouvernement italien Mario Monti. Les deux dirigeants ont appelé mardi à Rome les instances européennes, à commencer par la BCE, à soulager les tensions sur les marchés obligataires qui visent notamment Italie et Espagne.

Mario Draghi, attendu comme l'oracle

Le président de l'institution de Francfort, Mario Draghi, est donc particulièrement attendu jeudi à l'occasion de la conférence de presse qu'il donne traditionnellement à l'issue de la réunion des gouverneurs de la BCE. Signe de l'importance de cette réunion, le chef du forum de l'Eurogroupe, Jean-Claude Juncker y assistera pour y présenter l'analyse des ministres des Finances de la zone euro.

Dirigeants européens, et investisseurs, attendent de Mario Draghi qu'il précise les mesures qu'il compte prendre pour abaisser le coût de l'emprunt des pays les plus fragiles, une promesse esquissée il y a un mois. Souvent cité, un programme de rachat des obligations d'Etat des pays fragilisés tient la corde. Selon la BCE, une telle opération ne constituerait pas de la création de monnaie (une hérésie aux yeux des Allemands, pour qui la BCE doit s'en tenir strictement à son rôle de surveillance de l'inflation) puisque la dette, par définition, a déjà été émise et ne serait que "rachetée". Mais d'autres formules seraient à l'étude et, de toutes façons, on imagine mal que le patron de la BCE se répande en déclarations fracassantes à ce sujet. Certains imaginent même qu'il pourrait reporter l'essentiel des annonces attendues le 6 septembre.

Les marchés restent donc circonspects et de nombreux analystes ont d'ores et déjà invité à la plus grande prudence.

"Nous ne pouvons attendre de miracles" de la BCE

"On s'approche de la réunion de la BCE demain (jeudi) et pour cette raison les marchés sont volatiles", a expliqué Paul Donovan, économiste chez UBS.

"Nous ne pouvons attendre de la BCE qu'elle fasse des miracles, car ses dirigeants ont un cadre à respecter", a renchéri de son côté le Premier ministre finlandais, Jyrki Katainen, depuis Tokyo où il a rencontré mercredi son homologue japonais Yoshihiko Noda. Il lui a assuré que l'Europe était déterminée à soutenir l'euro, reprenant à son compte le discours rassurant de l'Europe ces derniers jours.

Herman Van Rompuy a ainsi affirmé mercredi qu'il y avait "une véritable volonté de la part des dirigeants de l'UE de répondre à la nature systémique de la crise, de terminer une maison à moitié construite".

"J'ai parlé à de nombreux dirigeants au cours des derniers jours et semaines et je peux confirmer leur volonté politique", a-t-il ajouté.

Herman Van Rompuy a multiplié les rencontres avec les responsables européens. Il s'est entretenu la semaine dernière le chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy et mardi avec la chancelière allemande Angela Merkel. Après Paris, il doit encore rencontrer les chefs de gouvernement grec Antonis Samaras puis italien Mario Monti.

Regagner la confiance : long et difficile

Le ministre des finances allemand Wolfgang Schäuble s'est également voulu confiant, assurant mercredi que le calme allait revenir sur les marchés, mais pas dans l'immédiat.

"L'année prochaine, l'euro va se stabiliser et la nervosité se réduire sur les marchés financiers", a assuré M. Schäuble. "Nous avons perdu la confiance. Cela va très vite. En revanche, regagner la confiance est bien plus difficile et plus long", a ajouté le ministre, d'autant que l'Europe est "complexe et compliquée".

D'autres échéances

Complexe et compliquée, certainement et le cas allemand l'illustre plus qu'aucun autre. C'est en effet la Cour constitutionnelle allemande qui tient l'avenir de la zone euro entre ses mains. Les sages de Karlsruhe doivent déterminer si oui ou non le Mécanisme européen de stabilité et le futur Traité sur la gouvernance budgétaire sont compatibles avec la constitution allemande. Un comble lorsqu'on sait que la chancelière allemande a pesé de tout son poids pour imposer ces deux instruments en échange de la solidarité européenne vis-à-vis des pays pris au piège de la spéculation. Cet arrêt est attendu le 12 septembre.

La même semaine, les élections législatives aux Pays-Bas pourraient aussi modifier les rapports de force : le parti socialiste, plus à gauche que le Parti du Travail -traditionnelle composante de la vie politique batave- pourrait y créer la surprise. Contre l'austérité à marche forcée et très euro-critique, cette formation devrait sans doute intégrer la prochaine coalition. Les Etats membres partisans de la "ligne dure" pourraient perdre un allié de poids.

Un rapport très attendu

Plus tard, soit début du mois d'octobre, tombera le très attendu rapport de la troïka (FMI, Conseil et Commission) sur l'évolution des mesures d'économies en Grèce. Il devrait être prêt pour la réunion de l'eurogroupe prévue à Luxembourg le 8 octobre. Les mesures seront-elles suffisantes ? D'autres efforts devront-ils être accomplis et dans quels délais ? La réponse à ces questions permettra de vérifier sur quelle(s) ligne(s) campent les dirigeants européens. Et quel pourra être ensuite le sort de la Grèce : déblocage de l'aide ou pas ?

En cas de refus, la situation pourrait devenir réellement délicate. La sortie de la Grèce de la zone euro, le fameux "grexit", deviendrait une option réaliste et nul ne peut prédire où s'arrêterait ensuite la réaction en chaîne.

Cette sombre perspective a toutefois le mérite d'agir comme un chiffon rouge. Elle ébranle les opposants -à l'instar des dirigeants de la banque centrale allemande- qui résistent toujours à l'idée que la BCE puisse agir préventivement en rachetant de la dette souveraine des pays soumis à la pression des marchés. Voilà pourquoi, envers et contre tout, la BCE tient le devenir de la zone euro dans ses mains.

T.N. avec AFP

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