Zone euro: les marchés reprennent du souffle, Madrid se tâte

Les marchés en hausse après l'annonce de jeudi de la BCE
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Les marchés en hausse après l'annonce de jeudi de la BCE - © AFP / JOHANNES EISELE

L'Espagne et l'Italie empruntent à des taux en baisse ce vendredi au lendemain de l'annonce de nouvelles mesures par la BCE, même si Madrid reste réticente à solliciter formellement l'aide européenne, avec son cortège de mesures d'austérité. Pendant ce temps les Bourses européennes reprennent des couleurs.

Le taux d'emprunt à 10 ans de l'Espagne est passé sous le seuil des 6% vendredi matin sur le marché obligataire, pour la première fois depuis fin mai, continuant à profiter des mesures dévoilées la veille par la Banque centrale européenne (BCE) destinées à aider la zone euro.

Vers 10H30, le taux, qui évolue en sens inverse du prix, tombait à 5,749% (contre 6,030% jeudi à la clôture), sur le marché secondaire, où s'échange la dette déjà émise. Il était monté à plus de 7,75%, le 27 juillet.

De même, le taux de l'Italie bénéficiait d'une forte détente, à 5,198% (contre 5,261%). Ce rendement s'était envolé à plus de 6,70%, le 27 juillet également.

Ces pays profitent depuis jeudi après-midi de l'annonce par la BCE d'un plan de rachat illimité de dette publique, concentré sur les titres de maturité allant de 1 à 3 ans, en renonçant à son statut de créancier privilégié.

"Ces mesures concernent les dettes à court et moyen terme, mais il est logique que cela bénéficie à l'ensemble des taux d'emprunts", relève René Defossez, stratégiste obligataire chez Natixis.

"Le dispositif est en effet complet. Les fonds de secours européens peuvent agir sur le marché obligataire primaire et donc acheter directement la dette des Etats et la BCE peut agir sur le marché secondaire" où s'échangent les titres déjà émis par un pays, explique-t-il.

L'autre bonne nouvelle, selon l'analyste, est que l'institut monétaire n'a pas signé un chèque en blanc qui aurait pu attiser les réticences des investisseurs à racheter de la dette des pays de la zone euro jugés les plus fragiles.

Une aide conditionnée, que Madrid n'est pas (encore) prête à solliciter

La BCE interviendra seulement si un pays a d'abord fait appel au fonds de secours européen (FESF puis MES). Elle suspendra son programme, si comme cela a été le cas dans le passé, un pays cesse de respecter ses engagements.

Mais ce point irrite les Espagnols, qui refusaient jusqu'ici de solliciter officiellement une "aide européenne", car celle-ci serait immanquablement assortie de conditions drastiques, à l'instar de ce qui se passe en Grèce ou au Portugal. Le sauvetage d'un pays n'est pas une décision "qu'on prend du jour au lendemain" et Madrid analysera "avec calme et prudence" les conditions d'un recours au fonds de secours européen (FESF), a affirmé vendredi la porte-parole du gouvernement espagnol Soraya Saenz de Santamaria.

Réticences allemandes

Les critiques en Allemagne, notamment de la Banque centrale (la Bundesbank), font valoir que ce programme de la BCE, qu'ils assimilent à un financement direct des Etats, ne va pas inciter l'Italie et l'Espagne à engager les réformes nécessaires pour redresser leurs comptes publics et relancer la machine économique.

La presse conservatrice allemande accuse vendredi le président de la Banque centrale européenne Mario Draghi d'avoir signé "un chèque en blanc" aux pays membres de l'Union en difficulté.

"Une aide sans fin pour les pays en crise", titre le quotidien Bild, premier tirage du pays, en avertissant que la politique du patron italien de la BCE pourrait mettre l'euro "kaputt".

D’autres journaux conservateurs estiment que les mesures prises par la BCE vont trop loin. La Bundesbank et son président Jens Weidmann y étaient opposés mais la chancelière Angela Merkel a soutenu le président de la BCE.

Jörg Asmussen, ancien ministre adjoint allemand des Finances et membre du directoire de la BCE, a défendu la décision de l'institution de Francfort en soulignant que les rachats d'obligations n'auront lieu que lorsque le pays concerné entreprend des réformes difficiles. "C'est une condition préalable impérative et nécessaire", a-t-il déclaré.

La BCE n'a "jamais été aussi proche" de ce que veut Londres

Le premier ministre David Cameron a estimé à Londres que la Banque centrale européenne, telle qu'elle a agi jeudi, n'a jamais été "aussi proche" de ce que souhaite le gouvernement britannique en la matière depuis très longtemps.

David Cameron a souligné avoir "dit depuis deux ans que la BCE devait se tenir fermement et carrément derrière l'euro, ne pas se contenter de déclarations, mais soutenir puissamment ses déclarations par du financement, et un plan clair. Je pense que nous sommes plus proches de cela aujourd'hui que nous ne l'avons été depuis très longtemps", a-t-il dit.

Ainsi, il a "salué chaleureusement ce que Mario Draghi (le président de la BCE) et la BCE ont fait. C'est clairement quelque chose d'important pour les pays de la zone euro mais aussi pour des pays comme le Royaume-Uni", dont la zone euro est l'un des principaux partenaires commerciaux.

Les marchés européens reprennent leur souffle

Au lendemain d'un fort rebond, les marchés financiers reprenaient leur souffle en Europe vendredi après le geste sans précédent annoncé jeudi par la Banque centrale européenne. Les Bourses asiatiques, qui avaient terminé nerveuses la veille sans connaître les décisions de la BCE, ont été gagnées à leur tour vendredi par l'euphorie.

De Paris à New York, un vent d'optimisme a soufflé en effet sur les Bourses des deux rives de l'Atlantique, Wall Street finissant même à des plus hauts depuis fin 2007, tandis que les gains atteignaient entre 2% et près de 5% en Europe.

Vendredi, les investisseurs semblaient digérer les mesures annoncées. Vers 9H25, les Bourses européennes étaient stables mais restaient bien orientées. Paris gagnait 0,82%, Londres 0,12%, Francfort 0,69%. Le BEL 20 gagnait 1,2% vers onze heures en s'inscrivant à 2427 points avec 16 de ses éléments dans le vert. C'est à Madrid (+1,50%) et à Milan (+1,45%), deux pays que l'intervention de la BCE devrait soulager, où la hausse était plus accentuée.

L'euro s'inscrivait à 1,2669 USD dans la matinée de vendredi, contre 1,2616 la veille vers 16H30. L'once d'or cédait 9,35 dollars à 1697,00 dollars et le lingot se négociait autour de 43 080 euros, en recul de 460 euros.

En Asie, la Bourse de Shanghai bondissait de 4,20% en mi-séance et Hong Kong de 2,77%. Tokyo a pour sa part terminé en forte hausse de 2,20%.

Avec AFP

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