Zone euro: "Les indicateurs commencent à flasher à l'orange"

André Sapir, professeur à l'ULB
André Sapir, professeur à l'ULB - © RTBF

En quoi la crise dans les pays émergents menace les économies des pays de la zone euro? Et y a-t-il une recette miracle à appliquer pour surmonter ce danger? Les explications d'André Sapir, économiste et professeur à l'ULB.

Lorsque la crise frappait les Etats-Unis et l’Europe, les pays émergents étaient dans "une phase euphorique" explique à Bertrand Henne l'économiste et professeur à l'ULB André Sapir : "Les économies européenne, américaine et japonaise y ont injecté pas mal de liquidités dans les pays émergents, qui ont une croissance potentielle très importante. Il y a quelques mois, la Federal Reserve (la banque centrale américaine) a annoncé qu’elle allait injecter moins de liquidités dans le système et on assiste à un reflux de capitaux. Les investisseurs observent que les conditions sont peut-être meilleures chez nous que là-bas et on voit qu’il y a eu des reflux de capitaux. Cette incertitude économique se combine à une situation politique fragile dans un certain nombre de pays émergents : en Turquie, au Brésil ou en Inde par exemple".

"Ce n’est pas une guerre des monnaies"

"Les monnaies de ces pays sont en train de se déprécier. Mais ce n’est pas une guerre des monnaies" poursuit André Sapir : "Il y a eu pas mal d’inflation dans ces pays et ils ont perdu de leur compétitivité. Il faut que le taux de change se déprécie, c’est un moyen pour l’économie de regagner en termes de compétitivité. Pour nous cela signifie un euro plus fort. Cela n’est pas un problème pour l’Allemagne, mais l’euro est certainement trop fort pour la Grèce, le Portugal ou l’Italie".

"Les indicateurs commencent à flasher à l’orange"

Cette situation "est clairement une source d’inquiétude. Si l’euro se renchérit, nous importons à des prix plus faibles (par exemple nous importons le pétrole moins cher). Par ailleurs, nous sommes déjà dans une situation où l’inflation est très, très faible, en-dessous de 1%. On parle même de déflation. Le fait que l’euro soit fort et que les prix baissent vient encore renforcer ce mouvement, ce qui inquiète la Banque centrale européenne. Et dans des pays européens où la dette est très élevée (en Italie, en Grèce, au Portugal, en Espagne ou en Irlande), la déflation signifie en fait une augmentation du poids de la dette. Et ces pays sont encore un petit peu plus étranglés. Les indicateurs commencent à flasher à l’orange, voire un petit peu au rouge. La politique économique doit être extrêmement prudente et suivre ces développements. Mais je ne pense pas que cette fragilité suffise pour recréer une crise de la zone euro en 2014".

La déflation augmente le poids de la dette

André Sapir souligne "le vrai risque" que fait courir cette déflation, y compris pour les consommateurs que nous sommes : s’il se dit que les prix sont en train de baisser, il diffère sa consommation et cela provoque un ralentissement, une spirale négative. Il ajoute que, de même que "l’inflation c’est une manière de d’amenuiser les dettes de façon cachée, la déflation vient augmenter le poids de la dette pour ceux qui sont endettés (les ménages, les entreprises et les banques). Or nous n’avons pas encore épongé les dettes du passé, et c’est la raison pour laquelle la croissance reste faible. Donc c’est certainement extrêmement négatif".

A.L. avec B. Henne

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