Zone euro: le "dîner de la croissance" a débuté sur fond de tensions franco-allemandes

Angela Merkel et François Hollande se confrontent pour la première fois au sommet européen
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Angela Merkel et François Hollande se confrontent pour la première fois au sommet européen - © BELGA / BENOIT DOPPAGNE

Alors que les chefs d'Etat et de gouvernement européens se retrouvent mercredi soir pour plancher sur des pistes de relance de la croissance, les pressions exercées sur la Grèce pour qu'elle respecte ses engagements se font de plus en plus lourdes, à quelques semaines de la nouvelle échéance électorale. L'hypothèse d'une sortie de la Grèce de la zone euro est désormais avancée comme une alternative crédible.

Les dirigeants européens se retrouvent au chevet de la croissance mercredi soir à Bruxelles mais les désaccords du couple franco-allemand sur la relance et les euro-obligations, le naufrage qui menace la Grèce et la fragilité des banques espagnoles laissent présager des discussions tendues. Un pas a sans doute été franchi dans la crise des dettes souveraines avec le retour aux urnes des Grecs. L'impasse politique dans ce pays plombé par son déficit et l'austérité exigée en échange des plans de soutien a fait sauter un tabou: celui de la sortie de la Grèce de la zone euro.

Pression maximale sur la Grèce

Si l'idée est de faire peur aux Grecs avant qu'ils retournent aux urnes pour une sorte de référendum sur l'euro qui ne dit pas son nom, on peut dire que les grands moyens ont été mis en œuvre. Ainsi la Banque centrale européenne (BCE) a composé une équipe de crise en prévision d'une éventuelle sortie de la Grèce de la zone euro après les élections, lors desquelles les partis anti-austérité devraient réaliser de bons scores, rapporte mercredi la presse allemande.

Les deux banques n'ont pas souhaité commenter l'information mais selon les médias d'outre-Rhin, l'équipe sera dirigée par l'Allemand Jörg Asmussen, qui siège au comité de direction de la BCE, selon l'hebdomadaire Die Zeit. La banque centrale allemande (Bundesbank) aurait mis sur pied le même type d'équipe.

Préparer des plans de sortie

Ce n'est pas tout: le comité de préparation de l'Eurogroupe -qui rassemble les 17 pays partageant l'euro- a demandé aux gouvernements de préparer un plan d'urgence en cas de sortie de la Grèce de l'euro. Selon Reuters, les notes de travail établissent le coût pour chaque Etat d'une telle éventualité et envisagent les différentes options possibles pour "accompagner" cette sortie de l'euro. "Pour l'heure, rien n'a encore été préparé au niveau de la zone euro, de crainte que cela s'ébruite", a précisé un responsable européen à l'agence Reuters.

De son côté, le président François Hollande, dont le dîner informel de mercredi soir constituera le premier grand rendez-vous européen, s'efforce de ramener de la sérénité dans le débat. Niant avoir été informé des recommandations de l'eurogroupe, il a affirmé que la France n'a pas à préparer un scénario dans lequel la Grèce sortirait de la zone euro. Il a fait cette déclaration lors d'une conférence de presse avec le Premier ministre espagnol Mariano Rajoy. Et il a ajouté que le rôle de la BCE serait au cœur des discussions des prochaines semaines, pour qu'elle puisse intervenir davantage dans deux directions: assurer la liquidité du secteur financier pour qu'il continue à jouer son rôle et mieux soutenir la croissance, quitte à engendrer de l'inflation. L'Espagne, confrontée à une grave crise bancaire, partage l'idée qu'il faut refinancer et consolider les banques.

Quant aux instruments d'une politique de relance qui pourraient être mis sur la table, on sait qu'ils seront peu nombreux. Un accord est intervenu pour créer des "project bonds" en vue de favoriser des "grands chantiers" au plan européen et l'Europe devrait aussi s'efforcer de recycler des moyens non dépensés pour les fonds structurels. Pas question encore, par contre, d'eurobonds", ces fameux "emprunts européens" dont l'Allemagne ne veut pas.

Frictions franco-allemandes, loin de l'entente "merkozyienne"

François Hollande, compte cependant profiter de l'occasion pour les défendre. Au risque de fâcher Berlin, qui répète à l'envi sa position depuis plusieurs jours. Mercredi, le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, a encore enfoncé le clou : "tant qu'un pays mène sa propre politique budgétaire, il est exclu de mettre en commun la garantie pour les obligations", a-t-il dit, estimant que cela n'inciterait pas les pays fragiles à la discipline budgétaire.

Chaque camp compte des soutiens dans cette opposition franco-allemande à laquelle les Européens n'étaient plus habitués depuis le tandem "Merkozy" : Berlin est rejoint par les Pays-Bas et la Finlande. A l'inverse, la Commission européenne, qui est à l'origine de l'idée de mettre en place des euro-obligations, le Luxembourg et l'Italie soutiennent la position française.

Le Premier ministre belge Elio Di Rupo, lui, s'est dit conforté dans les options qu'il défend depuis plusieurs mois. "Depuis que je suis arrivé au Conseil européen, je demande une stratégie de relance. Aujourd'hui, de nombreux pays défendent cette voie", a-t-il dit aux journalistes. "Manifestement, la France s'exprimera dans le sens que j'avais évoqué depuis décembre", a-t-il ajouté. Elio Di Rupo est arrivé en début de soirée au Conseil européen après avoir participé brièvement à une réunion des dirigeants socialistes.

Le Parlement européen relance la taxe sur les transactions financières

Le Parlement européen, quant à lui, a frappé à nouveau sur le clou de la taxe sur les transactions financières.

Dans un avis à simple valeur consultative approuvé par 487 voix pour, 152 contre et 46 absentions, le Parlement demande que le futur instrument cible davantage d'opérations et qu'il dissuade financièrement toute tentative d'évasion fiscale.

Pour ce faire, les eurodéputés préconisent notamment l'ajout au texte actuel d'un "principe d'émission".

Celui-ci imposerait aux institutions financières établies en dehors de la zone d'application le versement de la taxe pour toutes leurs transactions -même hors zone- de titres trouvant leur origine dans la zone d'application.

Les députés réclament en outre que l'assiette de la TTF soit élargie afin d'éviter les délocalisations et dissuader toute activité spéculative. Une exemption -de taille- a toutefois été concédée aux fonds de pension dont les opérations ne devraient pas être visées par la taxe, selon une majorité d'eurodéputés.

Réclamée depuis des années par la société civile et proposée officiellement à l'automne dernier par la Commission européenne, le projet de TTF européenne vise à réclamer une contribution aux marchés financiers, jugés partiellement responsables de la crise qui sévit depuis 2008.

Le projet consiste à imposer d'ici deux ans une taxe de 0,1% sur toutes les transactions d'actions et d'obligations, et de 0,01% pour les produits dérivés.

Selon certaines estimations, il rapporterait quelque 80 milliards d'euros par an à l'horizon 2020, dont une partie pourrait directement abonder le budget européen, selon les voeux de la Commission, réduisant ainsi les contributions nationales versées aujourd'hui par les États membres au pot commun.

Ne pas avoir peur

Appuyée par deux Européens sur trois selon un sondage Eurobaromètre récent, la TFF suscite néanmoins de vives résistances. Ses détracteurs assurent qu'elle nuira à la compétitivité européenne, en provoquant la fuite des opérateurs financiers établis sur le Vieux continent.

"N'ayons pas peur de l'alarmisme des spéculateurs les plus imprudents et des opérateurs pratiquant le courtage à haute fréquence, qui affirment qu'ils quitteront le continent si la TTF entre en vigueur. Il est temps de les mettre au pied du mur et si certains décident de partir plutôt que de changer leur modèle économique, le résultat sera également positif", leur a répondu mercredi le rapporteur du Parlement pour cette résolution, la socialiste grecque Anni Podimata.

T.N. avec agences

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