Zone euro: encore deux bonnes années de crise pense Wolfgang Schaüble

Le ministre des Finances allemand Wolfgang Schaüble, le 30 avril 2012 à Saint-Jacques de Compostelle, en Esoagne.
Le ministre des Finances allemand Wolfgang Schaüble, le 30 avril 2012 à Saint-Jacques de Compostelle, en Esoagne. - © Miguel Riopa

Le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, estime que la crise de confiance des marchés envers la zone euro devrait s'apaiser d'ici un an ou deux, réaffirmant que la volonté de Berlin n'était pas que la Grèce en sorte. Dans le même temps, le nouveau Premier ministre français dit espérer un accord avec Allemagne sur la croissance pour le sommet de juin.

"Dans douze à vingt-quatre mois, on connaîtra un apaisement des marchés financiers", a déclaré Wolfgang Schaüble sur Europe 1.

L'intransigeant ministre allemand des Finances était interrogé sur des déclarations de son ex-homologue français François Baroin, qui avait estimé que la crise pourrait encore durer quatre ou cinq ans.

"Pour ce qui est de la crise de confiance en l'euro, il ne faudra pas aussi longtemps que cela. Je pense que ça ira beaucoup plus vite", a répondu le ministre allemand, dont le nom circule pour succéder au Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker à la tête de l'Eurogroupe.

La Grèce doit maintenir le cap

A l'heure où la crise politique en Grèce relance les spéculations sur une sortie du pays de la zone euro, Wolfgang Schäuble a réitéré le souhait de l'Allemagne de maintenir Athènes dans l'Union monétaire.

"Nous souhaitons que la Grèce reste dans l'Europe, mais cela présuppose que la Grèce fasse de son côté ce qui est nécessaire pour que la Grèce connaisse un développement économique plus sain", a-t-il dit, en référence au programme d'assainissement des finances publiques auquel s'est engagée Athènes en échange de l'aide de l'Europe et du FMI.

Mais d'autres voix continuent à s'exprimer sur le registre de la sortie de la Grèce de la zone euro. Ainsi le Commissaire européen belge, Karel De Gucht, tout en disant croire que la Grèce restera dans l'union monétaire, n'hésite pas à déclarer que les services de la Banque centrale européenne et de la Commission étudient des "scénarios de secours". Car pour lui, "la fin de partie est engagée".

Le porte-parole de la Commission européenne a cependant démenti préparer de tels plans.

Dans un tweet "officiel" vendredi après-midi, la Commission rappelle que tant José Manuel Barroso que le commissaire en charge des affaires économiques et monétaires Olli Rehn affirment depuis deux qu'ils souhaitent voir la Grèce rester dans la zone euro.

"Ceci reste VRAI! Il n'y a PAS DE PLAN de la Commission pour un 'Grexit' (contraction de Greece et exit, ndlr)", a-t-il martelé.

Avec la France, ça devrait bien se passer

Le ministre allemand s'est par ailleurs dit optimiste sur la poursuite de la coopération franco-allemande après l'accession de François Hollande à l'Elysée. Le nouveau président socialiste souhaite ajouter un volet sur la croissance à la réduction des déficits prévue dans les accords européens.

"Je suis absolument convaincu que la coopération franco-allemande est indépendante de l'issue des élections dans un pays ou dans l'autre".

"Les élections ne remettent pas en question les accords déjà pris, ça continue. Sous le président Hollande il y aura de nouveaux axes mis en France, mais je ne pense pas que la France ne sera pas fidèle à ces traités", a affirmé Wolfgang Schäuble.

Il a assuré avoir pour sa part "toujours choisi de réduire les déficits, non en réduisant la croissance mais en la soutenant".

"Chaque proposition visant à plus de croissance et moins de chômage, nous y serons ouverts, mais nous allons en discuter en commun pour savoir si ces propositions nous aident", a-t-il ajouté.

Il a exprimé son soutien à la priorité au soutien des PME, affichée par François Hollande pendant la campagne présidentielle. "Je ne peux que l'appuyer dans ce sens, je crois que l'une des raisons pour lesquelles nous sommes assez bons en Allemagne actuellement, c'est cela", a-t-il relevé.

Interrogé sur la coopération avec son nouvel homologue Pierre Moscovici, il a répondu, en français, être persuadé que "ça marchera bien sûr, parce que tout ministre français et tout ministre allemand sont obligés de coopérer le plus fort possible".

Jean-Marc Ayrault confiant sur la croissance

"Ce qui est important dans la relation franco-allemande, c'est le respect mutuel. Ca n'est pas qu'il y en ait un qui soit soumis à l'autre, parce que nous sommes rentrés dans une situation de déséquilibre, c'est évident", a déclaré sur France Inter le nouveau Premier ministre français Jean-Marc Ayrault, un germanophile reconnu.

"Je connais bien ce pays", a relevé le chef du gouvernement, ancien professeur d'allemand. "Il faut se parler en toute franchise. Ou nous sommes en accord, ou nous sommes en désaccord", a-t-il dit.

Il a noté qu'on "n'avait pas vu la chancelière (Angela Merkel) sursauter" lorsque François Hollande a évoqué les eurobonds, ces emprunts européens mutualisés destinés à financer des grands projets, durant sa conférence de presse à Berlin mardi.

Jean-Marc Ayrault a estimé que les Européens devaient s'efforcer "de converger, parce qu'il faut sortir de la crise", lors de la rencontre informelle du 23 mai. "Mais ça ne peut pas se faire en 24 heures ou 48 heures. Il faut faire les choses sérieusement", a-t-il ajouté.

Comme on lui demandait de préciser son horizon, le chef du gouvernement a expliqué: "Je vous rappelle que nous avons un autre sommet européen à la fin du mois de juin. C'est d'ici là qu'il faut beaucoup travailler".

Fin avril, Angela Merkel avait affirmé que l'Union européenne préparait "un agenda croissance pour le sommet européen de juin".

 

T.N. avec agences

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