Xi Jinping ouvre le forum de Davos, dans l'ombre de Trump

Le président chinois Xi Jinping arrive à Dacca au Bangladesh, le 14 octobre 2014.
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Le président chinois Xi Jinping arrive à Dacca au Bangladesh, le 14 octobre 2014. - ©

Le président chinois livrera mardi à Davos sa vision de la mondialisation à une élite économique bousculée par la défiance croissante des populations occidentales qui ont porté Trump à la Maison Blanche, et semblent de plus en plus hostiles aux sociétés ouvertes aux vents du libre-échange.

Xi Jinping est le premier président chinois à monter à la tribune de Davos (vers 10H00 GMT) pour parler aux quelque 3000 dirigeants économiques, politiques, réunis depuis lundi soir danns la station de ski transformée en camp retranché jusqu'à la fin du forum économique mondial(WEF) vendredi.

"Rééquilibrer" la mondialisation

Il faut "rééquilibrer" la mondialisation, et la rendre "plus forte, plus inclusive, plus durable", a déclaré mardi à Davos le président chinois Xi Jinping, à l'heure où Pékin veut s'imposer en défenseur du libre-échange face à un Donald Trump isolationniste.

"Cela ne sert à rien de blâmer la mondialisation" pour les problèmes de la planète, a indiqué M. Xi lors de son discours d'ouverture citant le chômage, les migrations et la crise financière de 2008. "Toute tentative de stopper les échanges de capitaux, technologies et produits entre pays (...) est impossible et à rebours de l'histoire", a-t-il martelé.

Nouveaux défis 

Sur cette vallée enneigée des Alpes plane l'ombre d'un absent, Donald Trump, qui s'installera à la Maison Blanche vendredi et qui a bâti son succès en fustigeant le libre-échange cher aux participants de Davos.

Un membre de l'équipe de transition du Président élu, Anthony Scaramucci, prendra la parole deux heures après le président Xi. Son intervention sera sans doute très courue.

Car depuis près de 50 ans, Davos réunit des dirigeants d'entreprises, des chefs de gouvernement, des politiciens, des artistes, toute une élite globalement acquise au libre échange sous toutes ses formes.

Ils débattent des orientations du monde dans le grand palais des congrès ou se réunissent discrètement pour parler affaires dans une salle de réunion, ou accoudés au bar, dans un grand hôtel, ou encore à l'occasion de ces fameuses fêtes qui participent à la renommée de Davos.

Ecouter les gens

Alors cette édition revêt une saveur particulière compte tenu de l'hostilité croissante d'un part importante des populations occidentales envers la mondialisation, notamment d'une classe moyenne en voie de déclassement. Ils ont voté Trump, le Brexit (Theresa May doit s'exprimer jeudi), et vont peut être bousculer le jeu politique en France, en Allemagne, etc.

Klaus Scwhab, le fondateur du WEF, est conscient de la fracture. Il a placé cette édition sous le signe de la responsabilité des leaders, estimant qu'il fallait chercher "pourquoi les gens sont en colère et pas satisfaits".

Le WEF - pour qui l'exclusion sociale et les inégalités sont les principaux dangers pour 2017 - a d'ailleurs publié lundi une étude montrant que le revenu annuel médian a reculé dans les pays avancés sur cinq ans.

"Nous devons écouter ce que disent les gens. Les avantages de la mondialisation sont plus clairs dans les pays émergents que dans les pays développés", a commenté pour l'AFP Sergio Ermotti, patron du géant bancaire suisse UBS.

Ce qui est "paradoxal", c'est qu'à côté de cela, les anticipations macro-économiques sont plutôt favorables relève pour l'AFP Nariman Behravesh, chef économiste du cabinet IHS Markit. Mais "la technologie et la mondialisation sont en train de laisser un grand nombre de gens sur le bas-côté".

"Comme chaque année, avec la complicité des grands médias, ces élites vont chercher à donner une image positive de leur +leadership+ sur la mondialisation. Elles sont contraintes de tenir compte de la révolte croissante des peuples qui bouscule l’ordre néo-libéral", a dénoncé l'organisation anti-libérale Attac.

Je ne suis qu'un vieux politicien

Illustrant ces travers, l'ONG Oxfam a elle dévoilé sa traditionnelle étude sur les inégalités qu'elle publie au début de Davos, expliquant que les huit hommes les plus riches possèdent autant que la moitié la plus pauvre du monde.

Selon une étude du cabinet de relations publiques Edelman, la confiance dans les gouvernements, entreprises, médias et ONG a lourdement chuté dans 28 pays étudiés. C'est une "implosion de la confiance", selon le patron Richard Edelman.

"Après 30 ans de profits records, le +business+ avait l'opportunité d'offrir la prospérité pour tous, mais ils ont échoué et ils en payent maintenant le prix politique", selon la fédération syndicale internationale UNI Global Union, dont le chef, Philip Jennings est un habitué de Davos.

Mardi sera aussi le jour du discours d'adieux à Davos du vice-président américain Joe Biden. Ses propos de l'an dernier sur le malaise des classes moyennes semblent aujourd'hui prophétiques.

"Quelles nouvelles industries vont être engendrées par la quatrième révolution industrielle en cours ? Je ne suis qu'un simple, vieux politicien (...) j'essaye vraiment de garder le contact avec mes électeurs, réellement. Et des gens beaucoup moins sophistiqués que ceux réunis dans cette salle sont inquiets de la réponse à cette question. Ils sont inquiets".

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