Willy Borsus: "GSK a engagé 3000 personnes, et investi 3 milliards ces dernières années, ce n’est pas Caterpillar"

720 emplois menacés dont 595 cadres et 125 employés, c’est ce qu’il ressort du conseil d’entreprise extraordinaire tenu ce mercredi chez GSK. Des emplois dans les départements des opérations de la recherche et développement, de la fabrication et du service qualité, ainsi que les fonctions globales de support de l’organisation Vaccines en Belgique devraient être supprimés.

Cela représente 8% des emplois du groupe pharmaceutique en Belgique, essentiellement des travailleurs "cadres". Par ailleurs, quelque 215 contrats temporaires ne seront pas renouvelés.

Un plan Renault prévu pour les licenciements collectifs a été déclenché. La phase de consultation devrait être lancée dans les prochains jours et le ministre de l’Économie wallonne, Willy Borsus (MR) va rencontrer la direction de GSK ce jeudi après-midi.

Mais comment le politique réagit-il à l’annonce de cette restructuration ? Le ministre était ce jeudi matin l'invité de Thomas Gadisseux.

Le ministre évoque "un séisme social" au micro de La Première. Son premier objectif, explique-t-il, sera de comprendre la situation et d’avoir des informations supplémentaires. Le ministre libéral annonce qu’il va également "plaider pour réduire le nombre d’emplois concernés".

"Le nombre de pertes d’emplois, c’est chaque fois une famille. C’est chaque fois une personne qui est concernée. Nous voulons voir avec l’entreprise comment on peut aussi, dans le temps, pérenniser leur présence chez nous", explique le ministre.

Le secteur pharmaceutique : un écosystème vivace en Wallonie

Pérenniser, car ce secteur pharmaceutique, c’est un secteur porteur d’emplois. En Wallonie, GSK est le plus gros employeur privé avec plus de 9000 personnes employées par la société pharmaceutique. Et la société, en plus de la restructuration et des pertes d’emplois annonce des investissements d’un demi-million d’euros dans le sud du pays.

Et donc, malgré cette restructuration, le ministre wallon de l’Économie tient à rappeler l’importance du secteur pharmaceutique en Wallonie et le nombre d’emplois créés par GSK ces dernières années : "C’est un séisme social pour les personnes concernées, pour les familles concernées. Mais il ne faut quand même pas brutaliser le secteur pharmaceutique. C’est ce qu’on indique. Mais dans le même temps, on doit bien considérer que le groupe a aussi créé 3000 emplois au cours de ces dernières années. Par ailleurs, il a investi 3 milliards d’euros dans une période assez courte tout au long de ces dernières années".

Par ailleurs, Willy Borsus estime qu’il serait intéressant de créer une plateforme permettant de mettre en lien avec le Forem d’autres interlocuteurs : "les profils aujourd’hui demandés dans d’autres entreprises du même secteur, mais aussi également les profils, les qualités, les CV des personnes qui, malheureusement, vont perdre leurs emplois". Des profils qui pourraient notamment être intéressants pour l'entreprise UCB, qui a annoncé la création de 300 emplois à Braine l'Alleud.

Nous sommes en retard de plusieurs décennies sur l’innovation

Mais pour Ludovic Calonne, délégué SETCa c'est le manque d’anticipation de la direction de KSK pour investir dans les nouvelles technologies qui se paie aujourd'hui : "Ils auraient pu anticiper. Ils ne l’ont pas fait. Donc, ils viennent vraiment maintenant en pare-choc frontal sur nous alors qu’ils auraient pu très bien anticiper tout ça. Nous sommes en retard de plusieurs décennies sur l’innovation, la robotisation et tout ce qui s’en vient au niveau de nos installations. Il y a des entreprises qui ont innové beaucoup plus rapidement."

La procédure Loi Renault va donc être mise en place pour accompagner les différents travailleurs concernés par le plan de licenciements. Willy Borsus croit, de son côté, "dans la force du dialogue" avec le groupe. Il indique également que la région a la possibilité de créer des plateformes de reconversion et des outils pour "aider à gérer la situation".

"L’entreprise a beaucoup investi tout au long de ces dernières années en Wallonie. On parle du premier employeur privé en Wallonie", rappelle Wily Borsus.

L’emploi ouvrier n’est pas concerné par les restructurations

 l’évidence, il y a eu des recherches très, très importantes. Vous connaissez certains des succès menés notamment dans la lutte contre certaines maladies. A l’évidence, beaucoup d’investissements dans la recherche, dans l’innovation. Mais attention, on parle effectivement aujourd’hui d’investissements futurs dans la robotisation, dans l’automation". Des investissements qui pourraient impacter le travail des ouvriers.

La volonté des politiques est donc de favoriser les investissements dans ce secteur phare pour la Wallonie et accompagner une croissance qui permettrait de maintenir cet emploi ouvrier : "Il faut aussi que ces investissements puissent s’inscrire dans une démarche de croissance. Aujourd’hui, l’emploi ouvrier n’est pas concerné par les restructurations, mais je ne voudrais pas qu’à l’avenir, il y ait d’autres pans de l’activité ou, pour d’autres travailleurs, une nouvelle phase de difficultés. C’est en cela qu’on veut soutenir de futurs paliers de croissance dans l’entreprise", indique le ministre wallon de l’Économie.

Pas le même contexte qu’avec Caterpillar

La Wallonie souhaite donc continuer à accompagner le secteur pharmaceutique, florissant économiquement et porteur d’emplois. GSK a d’ailleurs reçu des subsides publics à hauteur de 13,5 millions d’aides à l’investissement.

Par ailleurs, la société a touché une septantaine de millions d’aides wallonnes, dont une soixantaine aurait été remboursée. Mais dix millions d’euros sont quand même restés dans la poche de GSK alors que le groupe a reversé 5 milliards de bénéfices à ses actionnaires. Cela n’empêche pas la société d’annoncer aujourd’hui des licenciements.

Du côté du PTB, on dénonce le fait que la société pharmaceutique installée en Belgique n’aurait payé que 500.000 euros d’impôts pour un chiffre d’affaires de plus de 500 millions d’euros. Une situation choquante ? Pas pour le ministre libéral : "Les lois s’appliquent à GSK comme à n’importe quelle autre société. Et j’insiste, lorsque vous faites l’addition de tout ce que ces employeurs GSK ou d’autres payent en TVA, aux cotisations sociales, toutes les formes de prélèvement et l’impôt des sociétés, la somme n’a aucun rapport avec ce que le PTB annonce".

Il ajoute : "On doit bien considérer que le groupe a aussi créé 3000 emplois au cours de ces dernières années. Par ailleurs, il a investi 3 milliards d’euros dans une période assez courte tout au long de ces dernières années".

Pour Willy Borsus : "On n’est pas dans le schéma Caterpillar". Mais il insiste pour travailler de concert avec les syndicats pour tenter de préserver un maximum l’emploi en concertation avec les organisations syndicales dans le cadre de la procédure et "veiller à ce que, d’une part, le nombre d’emplois perdus puisse être diminué. D’autre part, que les conditions, l’étalement dans le temps, les conditions de départ des personnes concernées puissent être négociées d’une façon aussi correcte que possible".

La rencontre entre la direction de GSK et le ministre wallon prévue ce jeudi après-midi, permettra peut-être déjà d’y voir plus clair sur l’avenir des personnes licenciées.

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