Vous n'arrivez pas à joindre votre syndicat ? "Normal", on vous explique

Pourquoi les syndicats restent injoignables?
Pourquoi les syndicats restent injoignables? - © LAURIE DIEFFEMBACQ - BELGA

Si vous avez tenté de joindre votre syndicat, vous vous en êtes certainement rendu compte, c’est devenu mission impossible. Que ce soit à la FGTB, à la CSC, à la CGSLB, c’est partout pareil.

De nombreux chômeurs et travailleurs s’en plaignent, et ils ne sont pas les seuls : les boîtes d’intérim et les structures d’accompagnement d’emploi aussi.

Et si la situation était déjà difficile depuis le mois de mars, cela s’est aggravé ces deux derniers mois.

Des heures au téléphone, sans succès

"Toutes nos lignes sont occupées, nous ne pouvons traiter votre appel en cet instant, veuillez rappeler plus tard…", voilà un des messages que l’on peut entendre avant que la communication soit coupée ; d’autres appels sonnent dans le vide (après avoir essayé toutes les touches) ; il y a même des boîtes vocales qui tournent en boucle.

C’est en tout cas, ce que vit pour l’instant Caroline. Elle passe des matinées entières à essayer de joindre son syndicat. Licenciée en février dernier, elle a retrouvé du travail il y a une semaine. Comme elle preste un préavis à mi-temps, elle ne sait toujours pas ce qu’elle doit faire au risque d’être en porte-à-faux : "Je voudrais juste savoir si je dois casser mon préavis ou pas ; ou si je peux laisser courir jusqu’au mois de novembre, comme c’était prévu ; ou si je dois m’inscrire au Forem, malgré le fait que j’ai retrouvé du boulot", explique-t-elle. "Et comme je bénéficie d’un outplacement (aide de l’État qui doit permettre au travailleur licencié de retrouver un emploi, ndlr), on me dit qu’on ne peut pas clôturer mon dossier parce que je risque d’être sanctionnée".

Des mails sans réponse

D’autres sont dans des situations encore plus graves, cela fait parfois plusieurs mois qu’ils attendent de recevoir des allocations. C’est le cas de Carmelo, originaire de la Région namuroise.

Licencié en avril, il était sous la mutuelle à la suite d'un accident de parcours. Mais au 1er août, il aurait dû passer demandeur d’emploi et toucher des allocations. Mais jusqu’à aujourd’hui, il n’a toujours reçu aucune confirmation de son inscription et surtout, aucunes allocations, ce qui commence à être difficile financièrement. En cause : des documents mal remplis par l’employeur qui lui a donné son C4.

"Je n’ai plus de nouvelles depuis la mi-août. Finalement, depuis que l’on m’a dit qu’il fallait que je contacte l’organisme de la mutuelle pour avoir les documents. Et puis, depuis lors, mes tentatives ont été, en permanence, par e-mail et régulièrement, au moins une bonne demi-heure, si pas une heure, par jour par téléphone pour tenter d’avoir quelqu’un en ligne".

"Or, moi j’essaie de me relever", ajoute-t-il, "je ne veux pas aller au chômage, je veux tenter de faire quelque chose de ma carrière, donc j’ai démarré des démarches pour pouvoir passer à mon compte et donc je me suis renseigné par rapport à un certain nombre d’aides du gouvernement à entrepreneuriat pour lesquelles vous avez, de nouveau, des documents à remplir, pour lesquelles il y a des modalités auxquelles on n’a pas été forcément confrontés quand c’est la première fois. Ce qui est mon cas. Et donc là, de nouveau, lettre morte pour savoir comment réaliser ces démarches administratives".

"Donc d’un côté, le substitut qu’on vous propose normalement avec ce chômage (les allocations, ndlr) pour pouvoir rebondir le temps de pouvoir retrouver un emploi, vous ne l’avez pas. Et d’un autre côté, vous êtes bloqués dans vos démarches pour pouvoir commencer vos activités ou même tout simplement valider des clients potentiels qui vous ont dit 'OK, nous sommes prêts à travailler avec vous'. Mais vous êtes bloqués à ne pas pouvoir créer votre structure parce que vous ne pouvez pas démarrer vos démarches administratives. Et comme ces démarches dépendent des intervenants que vous ne pouvez pas contacter, vous êtes dans une boucle".

Et les exemples comme Carmelo sont nombreux. Et sans permanence syndicale (elles reprennent seulement et doucement), c’est compliqué…

Les syndicats reconnaissent le problème

Nous avons donc contacté les syndicats, les contacts presse, et tous semblaient ennuyés : "Je sais, nous sommes au courant de cette triste situation", a reconnu l’un. "Je sais que le problème existe et pas qu’à Bruxelles", nous a dit un autre.

A quoi est-ce dû ? 

Mais comment expliquer cette situation ? 

D’abord par une demande exponentielle de nouvelles personnes à indemniser et en demande d’information : "Il n’y a pas de miracle !", s’exclame Marie-Hélène Ska, secrétaire générale de la CSC, "On est passé de 300.000 cas à un million de cas !".

Même son de cloche du côté du président de la FGTB, Thierry Bodson, qui explique qu'"avec le nombre de cas à payer que nous avons eu en plus, cela a représenté une augmentation du travail multiplié par trois !".

A cela s’ajoute la complexité des cas : "On avait perdu ça de vue, mais en Belgique, 10% de la population a du mal à lire et à écrire. Sur un million, cela fait 100.000 personnes qui ne savent pas lire un numéro d’identité national, un numéro de carte de banque, orthographier leur nom et leur adresse. Et donc, cela demande énormément de temps individuellement pour pouvoir monter des dossiers. Tout cela pour payer chaque mois à la fin du mois", explique la secrétaire générale de la CSC.

Sans compter toute la complexité des démarches administratives. Et pour corser le tout, le chômage temporaire doit maintenant être transformé en chômage économique. "Donc, pour une partie des chômeurs temporaires, il faut refaire un dossier ici en septembre ou en octobre", explique le président de la FGTB. Et tous ces nouveaux dossiers, il faut "les réintroduire manuellement !", ajoute Marie-Hélène Ska. Et tout cela à la demande de l’Office national de l’emploi (ONEM).

Un manque de personnel ? 

Mais pourquoi ne pas engager davantage de personnes pour traiter ces dossiers ?

C’est ce qu’ils essaient tous de faire, mais c’est difficile parce qu'"il faut normalement 6 mois à un an pour former un agent de chômage", poursuit la secrétaire générale de la CSC. Car s’il y a des erreurs, c’est à eux que l’ONEM va réclamer l’argent. Donc on ne peut pas engager n’importe quel intérimaire.

En attendant, tous disent "faire le nécessaire" pour régler ce problème "extrêmement compliqué" et "assez inédit".

Certains annoncent qu’ils vont "engager plusieurs intérimaires pour effectuer le travail administratif simple et donner ainsi plus de temps aux gestionnaires de dossiers" ; d’autres qu’ils travaillent sans relâche pour résorber le retard ; d’autres qu’ils sont en train d’analyser les offres pour avoir une centrale téléphonique plus performante"…

Bref, il vous faudra encore un peu de patience. Le problème ne sera pas résolu du jour au lendemain.

En attendant, il est recommandé d’utiliser le mail pour communiquer plutôt que le téléphone, en tout cas pour ceux qui le peuvent. Ce qui risque d’isoler un peu plus les plus précarisés.

Et pour ceux qui ne sont pas syndiqués, ou pensent à ne plus cotiser, la situation semble tout aussi difficile à la CAPAC, l’organisme de paiement de l’ONEM, voire plus compliquée encore, nous dit-on.

Retard dans le paiement des allocations de chômage : JT du 02/07/2020

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