Volkswagen s'enfonce dans la crise avec, maintenant, une fraude au CO2

Volkswagen: la tempête continue.
Volkswagen: la tempête continue. - © UWE ZUCCHI - AFP

Après le trucage à grande échelle de ses moteurs diesel, Volkswagen a avoué de nouveaux mensonges sur le dioxyde de carbone (CO2), précipitant le géant allemand de l'automobile encore un peu plus dans la crise mercredi.

Plus de CO2 qu'annoncé

Volkswagen, colosse aux 12 marques ébranlé depuis mi-septembre par un scandale retentissant de tricherie aux normes anti-pollution, a fait état d'"irrégularités" sur les émissions de CO2 de 800 000 voitures. Concrètement, les émissions de CO2 - déterminant dans le réchauffement climatique - de certains véhicules de marque VW, Skoda, Audi et Seat sont plus élevées que ce que le constructeur promet sur le papier.

Il s'agit de nouveau principalement de voitures à moteur diesel, mais 98 000 sont cette fois des voitures à moteur essence, a précisé le ministre allemand aux Transports, Alexander Dobrindt.

10% de plus

Le quotidien allemand FAZ donnait mercredi en exemple la Golf Blue Motion de VW, qui émet plus de 100 grammes de CO2 par kilomètre, au lieu des 90 g/km affichés dans ses spécifications techniques. Le plafond imposé par les normes européennes est actuellement de 130 g/km.

Un porte-parole de Volkswagen a précisé à l'agence Bloomberg que les voitures mettant en avant un niveau d'émissions de CO2 erroné ne se trouvaient ni aux Etats-Unis ni en Chine et n'étaient pas les mêmes que les 11 millions dotées d'un logiciel capable de truquer les tests aux émissions d'oxydes d'azote (NOx), une vaste tricherie avouée mi-septembre qui a plongé Volkswagen dans le scandale.

Le gouvernement allemand a jugé ces nouvelles révélations "sérieuses" et rappelé le groupe à "son devoir de faire la lumière de manière transparente et complète" sur toutes les tricheries qu'on lui reproche. Dans la même veine, la Commission européenne lui a demandé d'"accélérer son enquête interne".

Secret de Polichinelle

ONG et régulateurs s'inquiètent depuis longtemps d'émissions de CO2 supérieures à ce que publient les constructeurs. L'ONG Transport&Environment (T&E) a mesuré un différentiel de 40% sur les voitures immatriculées en Europe en 2014.

Néanmoins cette révélation tombe au pire moment pour Volkswagen, mettant à nu un groupe apparemment gangrené par les mensonges et les tricheries.

"La confiance [en Volkswagen] est complètement anéantie", a estimé l'expert automobile allemand Ferdinand Dudenhöffer.

La fraude - qui contrairement à celle dévoilée il y a six semaines, n'implique pas le recours à un logiciel ou autre manipulation - a été découverte au cours de l'enquête interne menée par le groupe, dont le nouveau patron, Matthias Müller, a promis de tout remettre à plat.

Le rappel prévu pour remettre aux normes les 11 millions de véhicules équipés d'un logiciel capable de fausser les résultats des tests antipollution mesurant les oxydes azote (NOx) émis doit déjà coûter des milliards d'euros à Volkswagen. Le groupe doit en outre s'attendre à des pénalités et va être l'objet d'une kyrielle de procès, de clients floués et d'actionnaires qui ont laissé des plumes dans la dégringolade du cours de Bourse.

Les marques Volkswagen et Audi ont annoncé mercredi la suspension des ventes de plusieurs de leurs modèles diesel, neufs et d'occasion, qui pourraient être équipés du logiciel incriminé.

"Qui a menti une fois ..."

Volkswagen, dont les résultats ont viré au rouge au troisième trimestre du fait du scandale, évalue à 2 milliards d'euros le "risque financier" supplémentaire de cette nouvelle affaire dans l'affaire, anticipant que certains clients voudront être remboursés.

La sanction en Bourse a été immédiate. Le titre, qui a perdu près de 40% en quelques semaines à Francfort, a clôturé mercredi en baisse de 9,50% à 100,45 euros.

La sanction est aussi venue de Moody's qui a abaissé mercredi d'un cran, de A2 à A3, la note de la dette de Volkswagen, suivant les pas de sa consœur Standard and Poor's qui avait fait de même à la mi-octobre.

Les révélations sur le CO2 sont arrivées seulement un jour après de nouvelles accusations à l'encontre des moteurs diesel: selon l'agence pour l'environnement EPA, Volkswagen aurait triché aussi sur les émissions de NOx avec des moteurs de 3 litres, et pas seulement des moteurs plus petits comme connu jusqu'ici.

Volkswagen a démenti l'installation d'un logiciel truqueur mais "celui qui a menti une fois, on ne le croit plus", commentait le FAZ.

"Que cela ne se reproduise plus"

Mme Merkel de son côté réclame que Volkswagen se dote "de structures qui fassent en sorte que de tels écarts de conduite n'arrivent plus", a rappelé son porte-parole.

Autre coup dur pour le constructeur allemand, sans lien apparent avec le scandale de tricherie aux émissions polluantes, VW a lancé mercredi le rappel de quelque 92.000 voitures aux Etats-Unis pour un problème d'arbre à cames susceptible d'entraîner des problèmes de freinage. Aucun cas de blessure n'a été relevé.

 

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