Volkswagen, averti il y a des années, risque de voir ses véhicules immobilisés

Volkswagen, averti il y a des années, risque de voir ses véhicules immobilisés
2 images
Volkswagen, averti il y a des années, risque de voir ses véhicules immobilisés - © FRANCOIS NASCIMBENI - AFP

Les ennuis s'accumulent pour Volkswagen, qui selon la presse dominicale allemande aurait été averti depuis des années des risques encourus avec ses tests antipollution truqués, à l'origine du scandale qui ébranle le numéro un mondial de l'automobile.

Selon la presse allemande, l'équipementier Bosch en 2007, et un employé en interne en 2011, avaient averti le constructeur de l'illégalité des dispositifs installés sur des modèles diesel.

Ultimatum fixé au 7 octobre

En outre, les autorités allemandes ont un peu plus accru la pression sur le groupe en lui fixant un ultimatum au 7 octobre pour rendre ses modèles diesel conformes aux normes d'émissions en vigueur au niveau national, sous peine d'un retrait des licences pour ses véhicules, selon un hebdomadaire.

Ces derniers développements concluent pour le constructeur allemand une semaine noire, qui l'a vu déstabilisé par la révélation du scandale de manipulation de ses moteurs diesel afin de pouvoir passer plus facilement les test antipollution. L'affaire, initiée aux Etats-Unis, concerne quelque 11 millions de véhicules diesel du groupe.

Elle a déjà conduit à la démission du patron du groupe mercredi, Martin Winterkorn, à la perte d'un tiers environ de la valeur de l'entreprise en Bourse et menace de saper la réputation toute entière de l'industrie allemande.

Déjà en 2011 ? 

Le nouveau président du directoire de VW, Matthias Müller, qui vient de Porsche, a promis de faire toute la lumière sur ces manquements, qui risquent encore de coûter des milliards d'euros à l'entreprise en amendes à la suite de différentes plaintes ou enquêtes au pénal ouvertes aux Etats-Unis et en Allemagne.

La tâche s'annonce colossale car le groupe semble avoir ignoré au moins deux mises en garde.

L'équipementier allemand Bosch a ainsi fourni dès 2007 à Volkswagen, à des fins de tests internes, le logiciel au coeur du scandale des moteurs truqués, tout en spécifiant alors que son installation sur les véhicules serait "illégale", affirme dimanche le journal allemand Bild.

C'est justement cette année-là que Volkswagen a commencé à installer le logiciel sur des moteurs diesel afin de truquer les résultats des tests.

Un porte-parole de Bosch, interrogé par l'AFP, a refusé de commenter en invoquant "la confidentialité" sur ses relations avec ses clients.

En outre, selon l'édition dominicale du très sérieux journal Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ), un employé de VW avait aussi tiré la sonnette d'alarme en interne en 2011. Il avait averti que le logiciel risquait d'"enfreindre" la législation.

Que savait Winterkorn?

L'enquête en interne n'a pas permis à ce jour d'établir pourquoi la direction de Volkswagen n'a pas réagi à l'époque, selon le journal, qui se demande: "Que savait Winterkorn?".

La réponse à cette question aura entre autres une influence sur le chèque de départ dont pourra bénéficier M. Winterkorn au bout du compte. Ce dernier peut en théorie prétendre à quelque 60 millions d'euros en retraite et indemnités, à condition toutefois que sa responsabilité directe dans le scandale ne soit pas établie. Le groupe de Wolfsburg, qui emploie 600 000 personnes dans le monde, doit rapidement clarifier les questions en suspens.

L'autorité fédérale allemande du transport automobile (KBA) a demandé à VW d'apporter "des mesures contraignantes et un calendrier" d'ici le 7 octobre afin de mettre ses moteurs diesel aux normes en matière d'émissions polluantes, selon l'édition dominicale du journal Bild.

Véhicules interdits de circulation ? 

Si Volkswagen ne respecte pas cette date butoir, la KBA prévient dans une lettre de deux pages qu'il pourrait retirer son agrément à tous les modèles concernés, ce qui aurait pour conséquence d'interdire leur circulation sur les routes allemandes, ajoute le quotidien.

Un porte-parole de Volkswagen a déclaré à l'AFP que le constructeur allait rapidement présenter un plan d'action en Allemagne, incluant un "rappel" des produits concernés. Ce dernier comprendra une mise aux normes du logiciel controversé.

La Commission européenne a annoncé pour sa part l'entrée en vigueur en janvier d'un nouvelle procédure dans l'UE en matière de tests antipollution dans le secteur car ceux actuellement disponibles en laboratoire "ne reflètent pas l'ampleur des émissions des véhicules en conditions normale de conduite".

Selon une source européenne, ce changement a pour objectif d'empêcher les trucages du type de celui dont VW s'est rendu coupable.

La Wallonie envisage un action en justice

La tricherie aux normes anti-pollution reconnue par le constructeur Volkswagen constitue aussi une "tromperie par rapport aux pouvoirs publics", a affirmé dimanche le ministre wallon de l'Environnement Carlo Di Antonio, qui envisage des actions en justice pour recouvrer d'éventuelles primes indues.

La Région wallonne réalise actuellement une analyse des volumes d'aides engagées, "pour recouvrer ces primes éventuellement" et mènera "probablement une action en justice", a indiqué M. Di Antonio (cdH).

Des tests aléatoires seront aussi opérés pour vérifier la "pollution réelle sur le territoire", étant donné qu'aux yeux du ministre, la tricherie reconnue signifie que l'Ecoscore - l'évaluation de l'impact du véhicule sur l'environnement - "n'a plus de sens".

Jeudi, le ministre du Budget Christophe Lacroix avait déjà indiqué dans L'Avenir que la Wallonie comptait récupérer cet argent qui a été dépensé ou qui n'est pas rentré pour des véhicules prétendument verts.

Le député fédéral Denis Ducarme a de son côté invité régions et fédéral à travailler ensemble sur ce dossier. Plaidant la tolérance zéro, il voit dans la situation actuelle une "opportunité pour remettre de l'ordre". La ministre fédérale de l'Énergie Marie Christine Marghem (MR) s'inscrit dans les pas de la Commission européenne qui a demandé aux États membres de réaliser des enquêtes et des tests, a-t-il fait observer.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK
JT 19h30
en direct

La Une

JT 19h30