Voitures électriques : Polestar, le concurrent européen de Tesla s'installe à Bruxelles, tout y est digitalisé

Un nouveau type de concession s'ouvre ce samedi à Bruxelles avec Polestar
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Un nouveau type de concession s'ouvre ce samedi à Bruxelles avec Polestar - © C. Biourge - RTBF

Le concurrent européen de l’Américain Tesla s’installe à Bruxelles. Polestar inaugure ce samedi son premier point de vente en Belgique : "le Polestar Center" situé Quai des Péniches, à quelques pas du futur musée d’art contemporain Kanal-Centre Pompidou. Quatre autres verront le jour dans le pays d’ici la fin de l’année : Anvers (le 8 août), Gand (à la mi-septembre) et Liège (en fin d’année).

Derrière cette marque suédoise de voitures électriques, on retrouve Volvo (désormais filiale du groupe chinois Geely). Mais ne cherchez pas de grosse concession, tout y est digitalisé.

Une nouvelle manière de faire du commerce

L’espace y est minimaliste et épuré. Seuls trois véhicules y sont exposés. Sa responsable belge préfère d’ailleurs que l’on parle d’un centre d’information plutôt qu’un point de vente parce qu’il n’est pas possible ici de commander sur place, affirme Lies Eeckman, sa responsable : "Pour nous, le Space, c’est une vitrine, un endroit de rencontre pour faire connaissance avec le produit et plus largement, faire connaissance avec le marché de la voiture électrique".

Passer commande se fait en effet par vous-même sur Internet, après avoir configuré votre voiture sur une table d’atelier avec l’aide d’un "Space manager", un spécialiste de la marque présenté comme un conseiller.

"La table d’atelier est une table interactive qui permet de configurer votre voiture à votre goût. Vous avez ici les vrais échantillons de couleurs et de matériaux, intérieurs et extérieurs, même les ceintures de sécurité, par exemple", nous explique Bram Vanhengel, l’un de ces conseillers. "Quand vous prenez l’échantillon et que vous le posez dans les carrés de la table d’atelier, vous allez voir sur le grand écran que cela change immédiatement la configuration et la couleur de votre voiture".

Un casque de réalité virtuelle vous permettra ensuite de découvrir votre œuvre, grandeur nature : "Quand vous prenez le casque, que nous avons spécialement désinfecté pour vous, vous pouvez voir votre voiture de l’extérieur. Vous pouvez tourner autour et jeter un œil à l’intérieur".

Une fois ceci terminé, la configuration de votre voiture peut être chargée sur votre smartphone. Cela vous servira à gagner des étapes lorsque vous passerez votre commande sur internet.

Un test de conduite d’une demi-heure est également possible, poursuit Bram Vanhengel : "Pour ça deux solutions : soit on vous fixe un rendez-vous ici dans le Space (on vous donne l’horaire et le jour qui vous convient) soit vous faites une demande d’essai directement sur notre site internet et on prendra contact avec vous".

En quoi est-ce que cela va changer nos habitudes ?

Reste que cette digitalisation va changer nos habitudes, affirme Saul Lopez, responsable mobilité électrique à la Fédération européenne Transport et Environnement : "Le constructeur automobile traditionnel a de très petites marges de bénéfices sur les véhicules qu’il vend. Mais, par contre, tout le système après-vente (donc toutes les réparations, la maintenance, etc.) vous oblige à passer systématiquement chez le concessionnaire au moins une fois par an. Et c’est là qu’il obtient des bénéfices assez intéressants pour son business model. Donc, qu’est-ce qu’il se passe avec le véhicule électrique ? Eh bien le véhicule électrique n’a pas de maintenance ou quasiment pas. Et très peu de réparations car techniquement parlant, c’est beaucoup plus simple. Il y a beaucoup moins de composants dans un moteur électrique que dans un moteur thermique. Donc, le modèle de vente pour le véhicule électrique doit miser sur la vente et ne doit pas trop compter sur un service après-vente avec des réparations de la maintenance, car il n’y en a pratiquement pas. C’est pour ça que le modèle de vente du véhicule électrique essaie de se passer entre guillemets des concessionnaires".

Bref, une rupture totale avec le traditionnel modèle de vente au détail du secteur automobile. Une nouvelle manière de faire à laquelle les garages devront aussi s’adapter : "Vidange, changement de bougie, tout ce qui est lié à la transmission, la boîte de vitesses etc., tout cela s’est fini, il n’y en a pas dans la voiture électrique. Donc effectivement, il y aura des garages qui devront adapter leur business model et commencer à intégrer les véhicules électriques dans leur offre de réparation et dans leur programme de maintenance car c’est quelque chose de spécifique", poursuit Saul Lopez.

À l’avenir, leur travail risque de se réduire "principalement à brancher un câble d’un ordinateur au véhicule pour commencer à avoir une interaction et avoir à reprogrammer des choses, faire des ajustements. Oui, ce métier va changer complètement".

La voiture électrique : "Une évolution qui est en train d’accélérer"

Cet investissement de Polestar en Belgique peut paraître étonnant quand on sait que le marché belge des voitures électriques ne représente qu’un peu plus de 2% (près de 10% si on compte les véhicules hybrides) comme le montrent ces derniers chiffres publiés par la Febiac, la Fédération belge et luxembourgeoise de l’automobile et du cycle :

Mais pour Saul Lopez, cet investissement a du sens. Pour ce responsable mobilité électrique à la Fédération européenne Transport et Environnement, le mouvement ne fait que commencer : "Il y a une machinerie qui s’est mise à tourner. Ça avance. Il suffit d’attendre 2-3 ans et on verra, cela va porter ses fruits. Cela va nous donner tous les résultats qui sont attendus. Parce qu’on a fait d’importants investissements là-dedans. Maintenant, ce qu’il manque, c’est encore l’infrastructure".

Et d’ajouter : "Il y a actuellement une directive européenne qui doit être revue en 2020-2021. Et il faudrait que cela soit très ambitieux car on attend de 33 à 44 millions de véhicules électriques d’ici 2030 en Union européenne. Et donc, il faudra installer jusqu’à 3 millions de bornes de recharge pour véhicules électriques. Si on ne fait pas ça, on aura un énorme problème. On va créer un énorme bouchon parce qu’il y aura beaucoup d’offres, de véhicules électriques qui circulent et beaucoup de gens intéressés à rouler en électrique mais qui se poseront la question : Où est-ce que je recharge cette voiture ?"

Ce spécialiste rappelle également que 60 milliards d’euros ont été investis dans le développement de la voiture électrique en Europe l’année dernière. Une réelle opportunité industrielle en Europe.

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