Vincent Kompany "joueur-manager" : la double casquette, une tendance au sein des entreprises

Ni le maillot mauve de joueur, ni le traditionnel costard de coach. Le choix vestimentaire de Vincent Kompany, lors de la conférence de presse de ce mardi, reflète peut-être à lui seul sa nouvelle fonction de "joueur-manager". Une double casquette, un rôle hybride, qui reflète en fait une réelle tendance, de plus en plus marquée dans certaines entreprises : questions d’organisation et de leadership.

"A fond joueur, à fond manager"

Vincent Kompany répondait pour la première fois aux questions de journalistes, depuis sa nomination au Sporting d’Anderlecht. Parmi ces questions : mais qui donc a eu cette idée de joueur-manager ? Réponse de l’intéressé : "On en a parlé et petit à petit, cela a vu le jour. C’est vrai que je n’ai pas de diplôme d’entraîneur, mais beaucoup n’ont pas fait d’études de manager non plus. Chaque chose à sa place. J’étais en fin de contrat et j’ai fait ce choix. Jusqu’ici, il n’y a aucune période de ma carrière où j’aurais pu faire les deux. Maintenant oui. A fond joueur, à fond manager".

Au four et au moulin, une posture bien connue de la plupart des dirigeants de PME

Sur la manière de faire, "on va prendre les choses de manière structurée, organisée. Le club doit se redresser. Et pas seulement en jouant un certain football, mais aussi au niveau de l’équilibre de l’effectif. Et si je dois prendre le bouclier et prendre sur moi, je le ferai, jusqu’à ce qu’on fasse les transferts qui font la différence ". Cette posture, à la fois au four et au moulin, est bien connue de la plupart des dirigeants de PME.

La taille modeste d’une entreprise fait qu’un patron est souvent un peu joueur-manager. Mais dans les grandes entreprises, le schéma traditionnel est fait de fonctions assorties de descriptifs de fonction. Un modèle qui est de plus en plus remis en question, selon Bauduin Auquier, Président de l’Ecole des sciences du travail, UCLouvain : "Ce qui est intéressant dans ce qu’Anderlecht met en place avec ce rôle nouveau, c’est que ça fait penser à ce que d’autres grandes entreprises essaient pour l’instant, à savoir mettre en place d’autres modèles d’organisation par des équipes plus autonomes, où l’on a plusieurs rôles, plusieurs casquettes. On n’est plus dans les fonctions strictes, traditionnelles.

Un coach plutôt qu’un chef à l’ancienne

Plusieurs entreprises belges et étrangères s’inscrivent dans cette démarche, avec des retours plutôt positifs. Notamment en matière de réduction de l’écart entre la hiérarchie et la base des employés. "En fonctionnant ainsi, on ramène le chef parmi ses équipes. Trop souvent les gens se plaignent de plus voir le chef, il est en réunion, il est absent, il n’est pas disponible. Ici, cela permet de parler du travail, de ce qui est à faire au quotidien. Je crois que c’est une manière de revaloriser – sous un angle nouveau, le rôle de chef ".

Ce qui ne signifie pas la disparition du "chef", dans les entreprises. Bauduin Auquir prolonge d’ailleurs le parallèle entre entreprises et clubs de football : "Il n’y a pas d’équipe à ce point autonome qu’il n’y a pas de responsable. Donc, un responsable d’équipe, il y aura toujours, mais il aura beaucoup plus le rôle d’un entraîneur, comme dans une équipe, d’un coach qui encourage les gens à donner le meilleur d’eux-mêmes. A faire monter les talents plutôt qu’’être le chef à l’ancienne, qui donne des ordres, qui contrôle, voire qui sanctionne ".

On peut avoir le plus beau modèle, les meilleures idées, qui théoriquement sont convaincantes, encore faut-il embarquer tous les collaborateurs

Cela implique que le chef ait toujours les compétences techniques pour gérer le boulot et les compétences managériales pour gérer les équipes. Et que le management dispose d’un réel mandat, d’une vraie marge de manœuvre décisionnelle. " Le grand enjeu, quand de tels systèmes sont mis en place, c’est l’accompagnement au changement. On peut avoir le plus beau modèle, les meilleures idées, qui théoriquement sont convaincantes, encore faut-il embarquer tous les collaborateurs ".

Dans ce cas-ci l’enjeu c’est bien de redresser l’entreprise Anderlecht. Ce n’est un secret pour personne, le club va mal sportivement. L’histoire ne dit pas – encore – si les joueurs et le staff technique et médical d’Anderlecht seront accompagnés dans la transition managériale du club. Mais la coordination et la prise de décision au sommet du club – Marc Coucke, Michael Verschueren, Vincent Kompany, et d’autres – seront décisives pour la réussite des changements organisationnels.

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