Vers un monde sans cash? Le confinement a accéléré la tendance

Une conséquence du confinement est que l’argent liquide circule beaucoup moins ces temps-ci, à tel point que les États-Unis ont augmenté la production de pièces de monnaie pour en remettre en circulation. Ce n’est pas tellement un manque de cash, en réalité il n’y a pas de pénurie d’argent liquide, c’est plutôt un problème d’immobilisme. L’argent circule moins qu’en temps normal parce que, pendant plusieurs semaines, les magasins et les banques ont été fermés. Il y a eu beaucoup moins d’achats, de transactions. Et maintenant que c'est rouvert, beaucoup de paiements se font par carte, de manière électronique.

Rupture de stock

Le fait que les consommateurs évitent l’argent liquide, c'est une situation à surveiller pour Yves Timmermans, du département circulation fiduciaire de la Banque Nationale de Belgique. Selon lui, dans une économie, il est important que l’argent liquide circule : "Le risque c’est vraiment une rupture de stock qui peut poser des tas de problèmes pratiques et nuire au commerce, et plus particulièrement à certains petits commerces qui utilisent le cash. Sur les marchés, quand vous achetez une glace en promenade, c’est souvent en cash. Donc, là, on aurait un vrai problème. On met tout en œuvre pour éviter ça. C’est inimaginable si ça se passait".

Quand l’argent circule moins, il s’accumule chez les gens, dans les portefeuilles, dans les bas de laine et donc il revient moins au point de départ de la boucle : les banques qui, elles-mêmes ne pourraient plus en fournir aux gens.


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On n'en n'est pas encore au point où il n'y aurait plus d'argent dans les distributeurs. Mais pour éviter d’arriver à cette situation critique, Yves Timmermans et son équipe suivent la situation de très près afin d'être sûrs que la Banque Nationale puisse toujours répondre à la demande des banques lorsqu'elles veulent de l’argent frais pour remplir leurs distributeurs. "Il y a eu une augmentation de la demande, mais on a pu y faire face sans problème, c’est suivi au jour le jour. On a accès à toutes les informations, donc on peut réagir. Certaines productions peuvent aussi être anticipées ou réorientées. Produire en priorité telle coupure plutôt qu'une autre. Mais on n’a pas connu en Europe de situation où on a dû dire aux banquiers qu'il n'y avait plus de stock", poursuit Yves Timmermans.

La planche à billets

Concrètement, pour monitorer au quotidien la circulation d’argent, la Banque Nationale regarde tous les jours l’argent qui rentre dans les coffres, ce que les commerçants, les particuliers et les entreprises déposent à la banque et l’argent qui ressort. Et s’il y a plus d'argent qui sort que d’argent qui rentre, c’est qu’un déséquilibre se crée. Dans ce cas, on peut aller puiser dans stocks de billets, de pièces de réserve ou carrément, comme le font les États-Unis, frapper de nouvelles pièces de monnaie ou imprimer de nouveaux billets.

Dans nos habitudes quotidiennes, le confinement va peut-être accentuer la tendance à moins utiliser le cash. Cette tendance existait bien avant la crise avec de plus en plus de paiements électroniques. La volonté politique en Europe, c’est clairement de garantir la circulation du cash pour qu’on puisse continuer de payer facilement au quotidien pour ceux qui n’ont pas accès à la technologie, ou ceux qui ne veulent l'utiliser car ils sont soucieux de la vie privée. Donc un monde sans cash, ce n'est clairement pas pour tout de suite. Un monde avec moins de cash qu’avant la crise, c’est plus probable.

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