Vers le chômage universel: les robots vont-ils nous piquer nos jobs?

Le Roi Philippe est accueilli par un robot lors de la visite des laboratoires du MIT
4 images
Le Roi Philippe est accueilli par un robot lors de la visite des laboratoires du MIT - © DIRK WAEM - BELGA

Plus rapides, moins chers, capables de travailler 24 heures sur 24... Dans les prochaines années, c'est près d'un job sur deux qui pourrait être remplacé par un robot ou un algorithme. Après la première révolution industrielle du XIXe siècle, c'est "un second âge des machines" que nous prédit le Pr. Erik Brynjolfsson, du Massachusetts Institute of Technology (Etats-Unis). Mais les robots ne pourront pas (encore) tout faire.

En 2011, Watson, un superordinateur de la firme IBM, remportait "Jeopardy", un jeu télévisé américain où les candidats s'affrontent sur des questions de culture générale, truffées de jeux de mots, pour remporter de l'argent. Face à lui, deux joueurs humains : si l'un possède le record de gains amassés, l'autre détient le record de longévité de l'émission.

L'ordinateur concourait sans connexion internet, puisant ses réponses uniquement dans sa (très) grande base de données. Pas besoin de lui écrire les consignes, il comprenait et interprétait les questions posées oralement par le présentateur.

C'était il y a trois ans, une éternité dans le monde de l'informatique. Watson et ses congénères ont encore évolué depuis.

Au point de constituer une menace ?

Lors d'une conférence à Bruxelles, organisée par L'Echo/De Tijd et Ernst & Young, Erik Brynjolfsson, Professeur de gestion au Massachussets Institute of Technology est venu nous avertir : l'automatisation des emplois est en marche, avec la clé, près de 47 % des emplois actuels qui pourraient être confiés à des robots ou des algorithmes.

"Les emplois les plus touchés seront ceux qui comportent ce que nous appelons des processus d'informations routinières, comme la comptabilité, le travail taxatoire ou le travail de bureau. Mais d'autres emplois seront également concernés".

Une opinion qui fait écho à la déclaration d'Eric Schmidt, le patron de Google, qui avait averti au début de l'année 2014 que les vingt et 30 prochaines années seront déterminantes pour l'emploi.

Des résultats encore plus impresssionnants dans les dix prochaines années

Le chercheur poursuit : "La technologie va continuer d’avancer encore plus rapidement. Au cours de dix dernières années, nous avons vu les voitures qui se conduisent toutes seules, nous pouvons parler à nos machines, elles nous comprennent. Nous avons également des appareils qui peuvent effectuer des diagnostics médicaux, qui peuvent traduire ou même écrire des histoires simples. Je pense que ce sont juste des échauffements. Il y aura des résultats encore plus impressionnants dans les dix prochaines années".

Une évolution qui n'est pas sans difficulté : "Il est difficile de prévoir la manière dont la société va réagir. Cela devrait être une bonne nouvelle, parce que nous créons plus de richesses, nous augmentons la qualité de la vie. Cependant, il est possible que certaines personnes soient laissées derrière. Cela a déjà été le cas au cours des précédentes années. Aux Etats-Unis, le revenu moyen est aujourd'hui plus faible que dans les années 90. Il n'y a aucune garantie que cette augmentation de richesses bénéficient à tout le monde. Cela va dépendre de la manière dont nous répondrons aux nouvelles technologies".

Le jour où les robots prendront nos jobs approche (image interactive)

AFP PHOTO / JEAN-PHILIPPE KSIAZEK

L'emploi dans le secteur des hautes technologies progresse en Europe

Ces nouvelles technologie a pourtant généré de nouveaux débouchés dans le monde et en Europe.

Dans le cadre d'une étude sur 11 années de la KULeuven sur l'emploi dans le secteur des hautes technologies en Europe, le Pr. Marteen Goos et son équipe ont pu démontrer que la progression était deux fois plus rapide dans ce secteur. Par ailleurs, les travailleurs high-tech ont des revenus beaucoup plus élevés et ont moins de risques d’être au chômage.

Ces emplois spécifiques ont davantage augmenté dans les régions qui avaient initialement une plus faible concentration d’activité dans le secteur des hautes techonologies.

Dans les plus petites régions d’Europe, sept provinces belges se retrouvent dans les 13 premières places. Une explication que les chercheurs avancent résident dans la main d’œuvre extrêmement qualifiée à travers le pays, et le fait que ses provinces tendent à être des lieux plus petits.

Mais les chiffres démontrent aussi la progression rapide des emplois dans la haute technologie : sur 11 ans, c’est une progression de plus de 32 % pour six provinces belges !

Toutefois, un débarquement massif de robots qualifiés pourraient rebattre les cartes du secteur.

Une course entre l'homme et l'ordinateur...

On estime actuellement que le rythme d'innovation est cinq fois plus rapide que la capacité d'adaptation des managers. Avec notre cerveau, qui n'a pas changé depuis la préhistoire, pourrons-nous suivre la cadence ? Se dirige-t-on vers un monde où le "chômage sera universel" ?

Heureusement, Erik Brynjolfsson pointe plusieurs domaines dans lesquels les robots ne sont pas (encore) bons : la créativité, les compétences interpersonnelles et les tâches motrices. Mais ils progressent, et seule l'imagination semble hors d'atteinte.

Il estime également que "dans ces trois larges domaines, il existe des opportunités pour des entrepreneurs de penser à des nouveaux emplois".

Et de terminer sur une note plus positive : "Je vois le potentiel pour créer des millions d'emplois dans ces catégories".

François Jacques (@francoisjacques)

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK