Vente en ligne: les sites belges prennent des couleurs, mais la Wallonie manque d'ambition

l'e-Business belge: "Un malade en convalescence"
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l'e-Business belge: "Un malade en convalescence" - © Jonas Hamers / ImageGlobe - BELGAIMAGE

Les chiffres du Baromètre 2017 de l’internet belge sont plutôt positifs, le nombre de magasins en ligne est en croissance, jusqu’à rejoindre la moyenne européenne. Le secteur des sites professionnels participe largement à la création d’emplois dans le pays. Mais l’e-commerce belge a aussi son côté obscur. De nombreux commerçants qui renoncent à la visibilité sur le web ferment boutique, les sites pro sont encore amateurs et les commerçants wallons semblent vouloir limiter leur terrain de chasse au seul marché francophone. Et surtout, bon nombre de sites de vente estampillés '.be' sont en réalité des usurpateurs français ou néerlandais. Dure, dure la concurrence. 

Le sous-titre de cette 6ème édition du bilan de l’E-business belge réalisé par Email-Brokers est bien choisi: "Un malade en convalescence".

La première bonne nouvelle est qu’en trois ans, les sites professionnels belges semblent avoir rattrapé une partie de leur retard. Le pays compte près de 900 000 URL actifs, dont près de 700 000 utilisent le suffixe '.be.' Ce nombre a augmenté de 30% en 5 ans, et ce sont principalement des sites professionnels (533 166). 

Sortie de crise

En près de 5 ans, le nombre de sites d’e-commerce (une partie seulement des sites professionnels) a pratiquement doublé. Depuis 2012, le nombre des commerces en ligne est passé de 27 541 à plus de 50 000. Les entreprises qui ont voulu esquiver l’univers de la vente physique sont, pour la plupart, restés sur le carreau. Les statistiques sont, ici sanglantes : 76% des entreprises tombées en faillite en 2016 n’étaient pas présentes en ligne.

"Et la proportion était encore de 82% voici deux ans", ajoute William Vende Wiele, CEO de Email-Brokers. Même lorsque les PME sont en ligne, c’est souvent avec une voilure très réduite, puisque seuls 58% des sites d’entreprises sont mis à jour "au moins une fois par an". La proportion des sites de vente reste donc faible: 79% des sites sont de simples vitrines non interactives ne permettant pas de transactions commerciales.

Communautaire, quand tu nous tiens…

Selon le baromètre internet 2017, sur les 50 000 sites de vente en ligne belges, 31 000 seraient originaires de Flandre, contre un peu plus de 14 000 de Wallonie. Restent 4700 sites commerciaux bruxellois. La multiplication des sites est plus visible au sud du pays qui devait, il est vrai, rattraper un important retard. Mais il demeure un handicap que William Vande Wiele, CEO d’Email-Brokers dit ne pas comprendre: "Plus de 162 000 sites francophones sont unilingues contre à peine plus de 8000 sites néerlandophones. " Ce qui, selon lui, "réduit le marché potentiel, mais aussi la visibilité des sites qui sont ainsi moins référencés que les sites bilingues ou trilingues." 

E-shop et circuits courts

Un aspect étonnant de l’évolution d’Internet mise en valeur par le baromètre 2017 est qu’il favorise le secteur primaire (l’agriculture). En 3 ans, il est passé de 3% à 6% des activités de vente en ligne. Une explosion que William Vande Wiele explique par le développement d’offres alternatives de produits alimentaires via des circuits courts en permettant aux agriculteurs de s’offrir une meilleure visibilité au plan "ultra local".

La vente en ligne et l’emploi

Selon la Commission européenne, pour chaque emploi détruit dans l’économie physique, 2,6 jobs sont créés dans les métiers numériques. Cette croissance ne profite toutefois pas prioritairement à la Belgique. Aujourd’hui encore, assure William Vande Wiele, 70% des achats en ligne se font au-delà de nos frontières. Les sites qui se terminent par ’.be’ ne garantissent pas l’origine du vendeur: sur plus de 102 000 URL d’e-commerces estampillés ‘.be’  2000 cacheraient en réalité des sociétés étrangères.

Plus de 75% des sites en indélicatesse avec la loi

Le phénomène est ancien: les sites commerciaux respectent peu la législation en vigueur dans notre pays. Principalement à cause des lacunes dans les conditions générales: adresse incomplète, absence de contact téléphonique, responsabilité en cas de photos incorrectes, politique de retour, respect de la vie privé, cookies, droit de rétractation du client…

Selon la dernière édition (septembre/octobre) de Droit & Budget (Test-Achats) seuls 10% des sites de vente en ligne respecteraient intégralement les règles en matière de conditions générales. Les chiffres de Test-Achats ne se basent pas sur des chiffres statistiques, mais sur un échantillonnage de 59 sites et 9000 avis d’internautes.

Si le baromètre d’Email-Brokers est purement chiffré, le sondage de Test-Achats permet de constater que 80% des consommateurs en ligne sont satisfaits de la procédure d’achat, 83% disent avoir connu une expérience d’achat sans problème et le délai promis a été respecté dans 95% des cas.

La conclusion du "Baromètre" est que l’entrepreneur belge, qui était le ’moins social’ d’Europe en 2012, figure désormais dans la bonne moyenne. Et pour les plus petits d’entre eux, les réseaux sociaux constituent le principal, voir unique fenêtre de visibilité sur la toile.

Le grand défi des commerçants en ligne: le mobile

Après avoir pris le train du commerce en ligne avec retard, la Belgique pourrait rater la prochaine station numérique: le commerce mobile. Si l’on en croit le baromètre de sites internet belge, seuls 13% des sites sont adaptés à l’affichage mobile (sur smartphone ou tablette). Ce qui, dans un univers où les jeunes ont pratiquement abandonné l’ordinateur, s’apparente à un manque flagrant de vision.

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