USA-Chine: se dirige-t-on vers une guerre des devises? Un danger pour l'Europe

Donald Trump en pleine discussion avec Xi Jinping au Sommet du G20 le 29 Juin 2019 à Osaka (Japon)
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Donald Trump en pleine discussion avec Xi Jinping au Sommet du G20 le 29 Juin 2019 à Osaka (Japon) - © Brendan Smialowski

Le cours du yuan chinois a baissé pour atteindre son plus bas niveau en dix ans par rapport au dollar américain. Il faut désormais plus de sept yuans pour un dollar américain.

En laissant "filer" vers le bas le taux de change de sa monnaie, la Chine vise ainsi à favoriser son économie nationale. Dans la guerre commerciale actuelle entre les Etats-Unis et la Chine, une monnaie chinoise avec une valeur moindre – et elle vaut de moins en moins, par rapport au dollar américain – favorise les exportations chinoises. Cela permet en fait à la Chine de limiter partiellement la casse par rapport à une hausse annoncée jeudi dernier par le président américain Donald Trump des droits de douane sur les produits chinois.
 

L’Europe est le "dindon de la farce"

Cela n’augure rien de bon pour l’Europe, "dindon de la farce" selon Bernard Keppenne, chef économiste chez CBC Banque. "Nous subissons d’une part la réduction du commerce international, qui a un impact direct sur l’économie européenne. Et d’autre part, nous subissons aussi les exportations chinoises qui se décalent des Etats-Unis vers l’Europe. Nous avons donc une concurrence beaucoup plus importante dans un certain nombre de secteurs."

De plus, en ce qui concerne sa monnaie, la zone euro n’a que très peu de marge de manœuvre, puisque la Banque Centrale Européenne (BCE) n’a pas pour vocation d’agir sur la devise. Le président de la BCE, Mario Draghi, l’a encore rappelé tout récemment lors d’une conférence de presse.

Et l’euro ne peut pas être dévalué aussi facilement que le dollar ou le yuan car il ne pèse pas suffisamment aujourd’hui dans le commerce international.

Vers une guerre des devises?

Selon M. Kenneppe, Donald Trump a l’air de privilégier aujourd’hui une logique d’escalade dans la guerre commerciale. "Il est évident qu’on risque d’avoir une guerre des devises", assène-t-il. "D’ailleurs, Trump a lancé cette guerre de devises en taxant ou en tout cas en ayant une attitude assez agressive par rapport non seulement à la Chine mais aussi à l’Europe et à leurs devises respectives."

Il est difficile actuellement de savoir ce que va réellement faire le président américain dans cette escalade. "Si on est simplement dans une nouvelle provocation de Trump, qui se limite aux 10% sur les 300 milliards d’importations chinoises, on aura une correction limitée", estime l’économiste. "Si on a une véritable escalade avec l’imposition de 25% de taxes douanières, évidemment on peut craindre une situation qui se dégrade beaucoup plus. Je pense qu’aujourd’hui, nous sommes plutôt dans une situation de correction des marchés, qu’on attendait. On pourrait avoir une correction de 5 à 7% sur les bourses si l’on reste dans une guerre commerciale 'limitée'."

Pour rappel, selon le site Café de la Bourse, "une correction est un renversement de tendance, plus ou moins soudain et souvent négatif, d’au moins 10%, marquant ainsi un coup d’arrêt à la tendance générale. Les corrections sont donc généralement des chutes de prix temporaires, venant interrompre la tendance haussière d’un marché ou d’un actif. Relativement brèves, les corrections ne sont la plupart du temps pas suivies dans l’immédiat d’une récession, bien qu’elles puissent en être le signe annonciateur".

L’économie européenne tout entière risque donc d’être pénalisée si la dévaluation de plusieurs devises importantes se confirme.

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