Une taxe britannique frappera les bières spéciales belges

On les appelle les "wife beater beers", ce sont ces bières bon marché, fortes en alcool mais faciles à boire. Elles rendent (ou rendraient) les hommes agressifs envers les femmes. Le quotidien De Standaard tire la sonnette d'alarme en annonçant une prochaine mesure du gouvernement Cameron pour les rendre plus chères.

Comment ? En augmentant les accises, les "excise duties" qui sont adaptables chaque année par le Chancelier de l'échiquier, le ministre des Finances. Le gouvernement britannique a longtemps utilisé la taxation comme un moyen de juguler l'alcoolisme mais il avait cessé de le faire avec l'arrivée au pouvoir des travaillistes en 1997.

Par comparaison avec les autres pays européens, la bière est relativement fort taxée au Royaume-Uni. 17,5% de TVA (21% en Belgique) mais 38 pence d'accises par pint (environ l'équivalent de 8 pence en Belgique, chiffres relevés par la Commission européenne en 2006, ce sont pour ainsi dire les deux extrêmes dans l'Union européenne).

Bières de dégustation, produit d'exportation

Il est loin d'être sûr que la mesure atteigne son but : les bières spéciales belges, comme les Trappistes, sont des bières de dégustation, déjà assez chères au Royaume-Uni et ne sont pas vraiment accessibles pour les "wife beaters" plutôt portés sur les bières fortes vendues bon marché dans les supermarchés et les chaînes discount. Le géant de l'industrie brassicole AB InBev avait d'ailleurs tenté d'éviter à sa Stella Artois (5,2% d'alcool, plus que les lager anglaises) cette étiquette de "wife beater beer" avec le slogan "Reasuringly expensive", sans grand succès il faut le dire, avant de produire une version plus légère en alcool "La nouvelle 4", à 4%.

La même histoire a eu lieu en France en 2003 : une hausse des accises visait ces bières fortes, surnommées "bières de clochard" mais voilà, elle frappait en même temps les spéciales belges. Le ministre des Finances Didier Reynders et le Premier ministre de l'époque Guy Verhofstadt avaient dû intervenir pour faire affiner la législation française et préserver l'exportation des bières belges vers le marché français. Les brasseurs belges font en effet pas loin de la moitié de leur chiffre d'affaire à l'exportation et ce sont en particulier les bières fortes qui se vendent à l'étranger.

Cette fois le gouvernement belge n'aura peut-être pas à défendre les bières belges à l'exportation : le CAMRA, Campaign for real ale, une organisation de consommateurs avertis de bières authentiques en Grande-Bretagne, fait campagne depuis longtemps pour abaisser les taxes et accises qui touchent la bière. Le CAMRA est d'avis que le gel des taxes sur la bière permettrait de sauver des emplois essentiellement dans les pubs et génèrerait en outre des rentrées fiscales supplémentaires.

Imposer plus d'accises sur les bières titrant plus de 7,5% d'alcool toucherait d'ailleurs aussi la catégorie des bières spéciales britannique, les "vintage British ales", défendues par le CAMRA qui rappelle que de toute façon, la consommation des bières de plus de 7,5% ne représente que 0,4% du marché britannique de l'alcool. Une goutte de Trappiste dans un océan de lager...

JFH

 

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