Une étude affirme que nous devons manger 90% de bœuf en moins: les végans ont-ils raison?

Une diminution gigantesque de notre consommation de viande est nécessaire pour éviter une catastrophe climatique, selon une étude publiée cette semaine. Dans "Options for keeping the food system within environmental limits", les auteurs font également apparaître que des changements majeurs dans les processus de production de l'industrie agroalimentaire semblent inévitables. 

La Belgique a connu ses derniers temps des scandales alimentaires qui vont des œufs à la viande surgelée. 14% des belges sont obèses et un sur deux est en surpoids. L'industrie agroalimentaire pèse 1% du PIB du pays...et plus de 10% des émissions de gaz à effets de serre en Belgique. Cela signifie-t-il que l'industrie agroalimentaire telle que nous la connaissons va... ou doit disparaître? 

Mauvaise trajectoire

Pour Philippe Baret, doyen de la faculté des bio-ingénieurs de Louvain, l’industrie alimentaire est sur une mauvaise trajectoire, "celle d’un agrandissement, d’une course au prix le plus bas, d’importations de produits sur des longues distances,… et donc clairement pas sur le bon chemin pour réduire les émissions de gaz à effets de serre".

"Mais c’est un gros acteur, et il faut trouver un moyen de le réorienter. Il va bouger lentement, je pense qu’il y a moyen que ça arrive. Mais ce qui me fait très peur, ce sont les alibis : mettre quelques légumes sur le toit d’une grande surface, de dire que c’est du local alors que c’est marginal dans le volume total".

90% de bœuf en moins, 4 fois plus de légumineuses

L'étude publiée cette semaine dans le journal Nature, sans doute la plus percutante à ce jour sur l'impact de l’assiette sur l'environnement, l’annonce: les pays riche devraient consommer 90% de bœuf en moins, 60% de lait en moins, et diminuer par deux au moins la consommation d’œufs. Tout en multipliant pas 4 à 6 la consommation de haricots et de légumineuses. Les tenants du véganisme ont-ils raison, lorsqu'ils affirment que manger de la viande est insoutenable à long terme, qu'un régime composé - même en partie - de viande est inimaginable dans un modèle de production alimentaire durable à l'échelle planétaire?

Les végans ont-ils raison?

Pour Philippe Baret: "les végans ont un raisonnement basé d’abord sur des considérations éthiques et individuelles. Or, le problème est collectif. Que le modèle doive évoluer vers moins de consommation de viande, tout le monde est d’accord là-dessus. C’est évidence. Pour le moment, en Wallonie, 46% des céréales sont utilisées pour nourrir des animaux. A l’échelle de l’OCDE, plus de deux tiers de ce qui est cultivé dans les champs et utilisé pour nourrir des animaux, avec un rendement très faible – on peu à peu près un tiers des calories en passant du modèle "plante" au modèle "animal"."

Un combat presque contre-productif

Parce que les scientifiques sont formels, c'est bien une combinaison de choix ambitieux qui permettra de réduire la consommation de viande: taxes, subsides pour les aliments végétaux, et des changements dans les menus des cantines scolaires et professionnelles, par exemple. Pour Philippe Baret, la marge de manœuvre pour réduire l’impact environnemental passe par une diminution de la consommation de viande. "Et les végans ont le choix individuel de dire "je me passe de viande et de produits issus des animaux". Mais leur combat est presque contre-productif, parce qu’en partant de l’idée individuelle, ils ne discutent pas du scénario. Ils essaient simplement d’opposer un modèle viande contre un modèle plante".

Un double mouvement nécessaire

La disparition de l’élevage serait en fait une catastrophe à la fois économique et environnementale. "Ce dont nous avons besoin c’est d’un double mouvement. Il faut à la fois reconnecter élevage et agriculture, ET diminuer la consommation de viande. Ça implique aussi de nouvelles manières d’élever les animaux. Mais on ne peut pas abandonner nos prairies et nos éleveurs simplement parce qu’il y a à l’échelle mondiale un déséquilibre essentiellement dû à l’agriculture industrielle. Et pas du tout au fait qu’il y a des animaux dans les prairies wallonnes. Ce que les végans oublient c’est que ce qui fait une agriculture durable, c’est l’intégration des productions animales et végétales. Ce qu’il faut, c’est un scénario dans lequel on ré-associe animal et végétal."

On ne peut pas abandonner nos prairies et nos éleveurs simplement parce qu’il y a à l’échelle mondiale un déséquilibre essentiellement dû à l’agriculture industrielle. Et pas du tout au fait qu’il y a des animaux dans les prairies wallonnes

L'enjeu? Nourrir les 10 milliards d'humains qui devraient peupler la planète à l'horizon 2050. Et pour le professeur Rockström, de l'Institut de recherches pour l'Impact Climatique de Potsdam, en Allemagne - interrogé par le Guardian“Nourrir une population de 10 milliards est possible, mais seulement si nous changeons la manière dont nous mangeons et avec laquelle nous produisons la nourriture".

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