Une chute de la croissance économique "brutale" et "sérieuse" : quelles conséquences dans les mois à venir ?

Nouveau coup de frein sur la croissance économique en 2019
Nouveau coup de frein sur la croissance économique en 2019 - © THOMAS SAMSON - AFP

« Chute BRUTALE de croissance économique. […] Cette situation est très sérieuse ». C’est le cri d’alarme lancé sur Facebook par l’économiste Bruno Colmant à propos de la croissance économique de la zone Euro. Selon les prévisions de la Banque Centrale Européenne, celle-ci devrait être autour d’1.1% en 2019. Une information dans la ligne d'un précédent rapport de l’OCDE qui annonce un fort ralentissement de la croissance économique européenne en 2019.

Prévisions à la baisse en Europe

La croissance économique pour la zone euro a été revue très sérieusement à la baisse avec des prévisions de l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) passant de 1,8% à 1% en 2019 (-0,8 point par rapport à novembre) et 1,2% l’an prochain (-0,4 point), soit une chute somme toute importante sur un délai très court. Les dernières estimations de la Commission européenne, émises en février, portaient sur 1,3% en 2019 et 1,6% en 2020.

En ce qui concerne les autres pays européens, l’OCDE prévoit notamment une récession en 2019 pour l’Italie (-0,2%) suivie d’un léger rebond en 2020, tandis que la Grande-Bretagne paye les effets du ralentissement en zone euro et les incertitudes du Brexit par une croissance inférieure à 1,0% cette année (+ 0,8%, -0,6 point) comme la prochaine (+ 0,9%, -0,2 point). La France semble moins impactée avec une croissance prévue à 1,3% en 2019 (-0,3 point) comme en 2020 (-0,2).

Plusieurs sources d'incertitude

L’OCDE souligne dans son rapport « qu’une séparation sans accord entre le Royaume-Uni et l’Union européenne constituerait toujours un choc négatif d’ampleur pour l’Europe et possiblement pour d’autres régions du monde ».

Mais ce sentiment d’incertitude lié aux conséquences du Brexit n’est pas le seul facteur qui explique ce ralentissement sur la croissance. En plus des menaces protectionnistes concernant la taxation des tarifs douaniers sur les importations européennes imposées par les Etats-Unis, d’autres facteurs comme le ralentissement marqué des échanges commerciaux ou le manque de confiance lié aux tensions commerciales entre les Etats-Unis, la Chine et l'Europe doivent être pris en considération pour expliquer ce freinage.

Concernant la Chine, l’OCDE estime que sa croissance tomberait à 6,2% (-0,1 point) cette année, après 6,6% en 2018, puis 6,0% en 2020.  La croissance économique de la Chine est plus poussive. L'impact se porte donc sur les grands pays exportateurs, dont l’Allemagne qui connaît également un ralentissement de son économie liée notamment au secteur de l’automobile.

Bruno Colmant y voit pourtant un autre problème structurel pour expliquer la chute de la croissance: "Je pense que ce n'est ni la Chine ni le Brexit qui posent problèmes", explique-t-il.

"Le soucis vient plutôt d'un vieillissement de la population. Une population qui vieillit a un taux de croissance naturellement moindre et cela explique pourquoi de manière tendancielle, année après année, on revoit les taux de croissance à la baisse".

Quelles réactions de la part des pays européens?

Bien que les situations économiques soient très différentes d’un pays à l’autre dans la zone euro, ce ralentissement de la croissance peut-il dès lors réouvrir le débat sur la gestion de l’euro et laisser planer le doute sur le retour de mesures d'austérité?

"La réponse qui a été donnée en 2013-2015 par les pays en souffrance était l'austérité et la rigueur. C'était une erreur complète puisque cela a conduit quasiment toute l'Europe au bord de la déflation, forçant in fine la Banque Centrale Européenne à faire tourner la planche à billets", note Bruno Colmant.

"J'espère de tout cœur que l'on ne va pas refaire les mêmes erreurs qu'il y a 5 ans parce que nous sommes dans un scénario qui est très proche. Cela veut dire qu'on va devoir accepter moins d’austérité, plus de déficit budgétaire, plus d'endettement public et que l'on va peut-être devoir demander à la BCE de refaire tourner cette planche à billets" poursuit-il.

La Belgique aussi impactée ?

Chez nous, la question des conséquences de ce nouveau coup de frein sur la croissance se pose aussi. Un ralentissement qui devrait vraisemblablement se traduire en Belgique par une création d’emplois moins importante qu’elle ne l’a été ces dernières années, même si celle-ci reste très honorable.

Difficile d'établir quelle sera la réaction de la Belgique puisqu’il ne s’agit là que de prévisions. La croissance belge devrait toutefois être touchée dans une certaine mesure, considérant les rapports étroits et une certaine dépendance que les pays européens entretiennent avec la situation économique de l’Allemagne, dont le PIB est annoncé en hausse de 0,7% cette année et 1,1% l’an prochain, soit des baisses de 0,9 et 0,3 point par rapport à ce qui était dernièrement prévu.

Par ailleurs, la Belgique doit également faire face à d'autres défis dont celui de la gestion des finances publiques. Sur ce plan, Bruno Colmant estime que la Belgique doit faire son choix. "Ou bien, on veut absolument en revenir à l'équilibre budgétaire et immanquablement, cela va conduire à de nouvelles hausses d'impôts, ou bien l'on accepte de laisser filer le déficit budgétaire, de le repousser dans le temps, au prix d'un certain endettement public", précise l'économiste.

"Je pense que c'est plutôt cette dernière option qu'il faut privilégier car aujourd'hui, l'endettement public ne coûte quasiment rien. On emprunte à dix ans à des taux qui sont vraiment 'homéopathiques' et donc avoir un endettement public plus important n'est pas structurellement un problème", conclut-il.

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