Un robot à l'apparence humaine en guise de collègue: "Ça change complètement l'ambiance de travail"

Les robots travaillent depuis longtemps dans les usines mais de plus en plus, ils travaillent en interaction, physiquement, avec l’humain. L’homme et la machine deviennent de véritables collègues. On parle même, à présent, de cobots (pour collaborative robots en anglais). Pour que cette collaboration soit efficace, des chercheurs belges donnent une apparence plus humaine aux cobots, pour les rendre acceptables aux yeux des travailleurs. Une expérience a lieu dans l’usine de voiture Audi à Forest en Région bruxelloise.

Walt est un nouveau collègue à l’usine. Un bras articulé qui place des points de colle très précisément sur des pièces du châssis de la voiture. Walt n’est pas qu’un bras articulé, il a un visage, il sourit, fait des clins d’œil à son collègue humain, Pierre. Ensemble ils communiquent par geste (il y a trop de bruit dans l’usine pour communiquer par la voix). Pierre indique les pièces à coller, l’endroit où mettre le point, Walt s’exécute. Ils travaillent ensemble, Walt répond qu’il a bien compris par un sourire. "On sent la différence, confirme Pierre. Les robots classiques, c’est un peu froid. Ils sont enfermés derrière un plexiglas et il y a peu d’interactions. On n’a qu’un tout petit écran pour communiquer. Ça lasse après 15 ans".

C’est pour redonner un peu de chaleur dans le travail que ce robot a été "humanisé". "Au début on était un peu méfiants se rappelle Pierre. Mais je vois bien mes collègues, ils sont plus souriants, plus motivés. Ça se passe mieux que le côté austère des autres robots".

Objectif atteint pour la direction

Pour la direction de l’usine, c’est mission accomplie. "Ça change complètement l’ambiance de travail, s’enthousiasme Andreas Cremer, le secrétaire Général d’Audi Brussels. Quand un robot vous salue le matin en vous appelant par votre nom, quand il vous adresse un petit mot pour votre anniversaire, s’il est plus facile à manipuler avec un geste, un sourire, c’est plus simple pour nos travailleurs. C’est plus humain, plus ludique. Et puis, et ce c’est qui nous intéresse en tant qu’entreprise, c’est plus intuitif".

Parce qu’outre la meilleure ambiance de travail, ce qui intéresse la direction c’est une relation homme-machine plus efficace et donc plus productive. "Clairement, avec ces cobots humanisés, nous sommes beaucoup plus productifs ! confirme le Secrétaire Général de l’usine. Les robots soulagent le travailleur qui reste donc en bonne santé, reste motivé et plus productif. Le résultat de travail est excellent. C’est du win-win pour l’entreprise et le travailleur."

De plus en plus de robots humanisés dans l’industrie

Mais jusqu’où le robot doit ressembler à l’humain ? La question passionne Jean Vanderdonck, informaticien à l’UCLouvain. En 20 ans, il constate une vraie évolution de la relation entre l’homme et la machine : "Ça fait longtemps que les gros robots industriels existent mais avant ils étaient lourds, fixes, dangereux, et donc éloignés et isolés des travailleurs. Aujourd’hui, ils se rapprochent de l’être humain."

Et puis, les anciens robots sont programmés pour faire des tâches répétitives. Les nouveaux cobots collaborent avec le travailleur, ils apprennent de l’être humain plutôt que d’être préprogrammés, "on doit donc les rendre plus acceptables, plus accessibles, plus sûrs et plus ergonomiques ".

Surpasser la peur inspirée par les robots

Comment rendre un robot acceptable ? Comment surpasser la crainte culturelle de la machine ? Ces questions sont au cœur des recherches de Ilias El Makrini. Cet ingénieur en robotique est le "père" de Walt. Son métier : rendre les robots plus sympas. Devant un robot humanoïde, un visage, des yeux et des bras, il explique : "Il est également doté d’autres aspects qui le rendent plus sociable et plus amical que d’autres robots. Par exemple, si je le prends par la main, il va accompagner le geste et regarder le bout de son bras."

Le but n’est donc pas de remplacer les travailleurs, mais plutôt de les faire collaborer avec la machine. "L’humain est très flexible et le robot est très précis. En combinant ces deux traits de caractère, on peut exécuter de nouvelles tâches. C’est l’objectif dans le futur, profiter de la précision du robot dans la longueur et la répétition en lui donnant de la souplesse grâce à la collaboration avec l’être humain", explique Ilias El Makrini.

Un robot peut visser à longueur de journée la même pièce si la vis est toujours au même endroit et du même format. Si chaque pièce dans la chaîne change, il sera fastidieux de programmer le robot pour chaque cas de figure. Un humain peut alors, par exemple, indiquer l’endroit à visser ou tenir la pièce pendant que le robot visse.

Humaniser les robots… mais pas trop !

Attention au mélange des genres. Si toutes les barrières entre l’homme et la machine disparaissent, il y a risque de confusion. "Le risque de trop humaniser un robot est de lui prêter des capacités qu’il n’a pas, que l’être humain a mais pas la machine. Le risque c’est de laisser penser que le robot devient un humain et serait donc doté de capacités humaines. Ce n’est pas le cas. On risque de frustrer l’être humain en laissant croire que le robot peut faire certaines tâches alors que ce n’est pas le cas", insiste Jean Vanderdonck.

Selon la Fédération Internationale de robotique, 381.335 robots ont été vendus en 2017 (derniers chiffres disponibles) et les ventes devraient progresser dans les prochaines années. Les robots font de plus en plus partie de notre quotidien, dans les usines, les aéroports, les maisons de retraite, les hôpitaux,… Ils deviennent petit à petit les collègues des humains et plus seulement les assistants. C’est un vrai défi économique mais aussi éthique et social à relever dans les prochaines années.

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