L'UE critique vertement Moody's et elle n'est pas la seule

"Cet épisode malheureux soulève une fois de plus la question du comportement des agences de notation et de leur soi-disant clairvoyance", a déclaré un porte-parole lors du briefing quotidien de la Commission européenne.

Ces commentaires dénotent avec la réserve qu'observe en général l'exécutif communautaire face aux notations financières. Ils témoignent de l'irritation croissante des autorités européennes à l'égard des agences de notations américaines, dont l'influence sur les marchés financiers est déterminante.

La Commission a argumenté que ses propres analyses de la situation du Portugal, effectuées conjointement avec la Banque centrale européenne (BCE) et le Fonds monétaire international (FMI), sont plus crédibles que celles des agences de notation. Celles-ci "agissent pour leur propre intérêt et ne rendent pas de compte au public", a dit le porte-parole.

Il faut "briser l'oligopole des agences de notation

Autre réaction virulente, celle du ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, qui a déclaré qu'il fallait "briser l'oligopole des agences de notation" et "limiter leur influence".

"Je n'arrive pas à voir ce qui sous-tend cette appréciation", a déclaré Wolfgang Schäuble à propos de cet avis de Moody's, ajoutant qu'il en avait été "surpris comme tous les autres".

L'agence de notation Moody's a relégué le Portugal dans la catégorie des investissements "spéculatifs", c'est-à-dire les placements qui risquent de ne jamais être remboursés, car elle estime que le pays pourrait avoir besoin d'un deuxième plan d'aide.

Un ministre grec dénonce la "folie" des agences de notation

Lundi, Standard and Poor's (S&P) avait pour sa part menacé de déclarer la Grèce en quasi-faillite si la France et l'Allemagne allaient au bout de leurs initiatives de participation des banques privées à l'aide à Athènes.

De passage à Berlin mercredi, le ministre grec des Affaires étrangères Stavros Lambrinidis a dénoncé la "folie" des agences de notation. Dénonçant la dégradation par l'agence Moody's de la note de la dette du Portugal, il a souligné que "cette dégradation n'est pas basée sur le fait que le Portugal ne fait pas son travail de réformes mais sur l'hypothèse que le pays va à nouveau avoir besoin d'aide. Voyez-vous la folie de cette prophétie auto-réalisatrice ?".

Stavros Lambrinidis a ajouté que "malheureusement beaucoup de personnes sur ces marchés qu'on dit rationnels (avaient) parié des milliards d'euros sur un effondrement de la Grèce", via des contrats de couverture contre le risque de défaut, les CDS.

Le ministre grec a par ailleurs appelé à "mettre fin à la rhétorique du châtiment" concernant l'aide apporté à son pays, en particulier en Allemagne.

"Les Allemands ont l'impression qu'ils doivent sauver des pécheurs, tandis que les Grecs ont l'impression d'être aidés par des maîtres fouettards", a-t-il regretté.

Tout en exprimant sa "gratitude pour le soutien" allemand, Stavros Lambrinidis a fait valoir que la première économie européenne avait largement profité de l'introduction de la monnaie unique et du marché intérieur.

"L'aéroport d'Athènes a été construit en grande partie par des entreprises allemandes et payé par des fonds européens", a-t-il dit.

D'autres réactions encore

Le monde des agences de notation est dominé par un oligopole : Moody's, Standard and Poor's ainsi que Fitch, dont les avis dictent en grande partie leur conduite aux marchés financiers.

Le président de la Commission européenne José Manuel Barroso a lui aussi "regretté" mercredi l'abaissement brutal de la note du Portugal par Moody's.

La chancelière allemande Angela Merkel avait elle prévenu mardi que les Etats et organisations internationales ne "se laisseraient pas priver de leur liberté de jugement" sur le sauvetage de la Grèce par les agences de notation.


C.B. avec Belga et AFP
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