Pourquoi les prix à la pompe diminuent-ils?

Dans le dossier d’Écomatin, Michel Gassée fait le point sur les prix de pétrole, et donc par ricochets sur les prix du carburant à la pompe.

Quelle est la situation du pétrole sur les marchés internationaux ?

C’est la chute libre. Les prix du baril de Brent, la référence européenne, sont passés de 86 dollars début octobre à 62 dollars ce matin, pratiquement 30% de baisse. Pour Xavier Timmermans, stratégiste chez BNP Paribas Fortis, ce retournement de tendance est lié notamment aux sanctions américaines contre l’Iran. Elles ont été moins importantes que prévu.

"On est passé d’une situation où il y avait beaucoup de spéculations sur une pénurie de pétrole brut à l’approche de l’implémentation des sanctions économiques envers l’Iran, et donc le marché craignait à ce moment-là qu’il y ait une pénurie parce que le manque d’exportations suite à ces sanctions envers l’Iran s’ajoutait à d’autres problèmes dans d’autres pays. Par exemple, la production du Venezuela est en diminution. Il y a toujours des pays qui posent problème, comme le Nigéria, la Libye, etc."

Certains analystes annonçaient même un baril à 100 dollars, puis ils se sont rendu compte que l’administration américaine autorisait finalement des pays importants, comme l’Inde ou la Chine, à continuer à importer du brut iranien. Xavier Timmermans ajoute un autre élément dont on parle assez rarement, mais qui a joué un rôle important : la chute des devises des grands pays émergents par rapport au dollar, par exemple le Brésil ou la Turquie.

"Les devises des pays émergents se sont fortement dépréciées au cours de l’été, ce qui fait que pour eux, les prix du pétrole en devises locales sont devenus tout à fait prohibitifs. Or, il faut savoir que les pays émergents comptent pour trois quarts de l’augmentation de la consommation mondiale, ce qui veut dire qu’est apparue une crainte de diminution de la demande en 2019, du fait de la cherté du prix du pétrole." 

Ajoutez à cela une hausse des stocks de pétrole, et voilà pourquoi en quelques semaines les marchés sont passés d’un scénario de pénurie de pétrole à un scénario de chute de la demande de pétrole.

La chute des prix du pétrole n’a pas empêché l’émergence du mouvement des gilets jaunes ?

Non, parce qu’il a fallu du temps pour que la baisse des prix du pétrole se répercute sur le prix des carburants dans les stations-service, sachant qu’en plus, le dollar s’était nettement renforcé ces derniers mois face à l’euro.

Or, un dollar plus cher, c’est un pétrole plus cher et un carburant à la pompe plus cher aussi. Et puis bien sûr, c’est un élément qui a joué un rôle important, la hausse de la fiscalité sur le diesel n’a, elle, bien sûr pas disparu avec le temps. Au contraire, elle est bien restée.

Où en sommes-nous pour le prix des carburants à la pompe ?

Ce matin, le prix maximum de l’essence 95-E10 est en baisse de trois centimes, 1,41 euro le litre, pratiquement 10% de baisse en un mois et demi, ce n’est pas négligeable. Et puis pour le diesel, on en est à 1,577 euro maximum le litre, là la baisse est de 4% sur la même période.

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