Un Brexit sans accord entraînera "une complexification monstrueuse" pour les entreprises bruxelloises

Le Brexit est au programme du sommet européen qui débute ce jeudi. Interrogé sur La Première, Olivier Willocx, administrateur délégué de BECI (les entreprises bruxelloises), estime qu'un un 'no deal', c’est-à-dire une séparation pure et simple, causerait un préjudice énorme pour notre économie : "Tout le monde est focalisé sur les temps aux douanes, et c’est vrai que c’est un souci, mais il y a vraiment beaucoup d’autres choses : la propriété intellectuelle, les questions de transferts financiers, etc. En fait, c’est divorcer d’une longue histoire, ce n’est pas un divorce d’un mariage de deux ans. Le problème est si le Royaume-Uni devient tout à coup non pas la Suisse ou la Norvège, mais un pays tiers, c’est-à-dire un pays avec lequel on n’a pas d’accord. Évidemment, on est dans un scénario sans accord, donc si on est dans un scénario sans accord, ça veut dire qu’on ne connaît pas forcément les termes d’un accord qui pourrait survenir après, et surtout on ne se rend pas toujours compte qu’il faudra l’accord des autres pays européens à l’unanimité. Vous avez vu la discussion avec le CETA quand, à l’échelle européenne, un petit parlement wallon est capable de bloquer l’accord avec le Canada, on va être confronté au même type de chose".

"On est dans une complexification assez monstrueuse"

Quant à l'impact sur l'économie bruxelloise, "je crois qu’on ne se rend pas vraiment compte. Je vais prendre la question de la propriété intellectuelle : vous avez plein d’entreprises aujourd’hui qui ont pris des serveurs en Irlande ou au Royaume-Uni et demain ils n’auraient plus le droit de transférer leurs data. Ce n’est pas très grave, vous allez prendre un serveur en Belgique ou ailleurs, mais ce sont des conséquences en cascade. Les Anglais ont dit que ce n’était pas grave, qu’ils allaient continuer à suivre, pendant la phase de transition — pour autant qu’il y en ait une — les règlements européens, toutes les directives européennes. D’accord, c’est une bonne idée. Le problème est que je vais les faire respecter par qui ? C’est là où je dis que ça commence à devenir difficile à évaluer, parce qu’on va devoir les faire, comme on dit en droit européen, 'enforced', mais devant un tribunal britannique qui va dire que le droit européen ne s’applique plus. Vous n’aurez donc plus les recours devant un tribunal européen. C’est ça qui va devenir plutôt compliqué. On n’est pas simplement dans un scénario où on se dit qu’il va y avoir des droits de douane de 20% sur les marchandises et où on sait assez facilement calculer l’impact. On est dans une complexification assez monstrueuse, on l’a vu. Les Anglais n’ont pas de carte d’identité, donc comment vont-ils voyager ou circuler ? Aujourd’hui, on était en dehors de Schengen, mais comment vont se passer les choses pour nous ?", demande-t-il.

"Je pense que l’équipe de Barnier a bien préparé les choses. On a vu que du côté anglais c’était un peu light dans la manière de négocier. Je pense qu’ils ont fait un peu marche avant, puis marche arrière sur la situation. Ils savaient bien que la situation nord-irlandaise, la proposition qui consiste à dire 'on ne veut pas de frontières entre l’Irlande du Nord'. C’est clair que dire après coup qu’on va peut-être la laisser dans l’union douanière pose un problème britannique. Se dire qu’une partie du Royaume-Uni reste dans l’Union européenne et l’autre pas, c’est difficile pour eux, mais c’était assez prévisible. Je ne vois pas beaucoup d’éléments qui sont survenus lors des négociations qui n’auraient pas pu être discutés avant".

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