UE: la nouvelle commissaire au Numérique face aux GAFA

La commissaire européenne à la Concurrence, Margrethe Vestager, lors d'une conférence de presse à Bruxelles, le 18 juillet 2019
La commissaire européenne à la Concurrence, Margrethe Vestager, lors d'une conférence de presse à Bruxelles, le 18 juillet 2019 - © François WALSCHAERTS

Bête noire des Gafa, la Danoise Margrethe Vestager a pris du galon au sein de la nouvelle Commission européenne: elle garde la Concurrence et récupère le Numérique, deux dossiers brûlants surveillés de près par Washington, ce qui laisse augurer d'une mission difficile.

Arrivée fin 2014 à Bruxelles, Margrethe Vestager s'est rapidement fait un nom sur la scène internationale grâce à son intransigeance vis-à-vis des géants de la Silicon Valley. Son poste à la Concurrence lui a permis de disposer, contrairement à nombre de ses collègues, d'un réel pouvoir de sanctions. Pouvoir qu'elle n'a pas hésité à utiliser, puisqu'elle a poursuivi plusieurs géants américains. Elle a notamment sommé Apple à l'été 2016 de rembourser 13 milliards d'euros d'arriérés d'impôts à l'Irlande, et a mis Google à l'amende à plusieurs reprises pour abus de position dominante pour un montant de 8 milliards au total. Le président américain Donald Trump l'a désormais surnommée la "Tax lady de l'UE", et l'a accusée de détester son pays, ce dont elle s'est toujours défendue.

Son tableau de chasse et son aisance ont largement contribué à en faire une star de l'exécutif européen, ce qui explique sa promotion. Désormais vice-présidente exécutive de la Commission européenne, elle a gardé dans son escarcelle la Concurrence (à la surprise générale car une règle non écrite veut qu'un commissaire ne puisse pas garder deux fois le même portefeuille) tout en ayant désormais une mission supplémentaire: adapter l'Europe à l'ère numérique.

Un mandat qui s'annonce déjà agité

Avocats, lobbyistes et experts préviennent déjà que son mandat ne sera pas de tout repos: ses ennemis, qui ne sont pas seulement à Washington, sont prêts à en découdre, notamment devant la justice européenne. La Cour de justice de l'UE à Luxembourg doit d'ailleurs se pencher la semaine prochaine sur l'affaire Apple, qui a fait appel conjointement avec l'Irlande de la décision de la commissaire.

Or, dans ce cas emblématique, rien n'est gagné. La Cour du Luxembourg a déjà retoqué plusieurs décisions de Bruxelles. "Mme Vestager a souvent dit qu'elle aimerait garder son poste jusqu'à ce que ses principales affaires soient jugées et elle y est parvenue", constate Alfonso Lamadrid, expert en droit de la concurrence au sein du cabinet Garrigues à Bruxelles.

"Leur résultat pourrait être décisif pour évaluer les années Vestager", ajoute M. Lamadrid, qui travaille pour les entreprises technologiques en guerre contre la Commission.

Un autre avocat, basé à Bruxelles et qui s'est battu contre Google, Thomas Vinje, remarque: "Si la Commission perd ces affaires, cela pourrait très probablement affecter sa volonté d'ouvrir d'autres cas". "Dans tous les cas, elle devra se préparer à d'éventuelles défaites. Leur impact dépendra des arguments de la Cour", note l'un de ses confrères, Philippe Blanchard, associé du cabinet de conseil Brunswick Group à Bruxelles.

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