Trois quarts des "emplois créés" en Belgique depuis 2015 concernent les 55-64 ans

Trois quarts des "emplois créés" en Belgique depuis 2015 concernent les 55-64 ans
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Trois quarts des "emplois créés" en Belgique depuis 2015 concernent les 55-64 ans - © LAURIE DIEFFEMBACQ - BELGA

Les chiffres de l’augmentation de l’emploi total en Belgique font bien état de 200.000 emplois supplémentaires entre 2015 et 2018, nous disent les chiffres Eurostat (de 4 millions 500.000 emplois à 4 millions 700.000 sur la période). Mais la croissance de l’emploi, en fonction de l’âge, a été analysée par l’économiste Alessandro Grumelli. Et le résultat est surprenant : pour les 15-54 ans, l’augmentation du volume d’emploi n’est que de 55.000. Est-ce que cela signifie que les entreprises auraient massivement engagé parmi les plus âgés, ces dernières années ? Cela ressemblerait fort à un dysfonctionnement majeur du marché du travail.

Et pourtant, c’est bien une réalité. Le volume d’emploi a bien augmenté de 145.000 unités chez les travailleurs les plus âgés, la classe d’âge 55-64 ans. Sur l’augmentation générale de l’emploi, le Bureau du Plan expliquait encore tout récemment que, outre l’embellie conjoncturelle de ces dernières années, "les mesures prises depuis 2015 pour réduire le coût du travail ont favorisé l’intensité en main-d’œuvre de la croissance de l’activité du secteur marchand" – et donc soutenu la croissance de l’emploi.

Un effet démographique

Mais cela n’explique pas pourquoi trois-quarts de l’emploi qui augmente ne concerne que les 55-64 ans. Il y a tout d’abord une raison démographique. L’augmentation de la population en âge de travailler est plus élevée en Belgique que dans la plupart des pays européens. Et non seulement ce groupe bien particulier des 55-64 ans se renforce, mais en plus ils sont de plus en plus nombreux dans cette classe d’âge à travailler : le taux d’activité chez les plus de 55 ans a progressé depuis 2014 de 45,1 à 52,6% (+7,5%) et la progression est encore plus nette chez les femmes : +8,4% (de 39 à 47,4% de taux d’activité). Ce qui nous amène à une explication sociologique soulevée par le Bureau du Plan : il y a de manière générationnelle plus de femmes qui travaillent dans ce groupe d’âge, qu’il y a 10 ans.

Départs plus tardifs à la retraite

Ensuite, de nombreuses mesures ont été prises, et ce de longue date, pour retarder l’âge effectif de départ à la retraite, et encourager le "maintien en poste des travailleurs". Et pour Alessandro Grumelli, ces mesures "ont atteint leur but". Depuis près de vingt ans, l’âge de départ à la retraite s’accroît effectivement. Ou pour le dire autrement, la carrière s’allonge en Belgique. Et ce départ plus tardif à la pension fait que l’on constate statistiquement une croissance de l’emploi dans la catégorie d’âge la plus élevée. Difficile de déterminer quelle part de la croissance de l’emploi est due à quel facteur – démographique, sociologique, mesures politiques… Pour cela, nous confirment plusieurs observateurs, il faudrait "des études plus poussées".

Pas de nouvelles embauches ?

Est-ce que ce constat implique que la croissance de l’emploi ces dernières années n’a pas été le fait de nouvelles embauches ? D’abord, il y a une certaine mobilité professionnelle, aussi chez les travailleurs plus âgés. Et des chiffres récents du prestataire de services Acerta affirment que 7% des engagements en 2018 concernaient une personne de plus de 55 ans. Mais il faut bien reconnaître que cette mobilité reste limitée. Et Philippe Defeyt soulignait il y a peu que 65% des salariés qui ont entre 55 et 64 ans, ont le même emploi depuis 15 ans.

Donc, pour l’essentiel, ce volume d’emploi qui augmente ne signifie pas de nouvelles embauches, mais bien un nombre de personnes à l’emploi plus élevé qu’avant. Le taux d’emploi belge est d’ailleurs aujourd’hui très nettement le plus élevé de ces quinze dernières années : 64,2% en 2018, contre 59,6% en 2003. Et Philippe Defeyt de rappeler que "pour un économiste, l’emploi créé, c’est la différence entre les emplois qui apparaissent et les emplois qui disparaissent, peu importe qu’il s’agisse de nouvelles embauches ou non". Même si cela va à l’encontre de l’acception courante de la "création d’emploi".

Un frein pour les jeunes ?

Question à mille euros : est-ce que l’allongement des carrières empêche les plus jeunes d’être engagés ? A court terme, et à petite échelle, oui. Un poste occupé ou une mission remplie par un travailleur empêche l’embauche d’un autre. A plus long terme, il est parfois affirmé que la présence de personnel expérimenté au sein d’une entreprise pourrait augmenter la probabilité pour des jeunes candidats, d’y être engagés, et augmenter ainsi le nombre de personnes à l’emploi. Mais le mécanisme "n’a jamais été démontré", selon Philippe Defeyt. Toujours est-il que selon l’Office National de l’Emploi (ONEM) vu l’évolution démographique, les sorties du marché du travail (vers la pension) seront plus nombreuses que les entrées sur le marché de l’emploi.au cours des prochaines années.

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